POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

PAULETTE LENERT, MINISTRE DE LA SANTÉ (3/5)

«Nous n’avons pas eu une gestion de juriste!»



«Quelque chose que les gens ne supportent pas très bien, c’est quand on leur donne une direction claire et qu’on est par la suite obligé de faire marche arrière», explique Paulette Lenert. «Donc nous avons toujours cherché à mettre en place ce qu’on était plus ou moins sûr de pouvoir tenir en termes de délais.» (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

«Quelque chose que les gens ne supportent pas très bien, c’est quand on leur donne une direction claire et qu’on est par la suite obligé de faire marche arrière», explique Paulette Lenert. «Donc nous avons toujours cherché à mettre en place ce qu’on était plus ou moins sûr de pouvoir tenir en termes de délais.» (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne/Archives)

Stratégie de vaccination, déconfinement, semaines de repos… La ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), est revenue sur la pandémie de Covid-19 et la situation au Luxembourg lors d’un entretien avec Paperjam. Une rencontre déclinée en cinq volets.

Après trois semaines de repos suite à un malaise, la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), a repris les rênes du ministère. Campagne de vaccination, stratégie de déconfinement, difficultés de communication, polémiques autour des maisons de soins: elle est revenue, lors d’un entretien avec Paperjam, sur les enjeux actuels face à la pandémie de Covid-19. Dans cette troisième partie, la ministre répond aux critiques quant au lent démarrage de la campagne de vaccination, dû à une prudence dans la gestion des stocks jugée parfois excessive .

Des critiques ont été faites quant à votre gestion trop «prudente» de la campagne de vaccination, notamment au niveau de la gestion des stocks de vaccins. Une gestion de «juriste», selon certains…

Paulette Lenert. – «Non, ce n’est justement pas une gestion de juriste que nous avons eue! Nous nous sommes fiés à nos experts. Nous, ce que nous suivons, c’est en premier lieu les recommandations de l’Agence européenne des médicaments (EMA), puis celles de notre conseil scientifique.

Nous avons, comme tous les pays ont leur comité scientifique, un Conseil supérieur des maladies infectieuses (CSMI), institué par la loi, et nous le suivons. Ces gens ont été nommés par le gouvernement à un moment donné, et ce bien avant mon arrivée. Ce sont eux qui ont ce rôle consultatif. Or, cela me semblerait quand même étrange de m’en distancier…

J’aurais du mal, en tant que ministre juriste, à m’éloigner de ce que le CSMI me recommande…
Paulette Lenert

Paulette Lenert,  ministre de la Santé

Mais certains experts considéraient que la durée de l’intervalle entre les deux doses de vaccin aurait pu être allongée et que la campagne devait faire preuve de davantage de flexibilité…

«Sur ce sujet, vous trouverez sans difficulté d’autres personnes qui vont vous dire autre chose. C’est le propre de cette pandémie, vous ouvrez n’importe quel journal et vous trouvez des articles avec des avis plus nuancés, tant au niveau des experts qu’au niveau des commentateurs!

En outre, au Luxembourg, nous regardons beaucoup les pays voisins. Et il est vrai qu’il n’y a pas toujours une seule et même ligne. Les différents scientifiques n’ont pas toujours la même position, ce qui rend la tâche encore plus difficile. Nous ne savons pas trop à quel saint nous vouer. Et finalement, tout le monde doit se débrouiller.

Comment faire pour trancher avec cette masse d’informations?

«Si on commence – si on regarde la France, notre conseil scientifique, l’homologue X ou Y –, on ne s’arrête plus.

Il faut bien se fier à quelque chose pour prendre des décisions. Or, pour cela, nous avons des institutions, des organes consultatifs. Donc nous les suivons. Cela me semble normal. J’aurais du mal, en tant que ministre juriste, à m’éloigner de ce que le CSMI me recommande… Ce serait limite de leur dire: ‘Vous êtes institués et nommés à ces postes, mais nous nous fions plutôt à quelqu’un qui ne l’est pas…’

Ensuite, il reste des décisions politiques à prendre, bien sûr. Mais de faire varier un délai contre une recommandation qui nous a été donnée, cela me semblerait quand même assez osé.

La comparaison avec les autres pays n’a pas toujours été flatteuse quant au démarrage de la campagne de vaccination…

«Au début, nous étions plus lents. Maintenant, nous sommes plus rapides. Nous étions très rapides sur d’autres choses. Dans cette pandémie, si vous cherchez, vous trouvez toujours que l’herbe est plus verte ailleurs… Mais si on regarde globalement, je pense que nous ne nous en sommes pas mal sortis.

Il est vrai qu’au début – et ce n’était pas une attitude juridique, mais simplement prudente –, nous ne savions pas si les livraisons allaient arriver ou pas. Et nous avons attendu un peu pour savoir si nous pouvions nous y fier ou non, avant de commencer à ne pas conserver entièrement les deuxièmes doses. Je conçois qu’attendre un peu pour être sûr est une attitude plutôt prudente.

Certains pays, en faisant preuve de davantage de flexibilité, ont cependant pu protéger plus rapidement un plus grand nombre de personnes avec l’injection de la première dose…

«Si vous regardez à l’étranger, notamment la France, il y a eu à un certain moment énormément de rendez-vous qui ont dû être annulés. Et cela fait aussi râler, car je crois que quelque chose que les gens ne supportent pas très bien, c’est quand on leur donne une direction claire et qu’on est par la suite obligé de faire marche arrière.

Donc nous avons toujours cherché à mettre en place ce qu’on était plus ou moins sûr de pouvoir tenir en termes de délais.»

Les différents volets de cet entretien:

1re partie:  la stratégie vaccination et ses effets sur l’évolution de la pandémie .

2e partie: l’adhésion à la vaccination et les difficultés pour communiquer à ce sujet .

4e partie: le point sur les mesures anti-Covid, les infections et les hospitalisations .

5e partie:  sa fonction de ministre de la Santé et sa coupure de trois semaines suite à un malaise .