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La centrale TWINerg officiellement inaugurée



Paperjam

Une manette actionnée par la main de S.A.R. le Grand-Duc Henri, et c'est tout un bâtiment qui s'illumine progressivement, dévoilant le logo TWINerg puis l'incroyable agencement de tuyauteries métalliques: la société de communication Act'in Luxembourg n'a pas lésiné sur les moyens - ni sur les idées - pour l'habillage audio-visuel de l'inauguration officielle de la centrale électrique Turbo-Gaz-Vapeur (TGV) d'Esch-sur-Alzette, opérationnelle depuis un peu plus de 6 mois, et qui assure à elle seule près d'un tiers de la production électrique nécessaire pour le Luxembourg. 

C'est le 7 mai dernier que la mise en service industriel de la centrale a eu lieu, mettant un terme à près de 30 mois de chantier sur la Zone d'Activités d'Ehlerange, en face de Belval-Ouest et de ses friches industrielles en cours de réhabilitation.

TWINerg, c'est le résultat d'un appel d'offre international lancé par le gouvernement à la fin de l'année 1996, dans le but de fournir un nouveau moyen de production national d'électricité, alors que se profilait la libéralisation du marché. Les termes de la procédure étaient clairs: "avoir recours à la technologie la plus moderne et la plus respectueuse de l'environnement".

Le 2 février 1998, Electrabel se voyait, au final, attribuer un marché également convoité par neuf autres candidats. Le contrat, outre la construction de la centrale, prévoyait également les compétences en matière de négociations de tous les contrats d'achat et de vente d'énergie, ainsi que l'exploitation même de la centrale par un opérateur ayant accès directement au réseau de distribution.

Concrètement, TWINerg résulte d'un partenariat fortement ancré entre la Belgique et le Luxembourg, puisque si Electrabel est l'actionnaire majoritaire (65%), le capital est complété par Arbed (Groupe Arcelor) et Cegedel, à la tête de 17,5% chacun. Selon les termes d'un accord commercial signé en janvier 1999, les deux actionnaires luxembourgeois se voient "rétrocédér" 100 MW chacun de la production de la centrale, le solde - entre 150 et 175 MW - étant récupéré par Electrabel, soit pour son propre usage, soit pour être revendu sur le marché européen.

D'un coût de construction approximatif de 150 millions d'Euro (là où une centrale de type nucléaire atteint les 2 milliards d'Euro), la centrale d'Esch fonctionne selon un principe de double turbine alignées sur un même axe: une turbine alimentée par gaz naturel et une seconde alimentée par vapeur d'eau provenant, pour l'essentiel, des "rejets" de la première turbine. Ce système "couplé" permet à l'ensemble de l'installation d'atteindre un rendement énergétique de 57% (pour 100 unités de combustible injectés, 57 unités de combustible exploitables en ressortent) là où une simple turbine à gaz ne dépasse pas 40%. Le tout avec des rejets de dioxyde de carbone et de dioxyde d'azote négligeables et aucun rejet de dioxyde de soufre.

18 personnes, au total, sont employés sur le site, mais le fonctionnement de la centrale n'est assurée que par? deux personnes, constituées en 6 équipes qui se relaient 24/24 heures, le reste du personnel étant attelé à la maintenance et à l'administration.

Si l'objectif premier de cette centrale était la production d'électricité, sa conception lui permet également de soutirer une partie de la chaleur produite pour des applications de chauffage urbain ou industriel, ce qui a pour effet mécanique de fortement améliorer le rendement du site, qui peut ainsi "monter" jusqu'à 75%. Seul problème: il n'y a, pour l'heure, aucun client potentiel susceptible de profiter de cette disposition. Une situation que l'organisation écologiste Greenpeace n'a pas manqué de dénoncer, reprochant aux instances gouvernementales de ne pas avoir pris les dispositions nécessaires pour améliorer cette situation.

Ce à quoi le ministre de l'Economie Henri Grethen, présent cet après-midi pour l'inauguration officielle de la centrale, a rappelé que, dans un tel cas de figure, l'augmentation du rendement de la centrale se ferait au détriment du rendement de production de l'électricité. "A la limite, on pourrait même complètement renoncer à la production d'électricité pour utiliser abusivement la centrale comme grande chaudière. Une telle approche ne ferait économiquement et écologiquement pas de sens" a-t-il précisé.