ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Consommation

Le filon du commerce durable



Au 38, rue Philippe II, le pop-up store Reset met en avant des marques éthiques et responsables. 65 créateurs, qui s’engagent à respecter des principes de fabrication (matières naturelles, bio, recyclées ou «upcyclées»), de production (équitable) et de transparence, ont été retenus. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Au 38, rue Philippe II, le pop-up store Reset met en avant des marques éthiques et responsables. 65 créateurs, qui s’engagent à respecter des principes de fabrication (matières naturelles, bio, recyclées ou «upcyclées»), de production (équitable) et de transparence, ont été retenus. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

Entre produits certifiés bio et démarches durables, les initiatives de verdissement du commerce se multiplient au Luxembourg. Tentative de décryptage.

Ce n’est un secret pour personne, la pandémie de Covid-19 a rebattu les cartes et éveillé bien des consciences sur les enjeux de durabilité. Le commerce n’a pas échappé à la tendance puisque le confinement a souri aux petits points de vente à ancrage local .

Désormais, des activités jadis de niche, comme la seconde main , prennent du galon. En septembre, le Pall Center a ouvert un corner dédié aux produits de seconde main dans son point de vente d’Oberpallen. «Nous tenons à participer à l’économie luxembourgeoise de manière responsable, en innovant et en proposant de nouveaux services ou produits. Les projets naissent de discussions internes, bien entendu, mais aussi d’échanges avec nos clients», explique dans un communiqué Christianne Wickler, administratrice déléguée de l’enseigne fondée en 1982.

Celle-ci souligne que le marché de la seconde main s’est développé 21 fois plus rapidement que le commerce de détail de vêtements de première main ces trois dernières années. Concrètement, les pièces dédiées aux femmes sont vérifiées par le Pall Center qui les échange contre un bon à valoir dans l’enseigne. Celle-ci se charge de la mise en rayon des pièces après un nettoyage.

Il faut penser à la transition écologique dans sa globalité: impact environnemental, social et sociétal.

Ana Luisa Teixeira,  responsable de la campagne Rethink your clothes,  Caritas Luxembourg

«A priori, on peut dire que c’est une bonne nouvelle: s’il y a davantage d’opportunités pour acheter ‘durable’, on peut dire qu’on va dans la bonne direction», commente Ana Luisa Teixeira, responsable de la campagne Rethink your clothes chez Caritas. Celle-ci se positionne en faveur d’une filière seconde main, mais à dimension locale. «Il faut penser à la transition écologique dans sa globalité: impact environnemental, social et sociétal», ajoute notre interlocutrice.

Au 38, rue Philippe II, le pop-up store Reset met en avant des marques éthiques et responsables. «Ce sont des marques qui polluent le moins possible et veillent au respect de leurs engagements sociaux tout au long du processus de production», résume Myriam Rachid, co-fondatrice de la plateforme Reset.

Celle-ci a élaboré une charte éthique et retenu 65 créateurs qui s’engagent à respecter des principes de fabrication (matières naturelles, bio, recyclées ou «upcyclées»), de production (équitable) et de transparence.

Le bio reste prisé

Les produits bio ont également la cote au Luxembourg: le pays figure en 3e position européenne des ménages les plus dépensiers en produits bio, avec 256 euros par an et par personne, selon l’Institut de recherche en agriculture biologique. Le Statec estime à 12% la part des dépenses alimentaires dédiées aux produits bio du côté des résidents luxembourgeois.

Du pionnier Naturata à Alavita en passant par les enseignes de grande distribution classique qui élargissent leur gamme bio et ouvrent même des commerces spécialisés, comme Naturalia pour Monoprix, le marché regorge d’acteurs. Le bio se niche même dans l’e-commerce, à l’image de h1c.lu, une épicerie bio lancée au début du mois par Jin Yu.

«Mon e-shop bio est lui-même certifié bio, dans le but d’offrir un gage de qualité, et aussi de montrer un engagement écologique», annonce la start-uppeuse, qui attend de recevoir son certificat pour inaugurer officiellement son entreprise à la fin de ce mois.

Il faut faire attention au ‘greenwashing’ ainsi qu’à l’effet rebond.

Camille Muller,  assistant de projet,  Mouvement écologique

Du côté du Mouvement écologique, ces exemples de verdissement de la consommation sont plutôt bien accueillis: «Cela reflète une prise de conscience des consommateurs», avance Camille Muller, assistant de projet. «Je pense qu’il faut faire attention au ‘greenwashing’ ainsi qu’à l’effet rebond, à savoir le risque de tomber dans un modèle de surconsommation», nuance-t-il.

De l’origine des produits achetés à un usage parfois minime en vue d’une revente ou parfois intensif sur base du postulat que l’objet est «vert», les risques de dérapage existent. Voilà pourquoi, à côté de l’offre commerciale durable, un volet pédagogique semble plus que jamais nécessaire pour aider les consommateurs à déceler le vert du faux.