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Une campagne de sensibilisation pour l’eau à table



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Une campagne de sensibilisation, selon des modalités à définir, va être organisée au sujet de l’eau du robinet proposée aux tables des restaurants et des cafés. (Photo: Shutterstock)

La mise à disposition d’eau aux tables des restaurants et des cafés était l’objet d’un débat public mardi à la Chambre. Une campagne de sensibilisation va être menée afin de promouvoir cette initiative auprès des professionnels et d’en évaluer la pertinence.

La pétition mise en ligne sur le site de la Chambre des députés concernant la mise à disposition d’eau dans les restaurants et les cafés fait partie de celles qui ont connu le plus grand succès . Avec 5.114 signatures, elle a largement dépassé le seuil de 4.500 signatures nécessaires pour qu’un débat public soit organisé . Celui-ci a donc eu lieu mardi en présence de membres des commissions des pétitions, mais aussi de la protection des consommateurs et classes moyennes. Et deux ministres étaient aussi là, Paulette Lenert (LSAP), qui est en charge de la protection des consommateurs, et Lex Delles (DP), ministre des Classes moyennes.

David Kieffer, initiateur de la pétition, devait donc expliquer la demande de l’asbl aux élus. Un exercice qu’il avait évidemment bien préparé. «J’ai envie que ce soit productif. Pour cela, il faut évidemment développer un propos clair, mais aussi anticiper les questions qui pourraient être posées», explique-t-il peu avant d’entrer à la Chambre.

Pas la gratuité mais la mise à disposition

Premièrement, il s’agissait de définir le pourquoi de la démarche. Notamment les bienfaits de l’eau pour la santé. «Un litre d’eau du robinet suffit par exemple à assurer 15 à 20% des besoins en calcium de la journée» pointe ainsi David Kieffer. Deuxièmement, l’enjeu est environnemental.  Pour lutter contre l’augmentation du volume des bouteilles en plastique et en verre, Refill Lëtzebuerg a installé des stations de remplissage de contenants ou des lieux identifiés pour ce faire. Restopolis, réseau des cantines scolaires et universitaires, a d’ailleurs adhéré au concept. «Notre focus est clairement environnemental, pas économique», plaide David Kieffer.

D’ailleurs, la demande n’est pas la «gratuité de l’eau à table mais la mise à disposition à un prix juste». Ce qu’a rappelé David Kieffer, de suite interrogé sur ce point par le député Gusty Graas (DP). Gast Gibéryen (ADR) a quant à lui évoqué le risque de perte financière pour le secteur de l’horeca. David Kieffer a expliqué qu’il savait parfaitement que «les restaurateurs devaient faire face à de nombreuses charges. On aurait aimé débattre d’un juste prix, notamment avec la fédération Horesca, mais cela n’a jamais été possible». Le député ADR a, pour sa part, encore souligné que définir ce juste prix ne serait pas simple, établir des critères pour y arriver non plus.

D’autres députés, très intéressés, n’ont pas hésité à remercier David Kieffer pour son initiative et l’ont interrogé quant à la qualité de l’eau ou l’hygiène. Non sans malice, le pétitionnaire a répondu qu’il faudrait alors aussi se poser cette question «au sujet des glaçons ou de l’eau qu’on met dans le Ricard». Et de pointer le fait que «des problèmes de qualité ne se posent que de manière très exceptionnelle».

Si les membres du gouvernement ont salué la démarche, ils ont aussi émis des réserves sur la faisabilité de la mise à disposition de l’eau à table via une loi prise immédiatement. «En France, la carafe d’eau est comprise dans le prix du ‘couvert’,  tout comme la vaisselle et la corbeille de pain» d’après un texte ayant plus de 50 ans, a rappelé Lex Delles. Paulette Lenert a, pour sa part, indiqué que la sensibilisation à la consommation d’eau du robinet avait déjà lieu dans les écoles. 

Une campagne de sensibilisation

De loi il ne sera donc pas question de suite. En coulisses, les lobbyings se sont, il est vrai, beaucoup démenés contre cette possibilité. «Cela ne s’est jamais fait publiquement, mais en effet on a senti de nombreux vents contraires, venus des producteurs d’eau minérale, des marchands de boissons, de l’Horesca… De là notre volonté encore plus grande de vouloir clarifier les choses», conclut David Kieffer.

Mais une campagne de sensibilisation sera tout de même menée auprès des acteurs du secteur de la restauration pour favoriser la mise à disposition d’eau en carafe, selon des modalités et durant une période de temps restant à définir, ont confirmé les deux ministres présents. Des conclusions seront tirées ensuite pour évaluer la pertinence de la mesure. «Nous avons expliqué que cela ne marchera qu’auprès de ceux qui sont déjà sensibilisés à ce problème de la mise à disposition de l’eau à table. Pour les autres, il faudra une loi. Donc, nous ne sommes que partiellement satisfaits. Mais c’est déjà un premier pas dans le bon sens», conclut David Kieffer, préférant voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

L’horeca n’est ni sourd ni aveugle

Le secteur de l’horeca ne voyait évidemment pas d’un très bon œil la proposition de tordre le bras de ses membres pour qu’ils mettent de l’eau en carafe à table. Le débat à la Chambre aura eu le mérite de le rassurer (un peu) et de lui permettre d’assouplir sa position. «Je suis en tout cas très honoré que l’on charge notre secteur de sauver la planète», s’amuse François Koepp , le secrétaire général de la fédération Horesca. Qui souligne «qu’aucune mesure n’aura un impact financier nul. Il faut bien constater que les ventes d’eau augmentent, celles d’alcool stagnent ou baissent. Cela touche directement les professionnels de la restauration.» 

Et de regretter qu’une nouvelle fois «ce soit le seul horeca qui soit touché. Pourquoi ne pas imaginer que je puisse rentrer à la Chambre des députés boire un verre d’eau, bien fraîche en plus? Pourquoi pas dans une banque ou ailleurs? On a du mal à l’imaginer, mais pas pour nos membres.»

Mais l’horeca n’est ni sourd ni aveugle. «On doit bien admettre que les choses changent, évoluent et nous ne sommes pas opposés à une évolution. Cette campagne de sensibilisation aura le mérite de mettre en avant le fait qu’il y aura ou non une demande de la part des clients. Finalement, c’est cela le plus important: la demande. Ensuite, sur base volontaire, ce sera à chaque entreprise de fixer le prix du service, car toutes les entreprises sont différentes, ont des charges différentes», conclut François Koepp.

Qui estime que «de toute façon, pour sortir par le haut d’un débat, il faut privilégier le consensus».