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Oscars (J-2)

Étonnant périple dans les coulisses des Oscars



Depuis son arrivée à Los Angeles, Bernard Michaux est en quarantaine. Et ce jusqu’à dimanche et la cérémonie des Oscars.  (Photo: D.R.)

Depuis son arrivée à Los Angeles, Bernard Michaux est en quarantaine. Et ce jusqu’à dimanche et la cérémonie des Oscars.  (Photo: D.R.)

Le producteur luxembourgeois Bernard Michaux (Samsa Film) assistera dimanche, à Los Angeles, à la 93e cérémonie des Oscars. Mais le chemin pour y arriver a été long et semé d’embûches…

«Cela brillera tant qu’il vous faudra des lunettes de soleil!» L’Académie des Oscars n’y est pas allée par quatre chemins au moment de lancer la 93e cérémonie des Oscars, prévue dans la nuit de dimanche à lundi. Elle a annoncé la couleur. On devrait être dans l’exceptionnel. Ce le sera déjà du fait que la grand-messe du cinéma américain se déroulera en présentiel et non virtuellement, comme l’ont été toutes les autres grandes cérémonies en cette année 2021.

C’est le célèbre réalisateur Steven Soderbergh (la série des «Ocean’s», «Traffic», «Erin Brockovich»…) qui est aux manettes de la production d’une soirée qui se déroulera simultanément au Dolby Theater de Hollywood Boulevard et à la gare (vue dans de nombreux films) de Union Station, au bout de Sunset Boulevard. Cette dernière accueillant, dans le respect des consignes de distanciation physique, le parterre de stars qui est annoncé. De Brad Pitt à Zendaya, en passant par Halle Berry, Joaquin Phoenix, Harrison Ford… Et au milieu de tout ce beau monde, le producteur luxembourgeois de Samsa Film, Bernard Michaux .

En quarantaine depuis 10 jours

Ce dernier vit désormais depuis une petite dizaine de jours dans une maison «située entre West Hollywood et Santa Monica. Nous sommes quatre dedans, avec le réalisateur de notre film, Alexander Nanau, et deux autres producteurs», sourit-il. Le film en question est évidemment «Collective» , ce documentaire multiprimé un peu partout à travers le monde qui suit une équipe d’enquêteurs du journal roumain Gazeta Sporturilor tentant de découvrir une fraude en matière de soins de santé dans leur pays. Un an et demi après avoir été présenté au festival de Venise, il termine son beau parcours avec une double nomination aux Oscars, dans les catégories «meilleur documentaire» (où il a une chance de l’emporter) et «meilleur film étranger» (où les possibilités paraissent plus minces), où il représente la Roumanie.

Un vrai périple pour y arriver

Si Bernard Michaux s’apprête donc à enfiler son smoking ce dimanche, arriver à Los Angeles n’a pas vraiment été simple en cette période de Covid. « Lorsqu’on a appris le 15 mars dernier que nous étions deux fois nommés , nous avons su que nous serions invités. Et l’envie de s’y rendre était évidemment forte. C’est le genre d’événement qui n’arrive peut-être qu’une fois dans la carrière d’un producteur. Je voulais tout faire pour tenter d’être présent», continue Bernard Michaux. «Mais cela a pris plusieurs semaines avant de savoir si on pouvait bien se rendre aux États-Unis. Dans un premier temps, on m’a dit qu’il faudrait que je passe deux semaines hors de l’espace Schengen, puis 10 jours en quarantaine en arrivant aux USA. Cela paraissait impossible à faire. Il aurait fallu que je quitte le Luxembourg 25 jours avant la cérémonie… Heureusement, l’ambassade américaine m’a donné un petit coup de pouce.»

Il a pu ainsi se passer des 15 jours hors de l’espace Schengen. Mais ce n’était pas gagné pour autant. Après avoir booké son vol vers le 10 avril, il monte le 15 dans l’avion. Pour faire Luxembourg-Francfort, Francfort-Munich et enfin Munich-Los Angeles. «Ce n’est que lorsque j’ai été assis dans ce dernier avion et qu’il s’apprêtait à décoller que j’ai prévenu ma famille que c’était bon. Chaque pays demande tant de tests différents pour pouvoir voyager que je n’étais pas sûr que cela passe. Mais au final, j’y suis arrivé. Un petit exploit, je dois dire.»

Une  campagne politique

Le grand exploit, lui, serait assurément de quitter L.A. mardi prochain en ayant remporté une statuette. Et pour y arriver, dans l’habitation qu’occupent le Luxembourgeois et ses colocataires, on s’est activés.

«Depuis que nous sommes arrivés, nous n’avons pas vraiment quitté la maison. Si ce n’est pour une petite promenade sur la plage. Mais entre les tests demandés par l’Académie qui sont effectués tous les deux jours, on a beaucoup bossé. On a multiplié les réunions et conversations Zoom.» Et ce afin d’essayer de convaincre les membres de l’Académie des Oscars de voter pour leur film.

«On ne peut pas s’adresser directement à eux. Par contre, on pouvait tenter de les convaincre en communiquant. Via des articles de presse ou en passant par des ‘personnalités’ qui mettent en avant notre film. Notre équipe de communication est composée d’une soixantaine de personnes qui travaillent avec nous en Europe, en Angleterre, à New York… Notre budget communication tourne autour du demi-million d’euros. C’est moins que certains de nos concurrents. ‘My Octopus Teacher’, un autre documentaire nommé, a, par exemple, reçu beaucoup plus de la part de Netflix pour tenter de l’emporter. Mais on s’est plutôt bien débrouillés de notre côté.»

Edward Snowden, Sebastian Stan et 500.000 likes

C’est ainsi que parmi «personnalités» qui ont mis «Collective» en avant, on retrouve Edward Snowden, le lanceur d’alerte mondialement connu, ou l’artiste chinois Ai Weiwei, véritable figure de l’opposition au pouvoir et emblème de la liberté d’expression en Chine. Ils ont participé à cette campagne via les réseaux sociaux.

«Vu le sujet de notre film, c’est important d’avoir des personnalités comme elles à nos côtés. Snowden a tweeté à ses 4,6 millions d’abonnés qu’il fallait regarder notre film. Et puis, il y a l’acteur roumano-américain Sebastian Stan (connu notamment pour son rôle de James «Bucky» Barnes dans les films consacrés à «Captain America» ou la série «Falcon et le Soldat de l’Hiver», ndlr) qui s’est aussi engagé. Cela a provoqué 500.000 likes en deux heures… Certains jours, Alexander Nanau a travaillé jusqu’à 18 heures d’affilée. Il commençait tôt avec des interviews en vidéo avec le continent asiatique, avant de faire le tour du monde...»

Aujourd’hui, les votes sont clos. Et Bernard Michaux et ses collègues peuvent se reposer un peu. Il ne reste plus qu’un obstacle avant la cérémonie: le dernier test Covid que des infirmiers viendront leur faire passer dimanche matin.

Quoi qu’il se passe, le producteur de Samsa Film ne montera pas sur la scène des Oscars. Une seule personne par film y est autorisée. Et si «Collective» l’emportait, c’est son réalisateur qui aurait logiquement droit à cet honneur. Mais cela n’enlèvera rien au caractère déjà exceptionnel de ce voyage…