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Décès du Grand-Duc Jean

Ces liens étroits entre la Belgique et le Luxembourg



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Le Grand-Duc Jean aimait retrouver ses beaux-frères Baudouin et Albert de Belgique. (Photo: Facebook/ Réseaux sociaux)

Le Grand-Duc Jean était marié à Joséphine-Charlotte, princesse de Belgique. Mais les liens avec le pays voisin étaient déjà plus anciens, explique le professeur honoraire de l’Université de Liège, Francis Balace.

Entre le Grand-Duc Jean et la Belgique, c’était évidemment avant tout une histoire d’amour. Le 9 avril 1953, il épouse en effet Joséphine-Charlotte, princesse de Belgique et fille aînée du roi Léopold III.

«La reine Elisabeth de Belgique, épouse du roi Albert Ier et grand-mère de Joséphine-Charlotte, était une princesse de Bavière, mais dont la mère était princesse de Bragance, comme toutes les princesses luxembourgeoises», détaille à Paperjam Francis Balace, professeur honoraire de l’Université de Liège et spécialiste des familles royales.

«Ce qui explique que le futur Grand-Duc Jean ait eu des «rendez-vous» en prélude aux fiançailles avec Joséphine-Charlotte, alors que la famille royale belge était en exil temporaire en Suisse. C’est la reine Elisabeth qui organisait évidemment cela. Les liens entre le Luxembourg et la Belgique remontaient cependant à avant la Première Guerre mondiale. Ainsi les frères aînés de Félix, père du futur Grand-Duc Jean, vont combattre dans les rangs de l'armée belge durant la guerre 14-18.»

Mariage dans la joie

L’union de Jean de Luxembourg et de Joséphine-Charlotte de Belgique sera en tout cas un moment de joie dans les deux pays.

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Le mariage du Grand-Duc Jean et de la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte fut un moment de joie dans les cours d’Europe. (Photo: Cour Grand-Ducale de Luxembourg)

«La cérémonie de mariage a été très suivie en Europe. Dans les années de l’après-guerre 39-45, ce fut un grand moment au sein des familles royales. Et une journée non dénuée de quelques aléas plutôt comiques. Ainsi, la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte était très myope et portait des lunettes avec des verres épais, peu élégants. Pour son mariage, elle avait décidé de mettre des lentilles. Mais avec les larmes d’émotion, elle ne voyait plus rien en sortant de la cathédrale, ne savait pas si elle saluait un ecclésiastique ou une tête couronnée. Les photos d’époque montrent cela très bien. Cela a beaucoup amusé le Grand-Duc», raconte encore Francis Balace.

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«Sans avoir l’air d’y toucher, ils ont fait du Luxembourg une place financière, un état moderne», explique Francis Balace. (Photo: Cour Grand-Ducale de Luxembourg)

Le Grand-Duc Jean s’entendait par ailleurs fort bien avec ses beaux-frères et aimait venir en Belgique. Tout comme le roi Albert II, motard passionné, prolongeait souvent ses balades au départ du château de Ciergnon vers Colmar-Berg ou Luxembourg-Ville.

«Les liens étaient étroits, et le sont restés», confirme-t-on. Plusieurs princes et princesses de la famille luxembourgeoise sont ainsi parrains ou marraines d’enfants de leurs homologues belges, et inversement.

Il a fait du Luxembourg un véritable pays européen.

Francis Balace,  professeur honoraire de l’Université de Liège

Le couple va en tout cas se montrer très efficace dans le rôle de souverains d’une monarchie constitutionnelle. «Sans avoir l’air d’y toucher, le Grand-Duc Jean a réussi à faire de ce qui était juste considéré comme une ‘petite Suisse’ un véritable pays européen. La Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte y a aussi pris sa part. Grâce à eux, le Luxembourg est devenu un carrefour de relations internationales, une place financière, un état moderne...», poursuit encore Francis Balace.

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Le Grand-Duc Jean a réussi à faire de son pays un carrefour des relations internationales. (Photo: HISAAV000717T01, collection du CNA)

Le souvenir qui restera de lui «sera sans doute celui de son entrée en véhicule blindé dans Luxembourg, avec son père, en 1945. Il avait été détaché pour cela de son régiment des Irish Guards. Il retournera combattre quelques jours plus tard et ira notamment libérer Bruxelles.»

Le Grand-Duc Jean était non seulement respecté, mais aussi aimé des Luxembourgeois.

Francis Balace,  Professeur honoraire de l'Université de Liège

Il restera attaché sa vie entière à son régiment. «Je n’ai rencontré le Grand-Duc Jean qu’une seule fois, mais il m’a alors parlé de la manière de faire briller les cuirs à la manière des Irish Guards!», se souvient Francis Balace.

«De par sa fonction dans le régiment, il participait chaque année à la cérémonie Trooping the colour à Londres. Ce qui lui permettait de s’en aller quelques jours de Colmar-Berg, prétextant qu’il devait aller essayer un cheval là-bas. En réalité, il allait surtout retrouver ses anciens camarades de régiment. Il avait de temps en temps besoin de prendre ainsi un peu d’air, de s’éloigner de la cour.»

Respecté et aimé

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Le Grand-Duc Jean aimait aller à la rencontre des Luxembourgeois. (Photo: HISAAJ000377N01, collection du CNA)

Le professeur Balace comprend parfaitement la tristesse des Luxembourgeois. «Quand la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte est décédée, j’ai dit qu’elle était respectée des Luxembourgeois. Le Grand-Duc Jean était non seulement respecté, mais aussi aimé des Luxembourgeois. Il y avait une propension à aller vers lui. Et lui aimait le contact avec les gens. C'était un homme affable, proche, à l'écoute. La douleur de son décès est donc évidente», dit-il.

Et selon lui, à bien des égards, la Belgique devrait prendre exemple sur le Luxembourg voisin. «Je pense ici au phénomène de l'abdication. Au Luxembourg, la Grande-Duchesse Charlotte s'est retirée quand le moment était venu pour laisser la place au Grand-Duc Jean, qui s'est lui-même effacé pour le Grand-Duc Henri. Cela sans problème. En Belgique, quand Albert II a abdiqué, tout le royaume se demandait ce qui arrivait. Les Luxembourgeois ont toujours fait preuve de plus de sérénité sur ce plan», conclut Francis Balace.