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«ceo survey» de PWC

Les CEO globalement optimistes, mais vigilants



Olivier Carré, François Mousel et John Parkhouse ont détaillé pour Paperjam le volet luxembourgeois de la nouvelle étude CEO Survey de PwC. (Photos: PwC et Romain Gamba/Maison Moderne)

Olivier Carré, François Mousel et John Parkhouse ont détaillé pour Paperjam le volet luxembourgeois de la nouvelle étude CEO Survey de PwC. (Photos: PwC et Romain Gamba/Maison Moderne)

La toute récente enquête «CEO Survey» de PwC montre que les patrons d’entreprise sont plutôt optimistes par rapport au redressement économique. Au Luxembourg, les principaux enjeux mis en exergue concernent toujours la digitalisation, mais aussi les pratiques ESG et la cybersécurité, qui monte à l’agenda.

Dans le secteur financier luxembourgeois, les trois quarts des patrons prévoient une croissance des revenus cette année. Dans les autres secteurs, 44% des CEO s’attendent également à une hausse. Moins d’un dixième d’entre eux s’inquiètent d’une éventuelle contraction. Tel est le message largement optimiste des répondants luxembourgeois à l’enquête mondiale de PwC de 2021, «CEO Survey» .

82 responsables de grandes et moyennes entreprises locales ont été interrogés au Luxembourg dans le cadre de cette enquête menée auprès de plus de 5.000 grands patrons dans le monde. Au Luxembourg, 70% de ces chefs d’entreprise appartenaient au secteur financier, contre un quart pour l’ensemble de l’échantillon.

Parmi les dirigeants grand-ducaux interrogés, un peu plus de la moitié de ceux du secteur des services financiers envisagent une hausse de l’emploi, un chiffre qui monte à un tiers parmi les acteurs de l’économie réelle.

«Ces perspectives reflètent en partie la manière dont la plupart des acteurs de la place financière luxembourgeoise ont été protégés de la pandémie», commente John Parkhouse , le CEO de PwC Luxembourg, dans le cadre d’une présentation exclusive des résultats de l’étude à Delano et Paperjam.

Il est évident que la pandémie a touché les entreprises différemment et cela continue d’affecter leurs perspectives. Si les sociétés de gestion d’actifs et de gestion de patrimoine ont pu adopter le travail à distance et n’ont pratiquement rien perdu, d’autres entreprises ont des raisons d’être plus inquiètes. «Il y a potentiellement une vague de faillites à attendre dans le secteur non financier», note Olivier Carré , financial services market leader.

Réglementer, menace ou opportunité?

Alors qu’au niveau mondial, la pandémie reste le facteur numéro un des craintes, la «surréglementation» est aussi toujours considérée comme une grande menace pour la croissance au Luxembourg.

Si les chefs d’entreprise souffrent face aux coûts et à la complexité, «le Luxembourg a largement bénéficié de la réglementation, comme celle concernant le passeport pour les services financiers», note M. Carré. Une dynamique similaire se joue à nouveau avec la nouvelle réglementation sur les investissements verts, la  SFDR et la taxonomie à venir. «C’est évidemment compliqué, mais il y a certainement aussi des avantages à en tirer en ce qui concerne les produits qui peuvent être offerts», pointe Olivier Carré.

Le Luxembourg a largement bénéficié de la réglementation, comme celle concernant le passeport pour les services financiers.

Olivier Carré,  financial services market leader,  PwC Luxembourg

L’enquête s’est également penchée sur la politique fiscale post-pandémie et sur la manière dont les PDG pourraient réagir aux efforts de financement de nouvelles dettes. Plus de la moitié d’entre eux s’attendent à ce que les exigences en matière de fiscalité augmentent, 13% seulement étant d’un avis contraire.

Un peu moins d’un quart des chefs d’entreprise ont déclaré que cela «conduirait leur organisation à reconsidérer leur empreinte géographique», mais la moitié d’entre eux ne voient pas les choses de cette manière.

Récemment, l’Union européenne et l’administration Biden ont annoncé des projets visant, respectivement, une plus grande transparence concernant la fiscalité des multinationales et un taux d’imposition mondial minimum pour les grandes entreprises.

L’initiative de Washington est tout à fait conforme à la politique que le Luxembourg a suivie ces dernières années.

 John Parkhouse,  CEO,  PwC Luxembourg

Pour John Parkhouse, «l’initiative de Washington est tout à fait conforme à la politique que le Luxembourg a suivie ces dernières années, notamment à travers la mise en œuvre de l’agenda Beps. Ce projet ne peut être que positif pour le Luxembourg», a-t-il ajouté. Pour François Mousel , clients and markets leader, envisager un taux d’imposition minimum de 20% est exactement en ligne avec la position du Luxembourg en la matière.

L’intérêt des entreprises par rapport aux enjeux ESG est également confirmé par l’étude. Et il est plus fort au Luxembourg qu’ailleurs. Selon la «CEO Survey», 75% des CEO basés dans le pays entendent accroître leurs investissements dans la durabilité, contre une moyenne de 60% au niveau mondial.

Une situation liée au poids du secteur financier? «Oui, dans ce secteur, le poids des réponses positives est de 80%, contre une moyenne un peu supérieure à 50% ailleurs», pointe John Parkhouse. Un intérêt soutenu qu’il explique à la fois par l’influence des réglementations, mais aussi par l’appétit des investisseurs pour des produits ESG, qui contraint l’ensemble de la chaîne à se montrer de plus en plus active sur le sujet.

Sans surprise, la digitalisation reste également très haut dans l’agenda des décideurs. C’était déjà le cas avant la crise sanitaire, mais cette dernière n’a fait qu’accélérer le mouvement. «Les indications montrent des niveaux d’investissement très élevés dans ce domaine au Luxembourg», poursuit le CEO de PwC Luxembourg.

«Dans le secteur financier, ces investissements s’orientent vers l’ouverture de l’infrastructure numérique au travail à distance», pointe Olivier Carré. «Au niveau de la relation avec la clientèle, ils avaient déjà été faits. Il faut maintenant investir dans le back-office, avec tous les enjeux de sécurité que cela comporte.»

La menace cyber

Ce n’est donc pas étonnant que la cybersécurité soit désormais perçue comme le premier enjeu en termes de risque, en tout cas dans le secteur financier. «Nous avons observé que les entreprises du secteur financier sont beaucoup plus conscientes de ce risque que les acteurs de l’économie réelle», observe John Parkhouse. «Nous avons donc tenté de faire passer un message à ces acteurs comme quoi la cybersécurité doit aussi être vue comme un enjeu majeur pour les acteurs non financiers.»

Enfin, l’enquête montre une prise de conscience de la part des grands patrons (42%) de la nécessité d’investir de manière continue dans le développement des compétences de son personnel. C’est valable aussi pour les décideurs luxembourgeois. Avec la particularité qu’ici, 72% estiment que c’est un devoir de l’État de prendre en charge l’upskilling des salariés, contre seulement 52% au niveau global.

«Il y a sans doute une culture qui va dans ce sens au Luxembourg», convient Olivier Carré. «Mais l’intérêt est plutôt de développer des partenariats public-privé pour assurer ce besoin en formation, qui est différent pour chaque entreprise et chaque secteur.» L’enjeu est considérable et trop gourmand en capitaux pour être seulement assuré par les entreprises elles-mêmes.