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Gabriel Boisante sur la réouverture des restaurants

«Laissez-nous travailler, même si ça va être dur!»



Gabriel Boisante, comme bon nombre de restaurateurs à l’heure actuelle, ne demande qu’une chose: retravailler au plus vite et le mieux possible… (Design: Maison Moderne)

Gabriel Boisante, comme bon nombre de restaurateurs à l’heure actuelle, ne demande qu’une chose: retravailler au plus vite et le mieux possible… (Design: Maison Moderne)

Gabriel Boisante alterne les casquettes de restaurateur et d’élu au conseil communal. En amont de la réouverture des restaurants, il confie à Paperjam son souhait de retravailler au plus vite, ses requêtes auprès des pouvoirs publics, mais aussi ses appréhensions.

À quelques heures de nouvelles annonces du gouvernement quant à des mesures de soutien à l’économie et à une dizaine de jours d’une réouverture potentielle des restaurants, les entrepreneurs du secteur horeca sont toujours loin d’être fixés sur leur sort. C’est le cas, entre autres, de Gabriel Boisante, associé et gérant d’établissements populaires tels que le Paname et le Bazaar et élu depuis peu au conseil communal. Interrogé par Paperjam, il fait le point sur la situation et sur les défis imminents qui attendent le secteur.

À quelques jours d’une réouverture possible des restaurants, quels sont les enjeux principaux pour la profession?

Gabriel Boisante. – «L’enjeu principal est de pouvoir reprendre notre activité au plus vite, certes, mais surtout de la meilleure façon possible, pour nous, notre personnel et notre clientèle. Avec de nombreux professionnels de l’horeca, nous nous concertons et travaillons pour cela depuis des semaines et nous sommes tout à fait conscients que le plus dur n’a pas été la fermeture des établissements, mais bel et bien la période de réouverture qui arrive, avec les nouvelles règles du jeu qui s’imposent.

Il va falloir réinventer l’hospitalité pour faire face aux problématiques de santé publique, créer un nouveau modèle pour continuer à exister. Et à moins de deux semaines de la date annoncée du 1er juin, tout le secteur a besoin de réponses et de consignes concrètes.

Vous pensez que le secteur de l’horeca n’a pas été entendu lors de cette crise?

«Il est évident que tous les secteurs ont dû être pris en compte dans la gestion de cette crise et que c’est un vrai défi, mais 10 jours pour rouvrir, cela va être vraiment compliqué! Il faut penser dans ce contexte particulier à la formation des équipes, qui n’ont pas pratiqué leur métier souvent depuis deux mois, aux commandes, aux approvisionnements en produits…

Beaucoup d’entre nous avons gardé toute notre masse salariale, car c’est souvent une seconde famille, alors que de grands groupes internationaux n’ont pas hésité à licencier massivement dès le premier jour du confinement.
Gabriel Boisante

Gabriel Boisante,  restaurateur et élu au conseil communal

Je ne suis pas sûr que La Provençale et les dépositaires de boissons vont pouvoir d’un coup livrer tout le monde dans le pays! D’où l’urgence de confirmer la date et les conditions de réouverture. C’est le genre de choses qui me conforte dans l’idée que plus de professionnels du terrain devront être inclus à l’avenir dans les réflexions politiques. Quoi qu’il en soit, on sait que ça va être dur, mais laissez-nous travailler!

Vous et les autres restaurateurs êtes prêts?

«Tout à fait, nous n’attendons que ça! Si on nous dit aujourd’hui qu’on peut rouvrir demain, on se met en cuisine toute la nuit, le houmous est prêt pour midi et les falafels arrivent à 16 heures! De plus, les mesures de sécurité en matière d’hygiène faisaient déjà partie de nos pratiques quotidiennes dans le métier. Nous faisons extrêmement attention!

Et puis les gens ont envie de sortir et de se retrouver, peu importe la manière. C’est dans notre culture au Luxembourg. J’invite d’ailleurs tout le monde à privilégier les acteurs économiques locaux et à stimuler notre communauté. Beaucoup d’entre nous avons gardé toute notre masse salariale, car c’est souvent une seconde famille, alors que de grands groupes internationaux n’ont pas hésité à licencier massivement dès le premier jour du confinement. Les petits commerces, les restaurants et les cafés indépendants et locaux: voilà ce qui façonne le visage et le caractère d’une ville.

Selon vous, quels sont les autres volets sur lesquels vont devoir se pencher les pouvoirs publics et comment?

«L’important, c’est de relancer la machine. Pour cela, les aides directes sont évidemment importantes, notamment pour pouvoir continuer à payer les charges et en particulier les loyers. Car si certains propriétaires ont su faire preuve de solidarité en cette période de crise, en offrant partiellement ou intégralement les loyers, d’autres n’ont pas consenti à la moindre réduction, sans être pour autant considérés différemment…

Les restaurateurs vont avoir besoin d’une certaine flexibilité de la part des communes pour pouvoir rester attractifs et rentables.
Gabriel Boisante

Gabriel Boisante,  restaurateur et élu au conseil communal

Les restaurateurs se sont aussi penchés sur le sujet de la TVA, dont la baisse peut être un moyen facile de réenclencher l’économie du secteur. Nous avons aussi besoin d’avoir des certitudes quant au chômage partiel et à sa continuité. Enfin, l’utilisation de l’espace public cet été est évidemment une thématique primordiale. Les restaurateurs vont avoir besoin d’une certaine flexibilité de la part des communes pour pouvoir rester attractifs et rentables, sans bien sûr tomber dans l’anarchie, ni mettre un stand à saucisses à chaque coin de rue pour compenser…

Une fois de plus, l’idée est de pouvoir retravailler vite, au mieux et sauver le plus de meubles possible.

Votre double casquette d’entrepreneur et d’élu vous permet-elle d’avoir une vision plus complète ou bien est-ce une combinaison que vous apprenez encore à gérer?

«Je suis actif en politique depuis plus de deux ans, j’avais donc déjà une certaine habitude en la matière, mais mon assermentation est effectivement très récente, quelques semaines à peine avant le confinement. Je suis cependant certain d’une chose, c’est que depuis mon arrivée au conseil communal, nous avons beaucoup de discussions constructives autour du commerce dans son intégralité. C’est un secteur important, créateur d’emplois, qu’il faut savoir garder florissant et prospère pour la santé d’une ville et d’un pays. Un travail forcément commun, qui fait peu de cas du bord politique dont on est issu.»

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