COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Communication

Communication et événementiel

«Nous perdons entre 70 et 100% du chiffre d’affaires»



Le bal de la Croix-Rouge luxembourgeoise est un des événements organisés tout au long de l’année au Luxembourg. (Photo: dbcreation-archives Paperjam)

Le bal de la Croix-Rouge luxembourgeoise est un des événements organisés tout au long de l’année au Luxembourg. (Photo: dbcreation-archives Paperjam)

Alors que le secteur de la communication et de l’événementiel traverse une crise sans précédent à cause de la pandémie de Covid-19, Laure Elsen, présidente de la MarkCom, association des agences de conseil en marketing et communication du Luxembourg, et directrice de l’agence Accentaigu, dresse un état des lieux et les propositions du secteur pour garder la tête hors de l’eau.

Cela ne fait aucun doute, le secteur de la communication et de l’événement est aussi un des secteurs économiques les plus touchés par la crise du coronavirus. «On parle beaucoup des difficultés de l’Horesca en ce moment, mais nos agences sont dans la même situation », déclare Laure Elsen , présidente de la MarkCom, association des agences de conseil en marketing et communication du Luxembourg, et directrice de l’agence Accentaigu. «Nous avons été un des premiers secteurs à être touché et nous serons certainement un des derniers à pouvoir retravailler.» Avant la crise, le poids économique de la MarkCom représentait 90 millions d’euros de chiffre d’affaires et environ 500 personnes salariées.

Dès le début des difficultés, l’association a lancé une étude auprès de ses 22 membres pour analyser le comportement du marché. «Fin mars, nous avions déjà une perte de 40% de notre chiffre d’affaires. Fin avril, nous avons atteint entre 70 et 100% de perte du chiffre d’affaires, en fonction d’une agence de communication générale ou d’une agence de communication événementielle. La situation est vraiment catastrophique.»

Les agences de communication en difficulté

Les agences de communication sont fortement touchées par cette crise, la tranche de budget vouée à la communication étant souvent l’une des premières à être réduite en période de difficultés financières. Les agences de communication classiques arrivent encore un peu à travailler, surtout pour des projets digitaux, mais l’activité s’est quand même fortement réduite.

C’est pourquoi la MarkCom a rédigé une lettre qui a été envoyée au ministre des Classes moyennes, Lex Delles  (DP), pour signaler que les équipes sont à la disposition du gouvernement en ce moment de crise. Elles se disent aussi disponibles pour «des tâches administratives, activités sur le terrain avec l’aide aux montages par exemple», selon le courrier que Paperjam a pu consulter.

L’événementiel au point mort

Le secteur de l’événementiel, lui, est complètement bloqué. Il représente quelques milliers d’emplois, tous métiers confondus, allant des concepteurs, organisateurs, loueurs, monteurs, techniciens, imprimeurs, traiteurs, fleuristes, décorateurs, hôtesses, logisticiens, standistes… qui aujourd’hui ne peuvent plus travailler. Et même s’il s’agit généralement de petites entreprises, il est question d’un secteur qui représente un apport économique bien plus important que la taille des entreprises.

L’interdiction des rassemblements et manifestations , qu’il s’agisse de foires, salons professionnels ou grand public, congrès, incentives, événements sportifs ou culturels, et ce jusqu’au 31 juillet, fait que les organisateurs et les opérateurs de cette filière traversent actuellement une crise sans précédent et qui met en danger à très court terme la survie des entreprises concernées et donc le maintien de milliers d’emplois directs et indirects.

«En plus des annulations des événements jusqu’au 31 juillet 2020, vient s’ajouter une succession d’annulations d’événements planifiés jusqu’à la fin de l’année 2020, aggravant une situation déjà très problématique», explique Laure Elsen, qui est aussi directrice de l’agence de communication événementielle Accentaigu. «Les professionnels de ce secteur espèrent une timide reprise à la rentrée, mais rien n’est garanti. Tous les indicateurs portent à croire que le recul pourrait se poursuivre et franchir les 70% d’ici la fin de l’année», avertit-elle.

Un courrier demandant le dialogue

Partant de ce constat, les prestataires du monde de l’événementiel ont également envoyé un courrier aux différents ministres concernés par ce secteur, à savoir le Premier ministre Xavier Bettel  (DP), la ministre de la Culture Sam Tanson  (Déi Gréng), le ministre de l’Économie Franz Fayot  (LSAP), Lex Delles et le ministre du Travail et de l’Emploi, Dan Kersch  (LSAP).

«Nous sommes bien conscients que nos métiers vont beaucoup changer, mais à l’heure actuelle, nous sommes complètement bloqués. Aussi, nous avons demandé une entrevue pour faire partie de la réflexion pour élaborer le plan spécial pour les secteurs touchés par la crise sur le moyen terme», explique Laure Elsen, qui est cosignataire de cette lettre. Parmi leurs demandes, le maintien de la mesure de chômage partiel Covid-19 au-delà de l’interdiction des rassemblements, jusqu’à ce que les événements soient de nouveau vivables. On trouve aussi une demande d’incitants fiscaux au bénéfice des organisateurs d’événements pour accélérer la relance.

Si, pour les professionnels de ce secteur, il ne serait en effet pas raisonnable de rouvrir les événements de grande envergure, il leur semble toutefois envisageable de réaliser des événements de petite dimension, comme des conférences ou des événements B2B, avec peu de participants et qui restent tout à fait maîtrisables d’un point de vue sanitaire. «Aussi, nous avons proposé nos services pour rédiger un guide de bonnes pratiques à utiliser dès que nous pourrons reprendre nos activités. Ce guide concernerait les réglementations en termes d’hygiène et de sécurité sanitaire sur les événements.»

Actuellement, les professionnels de la communication et de l’événementiel sont en train d’imaginer leur futur et essaient de se réinventer. «Il est évident que nous devons nous repositionner et qu’il y a un gros travail à faire sur soi-même. Nous cherchons ensemble des solutions pour faire survivre les agences, mais c’est très difficile. Il faut impérativement trouver de nouvelles pistes pour nous redéployer et avons besoin d’aide de la part du gouvernement», conclut Laure Elsen. La tâche s’annonce ardue.