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guy daleiden AVANT LES OSCARS (1/2)

«Il n’y a pas d’effet ‘Capitani’, mais un effet Netflix»



«C’est compliqué d’affirmer que le cinéma luxembourgeois ne s’est jamais aussi bien porté. Ce serait négliger tout le travail qui a été accompli par le passé.» (Photo: Hadrien Friob)

«C’est compliqué d’affirmer que le cinéma luxembourgeois ne s’est jamais aussi bien porté. Ce serait négliger tout le travail qui a été accompli par le passé.» (Photo: Hadrien Friob)

Trois nominations ce week-end aux Oscars, un César et un Ours d’or remportés ces dernières semaines, une série («Capitani») qui a cartonné sur Netflix… Guy Daleiden, le directeur du Film Fund Luxembourg, a de quoi être satisfait. 

Ce week-end, le cinéma luxembourgeois est nommé trois fois aux Oscars, via le film d’animation «Wolfwalkers» (Melusine Productions) et le documentaire «Collective» (Samsa Film). Un record?

Guy Daleiden . – «Non. En 2004, nous avions connu quatre nominations, grâce aux coproductions ‘La Jeune Fille à la perle’, qui réunissait notamment à l’écran Colin Firth et Scarlett Johansson, et ‘De Tweeling’, du réalisateur néerlandais Ben Sombogaart.

Mais depuis, il y a eu un tournant qui est facile à dater: 2014. Avec le premier Oscar remporté par notre pays grâce à Laurent Witz et son court métrage d’animation ‘Mr Hublot’. Cette statuette a changé la vision des Luxembourgeois sur leur cinéma, mais aussi celle qu’on avait de nous à l’étranger. C’est comme si tout le monde avait en tête: ‘Le Luxembourg l’a fait!’ Ce qui sous-entend qu’il est possible de remettre ça. Et depuis, chaque nomination est considérée comme une victoire potentielle. La qualité n’a pas forcément évolué, vu qu’elle était déjà présente avant. C’est la reconnaissance qui a changé!

Et c’est tout le secteur de l’audiovisuel luxembourgeois qui a considéré ce prix comme une consécration de son travail.

Il y a eu un tournant qui est facile à dater: 2014. Avec le premier Oscar remporté par notre pays grâce à Laurent Witz. Cette statuette a changé la vision des Luxembourgeois sur leur cinéma, mais aussi celle qu’on avait de nous à l’étranger.
Guy Daleiden

Guy Daleiden,  directeur,  Film Fund Luxembourg

Ces nominations, mais aussi le César obtenu par «Deux»  (Tarantula Luxembourg),  le succès de la série «Capitani» (Samsa Film) sur Netflix , l’Ours d’or à Berlin de «Bad luck banging or loony porn»  (Paul Thiltges Distributions)… donnent l’impression que le cinéma luxembourgeois ne s’est jamais aussi bien porté. C’est une réalité?

«C’est compliqué d’affirmer une telle chose. Ce serait négliger tout le travail qui a été accompli par le passé. Aujourd’hui, le Luxembourg est davantage perçu comme un pays producteur de films. Alors qu’avant, on attirait surtout chez nous des coproductions étrangères, dont nous étions un partenaire minoritaire, et qui profitaient d’un régime fiscal avantageux sur base des dépenses effectuées. Ce qui n’était pas une mauvaise chose, puisque cela a permis de construire et de développer toute l’industrie en place aujourd’hui, grâce à l’expertise des gens qui sont venus travailler chez nous.

Et avec le recul, on peut dire que cela a été le bon choix?

«Oui! L’industrie du cinéma français doit avoir 130 ans aujourd’hui, si on part des frères Lumière. La nôtre, 30 ans. Il y a donc un siècle de différence. Mais on a réussi à rattraper une bonne partie de notre retard sur les trois dernières décennies. Pour arriver aujourd’hui à un bon niveau international qui fait qu’on ne vient plus chez nous que pour les atouts fiscaux, mais bien pour la compétence de notre secteur. Ce qui nous permet de participer à des œuvres de qualité, qui nous ouvrent les portes des grands festivals et des cérémonies les plus prestigieuses.

2.000 longs métrages par an doivent sortir en Europe. Dont une vingtaine chez nous. Lorsque vous mettez ces chiffres en rapport avec les récompenses et les nominations récoltées, c’est admirable.
Guy Daleiden

Guy Daleiden,  directeur,  Film Fund Luxembourg

En 2014, la loi a également changé, et cela a eu un effet positif. Avant cette adaptation, 90% des aides que nous accordions l’étaient de manière automatique. En caricaturant à peine, si vous tourniez chez nous, vous y aviez droit. Aujourd’hui, elles sont accordées de manière sélective, sur base de critères artistiques et qualitatifs, ainsi que sur le potentiel en termes de distribution. Cela a mis un peu de temps à se mettre en place, mais depuis 2017, on constate que cela porte ses fruits, notamment avec des nominations à gauche, à droite.

Mais le cru 2021 est particulièrement impressionnant…

«Il est assez exceptionnel, en effet. On ne peut pas s’attendre à ça tous les ans. 2.000 longs métrages par an doivent sortir en Europe. Dont une vingtaine chez nous. Lorsque vous mettez ces chiffres en rapport avec les récompenses et les nominations récoltées, c’est admirable. Cela montre la vivacité du secteur au Luxembourg. Et le know-how présent chez nous pour parvenir à mettre la main sur les bons projets.

Les récompenses et nominations récoltées cette année montrent la vivacité du secteur au Luxembourg. Et le know-how présent chez nous pour parvenir à mettre la main sur les bons projets.
Guy Daleiden

Guy Daleiden,  directeur,  Film Fund Luxembourg

Les coproductions dont nous parlons, celles qui ont récolté des nominations et des prix, sont des œuvres où le nom du Luxembourg ne ressort pas vraiment. Sans doute parce que le réalisateur est étranger. La prochaine étape n’est-elle pas de remporter un tel succès avec une œuvre estampillée luxembourgeoise?

«Bien entendu. Et il y a des jeunes qui montent chez nous. À ce niveau-là, je pense que le futur s’annonce plutôt beau.

Mais avec la série ‘Capitani’ et sa jolie performance sur Netflix, on a déjà eu droit dernièrement au succès majeur d’une œuvre réalisée par un Luxembourgeois, à savoir, ici, Christophe Wagner. Lors de sa diffusion, j’ai reçu des messages en provenance de l’étranger de personnes qui disaient avoir été impressionnées par la qualité de cette série.

Y a-t-il eu un «effet Capitani» au Luxembourg? Avez-vous reçu beaucoup de demandes de financement d’autres séries qui devraient débarquer?

«On ne peut pas parler d’effet ‘Capitani’, mais plutôt d’un effet Netflix. Ce dernier a poussé les réalisateurs luxembourgeois à développer leurs œuvres. C’est comme ça que ‘Capitani’ est née. Et que d’autres travaillent toujours sur un projet. Il y en a deux ou trois actuellement en écriture pour des séries. Et la deuxième saison de ‘Capitani’ est actuellement en tournage. On parle là, bien évidemment, de séries ‘live’ parce qu’il y en a aussi au niveau de l’animation. À l’image de ‘Prochain arrêt’, de Zeilt Productions. »

Retrouvez la deuxième partie de cette interview ici