ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Énergies renouvelables

Kiowatt inaugurée, succès déjà généré



La machinerie de Kiowatt produit notamment la chaleur qui aide à refroidir le datacenter voisin.  (Photo : Gaël Lesure)

La machinerie de Kiowatt produit notamment la chaleur qui aide à refroidir le datacenter voisin. (Photo : Gaël Lesure)

Sur un modèle de partenariat public-privé, d’initiative économique belgo-luxembourgeoise et de synergie énergétique, la centrale de tri-, voire de quadri-, génération de Bissen-Roost a déjà fait ses preuves. Son circuit court est désormais en pleine lumière.

Ce n’est pas la pierre philosophale, mais ce n’est pas loin. Kiowatt est du bois dont on fait les idées et les productions durables. Elle est désormais inaugurée, de la façon la plus solennelle puisque, vendredi en fin de journée, sur le site de Roost, on a vu et entendu, entre autres, Xavier Bettel et Carole Dieschourg, Premier ministre et ministre de l’Environnement.

L’État luxembourgeois fait bien partie du projet, qu’il encourage et a aidé à mener à bien, à plus d’un titre. Car ce partenariat privé soutenu par le public est un modèle du genre. Kiowatt fait tourner, depuis la fin de l’année 2013 dans une phase de montée en puissance, une unité de trigénération.

De la biomasse au data center

Au cœur de l’installation, il y a la centrale de cogénération qui, en n’utilisant que du combustible renouvelable (du bois de rebut, des déchets forestiers, la biomasse en résumé), produit (à base d’une turbine vapeur) de l’électricité, injectée dans le réseau public, et de la chaleur.

Cette chaleur est utilisée à fond: en interne, elle sèche le bois frais, dont on tire écorces de jardin et pellets, ces granulés de bois de plus en plus populaires pour le chauffage domestique; la vapeur chaude alimentera un réseau public (la commune de Bissen est aussi partenaire de l’aventure) pour chauffer la zone artisanale et commerciale Klengbousbierg; et la chaleur (selon le principe du frigo) produit aussi du froid, en l’occurrence le système de refroidissement indispensable au data center voisin, le site Luxconnect de Roost. Ce dernier figure donc, lui aussi, et parmi d’autres, dans les partenaires et co-financeurs de l’affaire.

Une affaire belgo-luxembourgeoise

Car c’est bien une affaire, parfaitement écologique mais rigoureusement économique. L’expérience l’a d’ailleurs démontré. Si Kiowatt est neuve dans le paysage luxembourgeois, son principe a fait ses preuves depuis une dizaine d’années, à Virton en Belgique. Et le groupe François (70 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2013), initiateur visionnaire de ce site, Recybois, avec un groupe financier bruxellois et l’intercommunale Idélux notamment, est aussi à l’origine de Kiowatt.

Kiowatt unit le groupe François (via Woodpar) et LuxEnergie, filiale d’Enovos, spécialisée dans l’énergie verte et les réseaux de chaleur et de froid. Paul Weis, administrateur délégué de LuxEnergie, voit ce partenariat couler de source, vu la complémentarité des acteurs et les objectifs poursuivis. Administrateur délégué de Kiowatt et du groupe François, Bernard François insiste sur la réflexion, menée depuis 2008, pour améliorer ce qui tourne à plein régime (y compris pour ses actionnaires) sur le sud de la Belgique.

Une histoire de génération

De fait, le site de Roost n’est pas gourmand en espace (à peine 1,5 ha), a un rendement global de 95%, produit déjà environ 14% de l’électricité verte du pays et a créé 15 emplois locaux…

Si l’on tient compte de la production en mode industriel (une capacité de 35.000 tonnes par année) de pellets (que des entreprises locales distribuent sur le terrain, prolongeant la logique du circuit court efficace entamée avec la récupération de rebuts de bois luxembourgeois, jusque là non valorisés ou expédiés en Allemagne), en plus de la production d’électricité, de chaleur et de frigorie, «le site de Bissen-Roost peut même être qualifié de centrale de quadrigénération», souligne Paul Weis. 

Et la prochaine génération s’en portera d’autant mieux.