POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Pot de Nouvel An

En 2020, l’artisanat demande du concret au gouvernement



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Pour Tom Oberweis et Michel Reckinger, de nombreux blocages et freins structurels subsistent pour attirer une main-d’œuvre qualifiée de l’étranger. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Manque de main-d’œuvre qualifiée, problématique du logement, de la mobilité, Pacte climat… l’artisanat est un miroir grossissant des problématiques du pays. Pour leurs vœux de 2020, la Chambre des métiers et la Fédération des artisans demandent au gouvernement d’agir.

À l’orée de 2019, ils étaient  à la recherche d’un dialogue et d’une forme de confiance retrouvée avec le gouvernement DP-LSAP-Déi Gréng II, tout juste entré en fonction. Un an plus tard, la tonalité a évolué. Sans pourtant virer à l’optimisme débordant.

«Nous avons un meilleur dialogue, notamment avec le ministre des Classes moyennes,  Lex Delles  (DP), qui est très engagé, très dynamique, mais qui n’est pas encore entendu par les autres ministres pour faire valoir les besoins des petites et moyennes entreprises», résume  Tom Oberweis , président de la Chambre des métiers.

«Nous avons mené plusieurs rencontres durant l’année écoulée, mais nous voyons bien que la vision du gouvernement n’est pas une vision d’entreprise, nous n’entendons dans le langage ministériel que le terme ‘Bierger’ (citoyen en luxembourgeois, ndlr), mais on ne parle jamais des entreprises», à aucun niveau, lance  Michel Reckinger , président de la Fédération des artisans.

Les deux présidents ont partagé la scène mardi soir pour leur traditionnel «pot» dans les locaux de la Chambre des métiers. Un exercice choisi pour distiller quelques messages politiques.

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Outre les représentants des secteurs de l’artisanat, de nombreux élus et officiels avaient fait le déplacement. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

L’urgence de la main-d’œuvre qualifiée

Échaudé par une réforme de la gestion du temps de travail en entreprise au sortir de laquelle il s’est estimé floué, le patronat rappelle que les mesures mises en place par ailleurs sur le plan familial ne sont pas sans conséquences organisationnelles.

«Tout congé parental pris fait aujourd’hui que les PME sont désorganisées», note Michel Reckinger. «Nous avions demandé qu’il ne soit pas possible que plus de 10% des employés puissent prendre le congé parental simultanément. Mais ça n’intéresse personne…»

Alors que la crise de l’offre de logements se fait sentir et que les nouvelles habitations nécessiteront une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée pour des raisons techniques et d’efficience environnementale, la Chambre et la Fédération rappellent l’urgence… de trouver des bras.

Les responsables politiques devraient agir avec leurs homologues des pays limitrophes pour avoir des zones franches, de meilleurs accès aux transports…
Michel Reckinger

Michel Reckinger,  président,  Fédération des artisans

«Nous voulons continuer à pousser les centres de compétences dont nous nous sommes dotés, mais un autre volet d’autant plus important est notre capacité à attirer des talents de l’étranger», pointe Tom Oberweis, qui pense notamment aux modalités administratives dépendant du ministère de la Famille. «Encore faut-il aussi s’attaquer au problème du logement. Comment loger ces personnes?» Avec des prix immobiliers qui s’envolent, même un salaire minimum désormais au-delà des 2.500 euros n’est pas suffisant…

«Nous devons vraiment avoir une réflexion sur la Grande Région», ajoute Michel Reckinger. «Nous n’arrivons plus à faire venir des gens en raison des problèmes de mobilité. Les responsables politiques devraient agir avec leurs homologues des pays limitrophes pour avoir des zones franches, de meilleurs accès aux transports… des discussions ont lieu, mais nous ne voyons pas de résultats concrets. Cette année, nous voudrions vraiment voir de vraies avancées. Pas seulement des promesses.»

Dans l’attente des effets du Pacte climat

La tension serait-elle palpable du côté du patronat? L’attente est grande visiblement. Et l’annonce du «plan climat» par le gouvernement n’est pas forcément de nature à le rassurer.

«Tout le monde sait que nous devons faire des choses pour le climat, mais nous ne devons pas faire n’importe quoi», ajoute Michel Reckinger. «Nous avions proposé que la taxation sur le CO2 soit neutralisée dans l’indexation, pour éviter qu’elle ne déclenche par effet domino une indexation des salaires, mais là aussi cela n’intéresse personne.»

Le salut viendra-t-il du dialogue social? «Il n’est pas mort, il fonctionne bien dans les entreprises», souligne Tom Oberweis. «Nos deux organisations soutiennent  la nouvelle façon de dialoguer au niveau national  telle que proposée par  Nicolas Buck  (président de l’Union des entreprises luxembourgeoises, ndlr). Nous dialoguons et c’est au gouvernement de prendre les décisions, si possible en tenant compte des besoins des entreprises.»

L’usage veut que les bons vœux puissent être formulés jusque fin janvier. Les bonnes résolutions également.