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Pandémie

Santé mentale: une prise en compte saluée



Xavier Bettel n’hésite plus à mentionner un sujet jusque-là peu considéré, selon les professionnels de santé. (Photo: Romain Gamba/archives Maison Moderne)

Xavier Bettel n’hésite plus à mentionner un sujet jusque-là peu considéré, selon les professionnels de santé. (Photo: Romain Gamba/archives Maison Moderne)

Dans sa conférence de presse du 5 décembre, Xavier Bettel a expressément fait référence au concept de santé mentale. Les professionnels voient là un sujet tabou sortir de l’ombre et espèrent que les futures politiques de santé prendront mieux en cause la question du bien-être.

On n’avait,  jusqu’à ce 5 janvier , pas entendu le Premier ministre Xavier Bettel (DP) se référer aux arguments liés au bien-être de la population dans sa communication de crise. Pour autant, cette dimension de la crise du Covid-19 ne lui est évidemment pas inconnue. Un comité ad hoc chargé de conseiller le gouvernement sur toutes les décisions à prendre par rapport à la pandémie a d’ailleurs été institué dès la première vague. Il s’est réuni à cinq reprises depuis fin avril, dont la dernière fois en novembre. Au sein de celui-ci, Gilbert Pregno, psychologue et président de la Commission consultative des droits de l’Homme (CCDH) «a toujours évoqué le sujet».

L’irruption sur la place publique de celui-ci le satisfait donc. «Même si je trouve que cette reconnaissance arrive fort tard, c’est une bonne chose. Le fait que l’on n’ait jusqu’à présent pris en compte que les impacts physiques de la pandémie est une grande préoccupation pour les professionnels du secteur de la santé mentale, pour qui on banalise les enjeux du bien-être.» Pour lui, une perspective s’ouvre au sens où un «interdit» vient de tomber, et qu’une nouvelle balance est en train de se créer entre les aspects physiques et les aspects psychiques.

Pour Anne-Claire Delval, consultante sur Deep.lu, «Xavier Bettel dit désormais tout haut ce qu’il pense depuis un moment déjà». Devant le business club France-Luxembourg dont il est le parrain, il avait exprimé publiquement l’inquiétude que suscitait le sujet. «On sentait bien qu’à titre personnel, il ne voulait pas rajouter une crise mentale à une crise économique. Il ne voulait pas de deuxième confinement, il s’y opposait dans sa tête.»

Une meilleure prise en charge de la personne

Sûrement libératrice pour l’intéressé, la prise en compte de la santé mentale ouvre-t-elle des perspectives de changement dans l’actuelle politique sanitaire? Pas à court terme, estime Anne-Claire Delval. Mais elle note que les choses commencent à bouger. Et cite en exemple la Confédération luxembourgeoise du commerce (clc) qui vient de lancer une «helpline» de soutien psychologique pour ses membres . Et elle espère que, suite à cette crise sanitaire, on traitera mieux les questions de santé mentale et qu’on donnera aux professionnels plus de moyens.

«Le modèle actuel ‘j’ai une maladie, j’ai un médicament, je suis soigné’ est devenu obsolète. Cela ne peut plus fonctionner s’il n’y a pas désormais, derrière, un accompagnement de la personne dans la globalité, ce qui inclut la santé mentale.» Et elle espère que l’on mette des moyens au service des professionnels et une prise en charge rapide de ces soins par la Caisse nationale de santé. «Les psychiatres sont actuellement surchargés de travail. Et ce, d’autant plus que des personnes qui n’auraient besoin que d’une prise en charge plus légère susceptible d’être délivrée par des psychologues ou des thérapeutes vont les voir, car les frais sont pris en charge, à l’inverse de ceux des psychologues ou des thérapeutes. La santé mentale, c’est aussi un beau budget pour les familles.»

Que le secteur de la santé mentale dispose de plus de moyens, c’est aussi un souhait de Gilbert Pregno, qui s’inquiète de l’impact de la pandémie sur les services de psychiatrie stationnaires et ambulatoires.

L’incompréhension de la Commission consultative des droits de l’Homme

Si le psychologue est satisfait de l’irruption du sujet dans le débat, il se dit surpris, voire inquiet de la manière dont cela a été fait. « Dans la situation d’anxiété liée à la pandémie, il est très important que les citoyens puissent identifier une ligne, une stratégie cohérente. Nous avons tous besoin d’avoir confiance dans la stratégie utilisée qui doit être compréhensible. Personnellement, j’ai du mal à comprendre la ligne qui est suivie.»

Une perplexité qui s’exprime également dans l’avis rendu par la CCDH sur le projet de loi 7743 relatif aux nouvelles mesures de lutte contre la pandémie. «La CCDH est surprise de constater que le gouvernement a décidé de mettre fin au confinement, et à plusieurs mesures restrictives liées, après une période assez courte – 10 jours entre l’entrée en vigueur des dernières mesures et le dépôt du présent projet de loi – alors que jusqu’ici, le gouvernement a toujours insisté sur l’importance de se donner le temps nécessaire pour pouvoir évaluer l’efficacité des dernières mesures adoptées», peut-on lire dans le rapport, qui pointe également le manque d’explications, notamment scientifiques, pour justifier ce changement de cap. Face à ces manques, la CCDH avoue avoir du mal à comprendre le raisonnement ayant mené à l’introduction des mesures actuelles et respectivement à la levée d’autres restrictions, et se déclare dans «l’impossibilité de conclure à la nécessité et à la proportionnalité des nouvelles mesures».