ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Reboot (4/10)

Gérard Zoller: «S’imaginer l’inimaginable»



L’entreprise de peinture Robin a produit près de 100.000 litres de gel hydroalcoolique pendant la crise du Covid-19. Elle devrait continuer à constituer des réserves pour le gouvernement luxembourgeois en cas de seconde vague. (Photo: Gérard Zoller)

L’entreprise de peinture Robin a produit près de 100.000 litres de gel hydroalcoolique pendant la crise du Covid-19. Elle devrait continuer à constituer des réserves pour le gouvernement luxembourgeois en cas de seconde vague. (Photo: Gérard Zoller)

Le Covid-19 fait vivre aux CEO un été pas comme les autres. Chaque semaine, nous les interrogeons sur leur stratégie pour la reprise. Pour Gérard Zoller, directeur général de l’entreprise de peinture Robin, cela passera par la diversification. En plus de la production de gel hydroalcoolique, il souhaite se lancer dans les services.

Dans l’entreprise Robin depuis 33 ans et à sa tête depuis 2017, Gérard Zoller a su être réactif pendant la crise du Covid-19 en produisant du gel hydroalcoolique . Il nous livre, d’une voix grave et affirmée, la stratégie «reboot» qu’adoptera la société de 105 salariés basée à Useldange.

Peinture, carrosserie, menuiserie… Le Covid-19 a mis à l’arrêt les activités de l’entreprise Robin. Qu’est-ce qui vous a aidés à rester debout?

Gérard Zoller. – «Du jour au lendemain, 80% de nos clients se sont retrouvés au chômage technique. Notre chiffre d’affaires est tombé à 20% de ce qu’on fait d’habitude. (L’entreprise réalise 25 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, ndlr.)

Nous sommes très diversifiés, ce qui a sauvé les meubles . Même si les artisans et les garagistes étaient fermés au Luxembourg, notre division Export a continué à fonctionner, notamment vers le Moyen-Orient. Le secteur public, qu’on a attaqué il y a quelques années avec un nouveau vendeur, a aussi aidé.

La vente aux privés, normalement très accessoire chez nous, a quant à elle doublé. Nous étions sur Letzshop, ce qui a fonctionné. À mon avis, les gens étaient confinés et voulaient peindre leur maison. Et ça continue, les nouveaux clients que nous avons gagnés restent fidèles.

Vous vous êtes également adaptés en vous lançant dans la production de gel hydroalcoolique. Allez-vous poursuivre cette activité?

«Pendant la crise, cela représentait quasiment 100% du chiffre d’affaires. Nous avons produit près de 100.000 litres. Aujourd’hui, les acteurs qui étaient saturés sont revenus et notre part de marché a fortement diminué. Nous allons quand même garder cela comme activité supplémentaire et réserve stratégique en cas de deuxième vague.

Au départ, nous avons transformé l’usine, cela ne nous a pas coûté grand-chose. Suite à l’appel du gouvernement aux producteurs locaux à s’équiper pour faire des réserves, nous allons maintenant investir dans une nouvelle ligne de remplissage automatisée. Cela représente un investissement de 500.000 euros. La partie utilisée pour produire du gel sera remboursée par l’État, l’autre sera à nos frais. Nous sommes en train d’évaluer cela. Cela doit être fait dans les six mois.

À part cela, quelle stratégie adoptez-vous pour la reprise?

«Nous voulons augmenter notre présence sur le marché physiquement. Nous avons engagé un commercial, pour montrer que nous sommes toujours là. Et continuer la diversification. Nous avons tous constaté que les sociétés monolithiques ont du mal. Aujourd’hui, nous sommes producteurs et commerçants. Nous allons peut-être aller vers les services aussi. Location de matériel, de notre expertise, développement de produits pour d’autres producteurs, etc.

Nous avons appris de la crise qu’il faut essayer de s’imaginer l’inimaginable. J’ai instauré avec mes équipes un entraînement régulier, où on essaie de réfléchir à des situations. Par exemple: imaginez-vous qu’à partir de demain, il n’y a plus d’informatique et que tous vos back-up sont cramés. C’est important de garder une certaine vivacité d’esprit.

Baisse d’activité d’un côté, hausse de l’autre… Quel chiffre d’affaires attendez-vous pour 2020?

«Je suis optimiste. Pour la fin de l’année, j’espère arriver au même chiffre d’affaires que l’année passée. Il y a une bonne reprise, même s’il reste certains freins avec les mesures de sécurité.»