POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

PAULETTE LENERT, MINISTRE DE LA SANTÉ (2/5)

«On ne peut pas éviter d’être mal interprété»



«Je crois que c’est presque mission impossible de communiquer de manière à ce que le grand public comprenne tout de façon correcte», estime Paulette Lenert. «C’est une aspiration que l’on peut avoir, on peut chercher à faire au mieux, mais on ne peut pas éviter que des choses soient dramatisées, mal comprises ou mal interprétées…» (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/archives)

«Je crois que c’est presque mission impossible de communiquer de manière à ce que le grand public comprenne tout de façon correcte», estime Paulette Lenert. «C’est une aspiration que l’on peut avoir, on peut chercher à faire au mieux, mais on ne peut pas éviter que des choses soient dramatisées, mal comprises ou mal interprétées…» (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/archives)

Stratégie de vaccination, déconfinement, semaines de repos… La ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), est revenue sur la pandémie de Covid-19 et la situation au Luxembourg lors d’un entretien avec Paperjam. Une rencontre déclinée en cinq volets.

Après trois semaines de repos suite à un malaise, la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), a repris les rênes du ministère. Campagne de vaccination, stratégie de déconfinement, difficultés de communication, polémiques autour des maisons de soins… elle est revenue, lors d’un entretien avec Paperjam, sur les enjeux actuels face à la pandémie de Covid-19. Deuxième partie: l’adhésion à la vaccination et les difficultés pour communiquer sur ce sujet.

Le taux d’adhésion à la vaccination vous satisfait-il jusqu’ici?

Paulette Lenert.  – «Oui, cela aurait pu être pire. En tout cas, nous voyons une bonne adhésion jusqu’à maintenant. Même pour se faire vacciner volontairement avec AstraZeneca, nous étions à 25.000 inscrits très rapidement.

Ne craignez-vous pas un effet de plafonnement à partir d’un certain taux de vaccination?

«Je peux comprendre qu’au début, les premières personnes à être appelées étaient peut-être plus hésitantes. Mais, même parmi celles-ci, par exemple au sein des professions de santé de la première phase, il y en a quand même eu 1.000 qui se sont inscrites après coup – vu que nous leur donnons cette possibilité.

Et nous communiquons beaucoup. Les campagnes continuent sur les réseaux sociaux. Je crois que cela fait son effet. Donc je crois qu’il faut rester optimistes et ne pas se plaindre avant de voir. Ce sera peut-être un succès de bout en bout.

Nous adaptons la communication en fonction des phases, pour être plus ou moins en adéquation avec la réalité de la campagne de vaccination.
Paulette Lenert

Paulette Lenert,  ministre de la Santé

Le potentiel d’adhésion des jeunes vous inquiète-t-il?

«C’est toujours une balance des risques qui est faite. Pour une personne âgée, vulnérable, son risque de mourir du Covid ou d’avoir des complications est beaucoup plus élevé que celui d’une personne jeune. Donc la personne jeune se pose davantage de questions, ça me semble logique.

Mais il faut rappeler que l’EMA (l’Agence européenne des médicaments, ndlr) estime clairement que cette balance des risques est positive. Bien que cela varie selon les catégories d’âge, évidemment…

Vous vous adressez en particulier aux jeunes dans vos campagnes de sensibilisation?

«Nous adaptons la communication en fonction des phases, pour être plus ou moins en adéquation avec la réalité de la campagne de vaccination. Au début, cela concernait plutôt les personnes âgées. Maintenant, c’est plutôt aux jeunes que l’on s’adresse.

La place du vaccinoscepticisme ou des théories du complot est-elle importante au Luxembourg?

«Il y en a, nous les suivons, mais j’ai l’impression que cette tendance est moins développée que dans d’autres pays. J’en entends assez peu parler autour de moi. Même les mouvements de protestation restent assez gérables. Il y a beaucoup plus de gens dans la rue en Allemagne, en France ou en Belgique. Cela reste plutôt calme ici, je trouve.

N’avez-vous pas été choquée par la nomination de Christianne Wickler à la présidence du conseil d’administration de Cargolux par un ministre de la coalition, alors qu’elle dirigeait un site à propos du Covid, Expressis-Verbis , à tendance complotiste?

«On peut dire que ce n’est pas heureux. La polémique déclenchée laisse bien sûr un petit goût amer… Et cela n’aide pas en ce moment. J’aimerais avoir du calme, de la neutralité.

Mais, objectivement, je trouve qu’il ne faut pas tout mélanger. Ce qui compte, c’est si elle a la compétence pour le job pour lequel elle a été nommée. Dans son métier, elle ne va pas parler de Covid. J’estime que les gens sont libres d’avoir leur opinion dans leur vie privée.

Ce serait d’ailleurs bizarre de l’écarter pour le motif qu’elle exprime son opinion. Il ne faudrait pas nommer quelqu’un parce qu’il a une opinion contre le gouvernement? Où va-t-on, là? C’est dangereux, ce sont des raisonnements qui n’ont pas non plus leur place dans une procédure de sélection.

Je crois que c’est presque mission impossible de communiquer de manière à ce que le grand public comprenne tout de façon correcte.
Paulette Lenert

Paulette Lenert,  ministre de la Santé

La communication est très délicate au sujet de la vaccination. Lorsque vous avez annoncé, en conférence de presse, trois morts suspectes, potentiellement en lien avec le vaccin, beaucoup ont fait le raccourci en établissant un lien direct…

«Oui, c’est très difficile. Le raccourci qui a été fait, les gens le font dans leur tête. Trois morts à cause du vaccin, ce n’est pas ça, mais l’expliquer à un grand public, c’est délicat… C’est une matière compliquée, tout le monde n’est pas expert en vaccins. Je crois que c’est presque mission impossible de communiquer de manière à ce que le grand public comprenne tout de façon correcte. C’est une aspiration que l’on peut avoir, on peut chercher à faire au mieux, mais on ne peut pas éviter que des choses soient dramatisées, mal comprises ou mal interprétées…

C’est la conséquence inévitable de la transparence?

«Des sujets doivent être discutés, il ne faut pas les cacher. J’avoue que je n’ai pas trop de regrets là-dessus. Quelque part, il faut avoir conscience qu’il y a un risque, et faire avec. Si on veut être transparent, il faut assumer que cela puisse être déformé.»

Les différents volets de cet entretien:

1re partie:  la stratégie vaccination et ses effets sur l’évolution de la pandémie .

3e partie: les critiques sur le lent démarrage de la campagne de vaccination au Luxembourg .

4e partie: le point sur les mesures anti-Covid, les infections et les hospitalisations .

5e partie:  sa fonction de ministre de la Santé et sa coupure de trois semaines suite à un malaise .