ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

UNE CEO FACE à la pandémie

Stéphanie Jauquet garde le cap



Pas de temps à perdre pour Stéphanie Jauquet: il faut sauver les meubles et déjà penser à l’après-pandémie. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/archives) 

Pas de temps à perdre pour Stéphanie Jauquet: il faut sauver les meubles et déjà penser à l’après-pandémie. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/archives) 

Alors que les conséquences de la pandémie de Covid-19 frappent durement le secteur de la restauration, Stéphanie Jauquet met tout en œuvre pour garder le cap et compte bien se faire entendre. Entretien.

La CEO du groupe Cocottes (135 personnes pour Cocottes et 50 pour les deux restaurants) est touchée de plein fouet par la fermeture des restaurants et le confinement, comme tant d’autres acteurs de la restauration.

De nature aussi tenace qu’optimiste, Stéphanie Jauquet travaille chaque jour à adapter son activité et à gérer son personnel au mieux, tout en gardant confiance dans le rôle du secteur. Une confiance assortie d’une voix que la «mère poule» entend bien utiliser auprès des autorités compétentes dans les négociations à venir…

Comment avez-vous appréhendé cette crise?

Stéphanie Jauquet . – «Tant que c’est sur un autre continent, on a du mal à prendre la réelle mesure de ce qui se passe… On a pris conscience de la gravité de la situation peut-être un petit peu avant les autres secteurs. L’impact a été tout aussi brutal que pour le reste du Luxembourg, c’est incroyable!

Quelles ont été les implications directes pour votre activité?

«Tout d’abord, suite à la décision du gouvernement de fermer les restaurants , nos deux établissements Um Plateau et Tempo ont bien sûr cessé leur activité. Nous n’avons pas souhaité proposer de take-away ou de livraisons, à la fois pour nous concentrer sur l’activité de Cocottes et y rassembler les troupes, mais aussi afin de pouvoir laisser cette solution de secours à ceux qui n’ont que ça pour survivre pendant ces semaines de confinement s’ils souhaitent y avoir recours.

C’est encore très difficile de donner un chiffre ou un ratio exact, mais une chose est certaine, c’est que cette perte d’activité ne sera jamais retrouvée.
Stéphanie Jauquet

Stéphanie Jauquet,  CEO du groupe Cocottes

Quelles sont les mesures que vous avez prises, d’un point de vue logistique et humain?

«L’activité de Cocottes étant maintenue et restant relativement constante malgré la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvons, le site de production de Grass reste opérationnel et nous y avons mis en place des mesures de sécurité encore plus drastiques. Nous contrôlons la température de nos employés avant chaque prise de poste et nous interdisons tout travail au moindre symptôme grippal, par exemple.

Cela ne pose pas vraiment de problème à notre staff, qui est habitué à nos protocoles sanitaires déjà très minutieux en règle générale. Nous avons cependant dû faire appel au chômage partiel, comme beaucoup, et ne gardons que le personnel essentiel dans les boutiques.

Avez-vous déjà pu chiffrer le manque à gagner pour votre société?

«C’est encore très difficile de donner un chiffre ou un ratio exact, mais une chose est certaine, c’est que cette perte d’activité ne sera jamais retrouvée. Les plats, les soupes, les salades ou les sandwiches que nous ne servons pas en ce moment, les clients ne vont pas les consommer en double lorsqu’on pourra revenir à la normale. Tout cela est perdu, et c’est le cas pour tous les acteurs du secteur horeca qui se retrouvent vraiment en danger. J’espère que les pouvoirs publics en ont conscience…

Justement, vous sentez-vous épaulés et entendus par ces pouvoirs publics?

«Nous sommes vraiment bien accompagnés par des structures comme l’Horesca ou la Chambre de commerce, surtout au niveau administratif. Ils ont su rapidement nous donner toutes les clés pour sélectionner et soumettre les différentes demandes, nous fournir les documents nécessaires rapidement… De plus, nous avons rapidement eu accès à des fonds, relatifs notamment à l’investissement – qui est assez conséquent chez Cocottes, à la formation professionnelle et à la récupération de TVA, ce qui a permis des rentrées d’argent salutaires pour le fonctionnent de base de notre activité.

J’espère que les pouvoirs publics prendront conscience de la réalité de notre secteur, avec ses deux pôles de dépenses fixes que sont le personnel et les loyers. Pour le premier, des choses ont déjà été faites et j’en suis soulagée, mais pour le second, c’est encore un peu flou.
Stéphanie Jauquet

Stéphanie Jauquet,  CEO du groupe Cocottes

Qu’attendez-vous pour la suite?

«Malgré ces points déjà positifs, j’espère que les pouvoirs publics prendront conscience de la réalité de notre secteur, avec ses deux pôles de dépenses fixes que sont le personnel et les loyers. Pour le premier, des choses ont déjà été faites et j’en suis soulagée, mais pour le second, c’est encore un peu flou. Je pense qu’une concertation avec les propriétaires est nécessaire. Imaginez assurer les loyers du centre-ville avec un niveau d’activité actuel! C’est difficilement concevable. Un des avantages que nous pouvons avoir dans ces discussions, c’est que nous sommes unis dans le métier. Je suis aussi une ambassadrice Foodamental et je sais que les 11 ambassadeurs parleront d’une seule voix, qui pourra probablement compter.

Envisagez-vous déjà la fin de la crise de manière concrète?

«Pour l’instant, je suis déjà bien assez occupée à adapter mon activité au jour le jour – non plutôt heure par heure – pour savoir ce qui se passera dans deux semaines, ou plus… Mon but dans l’immédiat est d’organiser mon activité de la manière la plus efficiente possible tout en assurant un confort de vie optimal à mes équipes.

Mais je suis aussi déjà confiante dans le rôle moteur que le secteur de la restauration va pouvoir et devoir jouer à la fin de cette crise sanitaire. Nous allons retravailler, innover toujours plus et surtout rembaucher du monde, sortir des professionnels du chômage, donner du travail… Je sais que ce ne sera que relatif, mais je crois en nous et en notre résilience!»