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Emploi

Le Luxembourg n’est pas forcément le champion des salaires



En comparaison avec certaines régions et certains pays en Europe, les salariés peuvent être mieux lotis ailleurs qu’au Luxembourg. (Photo: EU/Centonze Claudio)

En comparaison avec certaines régions et certains pays en Europe, les salariés peuvent être mieux lotis ailleurs qu’au Luxembourg. (Photo: EU/Centonze Claudio)

Malgré un salaire annuel brut moyen record dans l’Union européenne, le Luxembourg n’apparaît pas pour autant comme le pays ou la région où l’on gagne le mieux sa vie en Europe, selon une étude du Statec.

64.932 euros: c’est le salaire annuel brut moyen du Grand-Duché en 2018, soit le plus élevé de l’Union européenne selon Eurostat. Il représente 182% de la moyenne des 27 et est huit fois plus élevé que le revenu moyen en Bulgarie.

Derrière ces chiffres, se cache toutefois une autre réalité, souligne le Statec dans une étude diffusée ce mercredi : en tenant compte de certaines spécificités du Luxembourg, il s’avère que l’on peut gagner mieux sa vie ailleurs, notamment en Suisse, à Londres ou encore au Danemark.

Sur base du salaire horaire brut moyen exprimé en standard de pouvoir d’achat, le Luxembourg reste, certes, plus attractif que ses voisins de la Grande Région, mais apparaît moins rémunérateur que la région parisienne (Île-de-France) et certaines régions allemandes notamment.

Un marché de l’emploi atypique

Pour expliquer ce phénomène, le Statec souligne plusieurs éléments. Tout d’abord, le Grand-Duché est doté d’une structure atypique de l’emploi, avec la prédominance de deux branches particulièrement rémunératrices sur le marché: les activités financières et d’assurance, et les activités spécialisées, scientifiques et techniques. Elles représentent 22% de l’emploi salarié dans le pays, soit deux fois plus qu’en France, tandis qu’elles pèsent 9% en Allemagne et 8% en Belgique.

Ensuite, l’écart salarial s’amenuise avec les autres pays européens au regard du pouvoir d’achat. De 182% de la moyenne européenne, le salaire luxembourgeois passe à 145% une fois exprimé en pouvoir d’achat. Quant à l’écart avec la Bulgarie, il passe de 8 à 3.

La comparaison est aussi intéressante au niveau des pays voisins, puisque pour le salaire minimum exprimé en pouvoir d’achat, celui de l’Allemagne atteint 90% du luxembourgeois, 85% pour le belge et 82% pour le français.

Et puis, toutes les activités ne sont pas forcément très rémunératrices: pour les services administratifs et de soutien, l’horeca, le commerce, la construction et l’industrie, le salaire annuel brut moyen est plus faible au Luxembourg que dans les pays voisins, particulièrement en comparaison avec la Belgique, qui affiche des revenus bruts plus élevés dans ces branches.

Les primes, une variable qui compte… pour certains

Autre variable à tenir à l’œil: les primes non régulières représentent au Grand-Duché 15% des salaires annuels, contre 8% en moyenne européenne. Ces 13e mois, bonus et primes de fin d’année sont toutefois concentrés sur quelques branches spécifiques, comme la finance et les activités scientifiques et techniques, qui représentent presque la moitié de ces rémunérations extraordinaires.

Bref, le tableau est bien plus contrasté qu’il n’y paraît au premier abord, mais certains fondamentaux demeurent. Ainsi, le Statec confirme que l’écart salarial entre hommes et femmes est bien le plus faible de l’UE au Luxembourg, avec 1,4% pour le salaire horaire moyen.

Enfin, les niveaux d’éducation influencent l’écart salarial, mais les revenus annuels moyens sont plus élevés au Grand-Duché, que l’on soit peu ou fortement diplômé. Seuls les pays scandinaves affichent des salaires plus élevés pour le niveau de base, à savoir enseignement primaire ou secondaire non achevé.

À noter que le Statec se base sur les données de la dernière enquête européenne sur la structure des salaires, réalisée en 2019 auprès d’un échantillon de plus de 3.000 entreprises.