ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Témoignage

«Tout cela doit nous servir pour le futur»



Gabriel Boisante, cafetier-restaurateur. (Photo: Mike Zenari/Maison Moderne)

Gabriel Boisante, cafetier-restaurateur. (Photo: Mike Zenari/Maison Moderne)

Un mois après la réouverture des bars et restaurants, Gabriel Boisante tire un bilan enthousiaste, mais prudent de la reprise. Le patron du Bazaar et du Paname se concentre plus que jamais sur les défis qui attendent les professionnels de l’horeca dans les mois à venir.

Fin mai, quelques jours avant l’annonce de la réouverture des terrasses, des bars et des restaurants, le restaurateur Gabriel Boisante lançait un appel dans Paperjam: «Qu’on nous laisse travailler, même si cela va être dur!»

Un mois après la reprise d’activité de ses établissements (Paname, Bazaar, Mamacita…), celui qui combine les casquettes de chef d’entreprise et d’élu LSAP au conseil communal de la capitale se félicite d’un rebond d’activité satisfaisant, mais reste lucide quant à la situation du secteur: «Cela a fait beaucoup de bien de revoir du monde venir chez nous, mais nous avons aussi senti une certaine réticence durant les deux semaines qui ont suivi la réouverture de nos établissements. Nous avons la chance d’être présents en plein cœur du centre-ville et proches de centres d’affaires, mais nous sentons que le télétravail prive le secteur horeca d’une bonne partie de sa clientèle. Et c’est encore plus dur hors de la capitale et des grandes villes. Mais nous pouvons tout de même nous enthousiasmer en observant une certaine accélération, poussée entre autres par les clients habitués.»

Et si le besoin de se retrouver, d’échan­ger et de s’amuser se fait plus que jamais ressentir, grâce aussi à une météo très clémente, Gabriel comprend bien que ce n’est absolument pas le moment de relâcher l’effort commun, afin d’éviter le plus possible une reprise de l’épidémie de Covid-19.

«Je sens que l’été sera chaud, mais l’ombre d’une seconde vague de confinement , qui serait une véritable catastrophe, un désastre pour notre secteur d’activité, est toujours bien présente. Nous mettons tout en œuvre pour être exemplaires et travailler sereinement tout en restant à l’écoute des différentes étapes du déconfinement…», précise-t-il à ce sujet. Il a d’ailleurs fallu réinventer le métier, notamment en matière de service, avec les barrières que représentent la distanciation physique et le port du masque. Mais l’entrepreneur arrive tout de même à y trouver un certain silver lining: «J’ai remarqué une conséquence de ces me­sures de sécurité sanitaire à laquelle je ne m’attendais pas: au final, il n’y a plus vraiment de nouveaux clients ou de clients habitués, plus ou presque plus de différence de relation entre le personnel et la clientèle. Tout le monde est logé à la même enseigne! Même s’il est évident que les contacts physiques et la convivialité habituelle manquent cruellement aux deux parties.»

Un test pour l’avenir

Selon Gabriel Boisante, cette si­tuation imposée peut aussi servir de test pour les années à venir, notamment en ce qui concerne l’utilisation de l’espace public et des terrasses : «Quand je vois à quel point les gens sont friands de ces terrasses et aiment profiter des rues, notamment au sein de la ville de Luxembourg, je me dis que c’est quelque chose qu’il faut garder en tête pour l’avenir: la capitale peut vraiment avoir de la gueule, même un mardi soir, avec des commerces ouverts, des accès faciles et de belles grandes terrasses! Il est temps d’arrêter de voir cela comme le grand méchant commerçant qui s’empare de l’espace public: c’est aussi une culture, un pôle d’attraction et une des facettes importantes du visage d’une ville.»

Et pour aller dans ce sens, il en est convaincu, il faut aussi soutenir non seulement tous ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une terrasse, mais aussi agir dans tous les quartiers. Au Limpertsberg, par exemple, où les commerces vont forcément pâtir de l’annulation de la Schueberfouer cette année. Mais aussi à la gare et à Bonnevoie, zones déjà très impactées par les chantiers , qui sont encore loin d’être terminés… Fidèle à son attitude volontariste, Gabriel Boisante ne manque pas non plus d’espoir quant à l’avenir proche: «Je le dis depuis le début: j’espère que cette épreuve va plus que jamais transmettre un message de communauté et de soutien locaux, de respect du travail dur, de la qualité, de la proximité, de l’implication. Et de l’âme dans notre secteur. Nous savons que les gens jouent le jeu, que nos clients sont là, et nous espérons que, par capillarité, cela va s’étendre et entrer dans les mœurs le plus longtemps possible.»