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opposition et syndicats

Un programme de stabilisation salué, mais perfectible



Les députés de l’opposition soutiennent le plan gouvernemental tout en appelant à aider davantage les indépendants. (Photo : Chambre des députés / archives)

Les députés de l’opposition soutiennent le plan gouvernemental tout en appelant à aider davantage les indépendants. (Photo : Chambre des députés / archives)

Le programme de stabilisation présenté la semaine dernière par le gouvernement est globalement salué par les partis d’opposition et les syndicats, même si ces derniers soulignent un besoin accru d’aides directes aux entreprises.

Le Premier ministre Xavier Bettel  (DP) et ses ministres de l’Économie, des Finances et des Classes moyennes ont détaillé la semaine dernière la réponse du gouvernement aux difficultés économiques criantes provoquées par la crise sanitaire du coronavirus et en particulier le gel d’une partie de l’économie avec la fermeture des commerces non essentiels depuis maintenant deux semaines.

Le programme représenterait 8,8 milliards d’euros si toutes ses composantes étaient effectivement appliquées . Un chiffre marquant, mais à décortiquer en détail, souligne l’opposition parlementaire et les syndicats.

«La majorité (4,45 milliards d’euros) ne sont que des reports et 2,5 milliards sont des garanties», précise Sven Clement , député Piraten. Et sur les 1,75 milliard déboursés à courte échéance, «la majorité sont des liquidités qui arrivent directement auprès des salariés (1,4 milliard). L’enveloppe qui sera injectée dans les entreprises n’est donc que de 350 millions. Ce n’est pas suffisant et il faut compter qu’on devra encore injecter davantage afin de stabiliser les indépendants, TPE et PME à moyen et long terme. C’est cependant une bonne base de départ, même s’il y a encore des lacunes, et cela aidera beaucoup de personnes.» 

Marc Baum (Déi Lénk) salue également ce qui «ne peut être qu’un premier pas dans la direction de la stabilisation de l’économie», tout comme Martine Hansen , chef de fraction CSV.

Il y a des trous géants dans le filet de sauvetage mis en œuvre.
Sven Clement

Sven Clement,  député Piratepartei

Le député Piraten souligne encore un «manque de coordination» entre les ministères, donnant l’impression que «la plupart ont chacun leur propre projet de stabilisation». Et, finalement, ceux qui ont besoin d’aide se retrouvent «envoyés d’un ministère à l’autre, mais ne sont éligibles ni pour les mesures de l’un ni de l’autre».

Les députés pointent également le fait que le plan laisse de nombreux acteurs sur le carreau. «Le fait que les entreprises qui ont des plans d’apurement avec le Centre commun de la sécurité sociale ne peuvent pas profiter du report des cotisations me semble injuste, car on pénalise exactement ces entreprises qui avaient déjà du mal», ainsi que celles ayant des arriérés au CCSS», souligne Sven Clement. Sont également oubliés les «professions libérales qui dépendent des ministères de l’Éducation et de l’Enfance et de la Santé (médecins-dentistes, assistantes parentales…)» qui ne reçoivent rien, tout comme ceux «qui n’ont pas besoin d’autorisation d’établissement». «Il y a donc des trous géants dans le filet de sauvetage mis en œuvre», déplore le député.

Le refus du gouvernement de négocier un moratoire sur les prêts hypothécaires risque aussi d’avoir comme conséquence une relance économique moins prononcée pour l’après-crise due à la baisse sensible du pouvoir d’achat.
Marc Baum

Marc Baum,  député Déi Lénk

Marc Baum renchérit: «les montants engagés ne concernent que les commerces ou entreprises qui ont dû fermer à cause du [règlement grand-ducal du 18 mars]. Cette mesure ne touche pas les indépendants ou les TPE qui ont dû fermer ou baisser sensiblement leurs activités. Or, pour eux, il ne reste que les aides ‘de minimis’ (qui sont entièrement remboursables). Bien qu’une partie des salaires soit couverte par le chômage partiel, il leur reste les loyers (souvent faramineux) ainsi que leurs frais fixes.»

Marc Baum, qui réclamait également un chômage partiel à 100% au lieu de 80% pour tous les salariés concernés – une demande en partie exaucée par les annonces du ministère du Travail –, dénonce le «refus du gouvernement de négocier un moratoire sur les prêts hypothécaires (qu’il a bien négocié pour les entreprises) [qui] risque non seulement de mettre en situation hautement précaire un bon nombre de salariés, mais aussi d’avoir comme conséquence une relance économique moins prononcée pour l’après-crise due à la baisse sensible du pouvoir d’achat.»

Nous voulons plus d’argent et moins de bureaucratie.
Martine Hansen

Martine Hansen,  députée et chef de fraction CSV

«En temps de crise, rien n’est jamais suffisant», estime Martine Hansen. «Il faut donc adapter les mesures à court terme et, le cas échéant, les moyens à moyen terme. Et nous devons déjà nous préparer pour limiter les dégâts de la crise économique de l’après-crise sanitaire. C’est pourquoi nous proposons par exemple, en utilisant toute la marge de manœuvre de la Commission européenne, d’augmenter l’aide maximale prévue par entreprise de 500.000 à 800.000 euros et de ne pas demander des plans de redressement compliqués aux patrons. Nous voulons plus d’argent et moins de bureaucratie. Cela vaut aussi pour nos indépendants et start-up qui ne trouvent pas encore toute leur place dans le paquet.»

Côté syndicats, l’OGBL «soutient ce paquet et toutes les aides qui seront nécessaires pour aider les entreprises», assure sa présidente Nora Back. «Nous apprécions aussi que le gouvernement soit prêt à créer de la dette supplémentaire si nécessaire», une mesure que défendait l’OGBL «afin de surmonter financièrement cette situation et d’éviter que la crise économique ait trop de répercussions par la suite». Le syndicat tient à «reconnaître l’effort» du gouvernement pour répondre à des situations très diverses – suspension de l’expulsion des locataires privés comme professionnels, extension du congé pour raisons familiales, garanties bancaires, etc.

Tous les employeurs, quelle que soit leur forme, doivent pouvoir bénéficier d’une aide.
Nora Back

Nora Back,  présidente,  OGBL

S’il est essentiel d’aider les entreprises pour soutenir leurs salariés auxquels elles «garantissent l’existence et le pouvoir d’achat», l’OGBL insiste sur le fait que ces aides «ne doivent pas être un chèque en blanc. Il est important de contrôler s’il n’y a pas d’abus ou si des entreprises déjà en difficulté ne profitent pas de ces mesures pour se rétablir.» Et d’insister sur «l’interdiction de licencier» qui devrait s’appliquer. Le ministère du Travail l’a entre-temps entérinée – mais seulement pour les entreprises bénéficiant du chômage partiel.

«Personne ne doit se retrouver sans revenu», pose comme principe Mme Back. «Il faut élargir le champ d’éligibilité pour le chômage partiel dans cette situation exceptionnelle et inédite. Tous les employeurs, quelle que soit leur forme, doivent pouvoir bénéficier d’une aide, les indépendants qui occupent une poignée de salariés aussi bien que les médecins employant des secrétaires médicales. Ce qui nous préoccupe beaucoup, ce sont les femmes de ménage occupées chez des particuliers, qui sont exclues du chômage partiel.»

La CGFP «solidaire» à l’heure de la facture

La CGFP, quant à elle, «se félicite de la gestion de crise rapide et non bureaucratique de la part du gouvernement afin de contrecarrer les problèmes de liquidités auxquels de nombreuses entreprises privées sont actuellement confrontées» et salue encore le fait que «pour l’instant, le gouvernement se préoccupe moins du financement de ce paquet d’aide». La CGFP assure toutefois de sa solidarité une fois que viendra la facture. «Il sera nécessaire de clarifier comment les différents acteurs apporteront leurs contributions financières à parts égales. (…) En tant que partenaire social responsable, la CGFP ainsi que l’ensemble de la fonction publique seront également fermement engagées dans cet effort collectif.»