ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Dans les imprimeries

Des pénuries de carton et de papier



Les librairies, conscientes des pénuries de papier, ne se disent pas encore touchées au Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

Les librairies, conscientes des pénuries de papier, ne se disent pas encore touchées au Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

Imprimeries et cartonneries peinent à s’approvisionner, et font face à des hausses de prix. Le problème ne touche pas (encore) les librairies.

Matériaux de construction , voitures , sneakers… Après avoir été mises à l’arrêt avec la pandémie, les usines du monde entier ont du mal à suivre la demande générée par la reprise. Le problème touche aussi le papier.

«Nous y sommes vraiment confrontés depuis quatre à cinq semaines», raconte Nicolas Everling, responsable commercial de l’imprimerie Reka. Les délais sont devenus trois à quatre fois plus importants et vont jusqu’à cinq mois pour certains types de papier. Les prix suivent, avec une hausse de «30% sur les sept derniers mois» et de nouveau «+5 à 10% annoncés en janvier» par ses fournisseurs. Ces derniers viennent du Benelux, tout comme les producteurs. Il cite par exemple Burgo Ardennes, fabricant à Virton, en Belgique.

Nous avons juste gagné un peu de temps.

Nicolas Everling,  responsable commercial,  imprimerie Reka

Conséquence: les prix et les délais augmentent aussi pour les clients. «Nous avions stocké 20 à 25 tonnes en juin et juillet. Deux mois plus tard, il n’y avait plus rien. Nous avons juste gagné un peu de temps.» Il n’imagine pas de stabilisation de la situation avant la «fin du premier semestre 2022».

En plus de la crise sanitaire, le responsable commercial met en avant le fait que plusieurs producteurs ont «changé de stratégie» pour se consacrer au carton, plus rentable, notamment avec l’essor de l’e-commerce et la fin des emballages plastiques.

Des prix qui vont jusqu’à doubler

«Cela commence à se compliquer», corrobore Jean-Paul Schmitz, directeur de l’imprimerie Ossa et président de l’Association des maîtres imprimeurs (Amil). «Les délais sont plus longs. En novembre, c’était la quatrième hausse de prix de l’année pour nous. Ils augmentent de 7 à 12% à chaque fois.» Sans compter la croissance des prix de l’énergie nécessaire à la production. Elle vient principalement des «pays scandinaves» selon lui. Les imprimeurs luxembourgeois se fournissent chez des grossistes principalement en Belgique et en Allemagne.

L’activité de Reka ou d’Ossa peut aller de l’impression de cartes de visite, prospectus ou flyers à celle de livres. Techprint est quant à elle spécialisée dans l’impression rotative, qui permet d’imprimer de grandes quantités grâce à des bobines de papier. «Nous subissons la pénurie depuis mai-juin», affirme sa responsable des achats de papier, Stéphanie Barthélemy. Délais rallongés, prix qui ont doublé pour des qualités de papier particulières… Pour une demande spécifique aujourd’hui, il faudra attendre au moins quatre mois. «Nous avons anticipé», assure-t-elle, en mettant l’accent sur la demande de ses clients réguliers, qui ont des besoins en impression importants. «Nous ne pourrons pas satisfaire tout le monde. Certains fournisseurs ne peuvent plus assurer de quotas à partir du premier semestre 2022.» Pour l’instant, un seul de ses clients a dû différer sa publication à cause des retards.

Toujours des livres à mettre sous le sapin

Pour l’instant, les librairies luxembourgeoises ne semblent pas touchées. Fernand Ernster , directeur de la librairie du même nom, a vu que le problème touchait des éditeurs qui n’ont pas pu présenter certains ouvrages à la Foire du livre de Francfort, il y a quelques semaines. Mais en rayon, «les librairies ne le ressentent pas directement. Le problème se situe plus en amont», explique-t-il.

Ce que confirme la librairie Alinea. «Pour le moment, nous avons tout reçu, même le Goncourt», remis cette semaine. «Nous sommes conscients que le problème ne va pas tarder à nous toucher.» Mais pas avant janvier, espère-t-elle, pour que les livres se retrouvent au pied du sapin.

Le chemin jusqu’à l’arbre de Noël se complique en tout cas pour le carton, en témoigne la cartonnerie de Lintgen. «C’est la même chose» que pour le papier, résume Thierry Vax, responsable commercial. Les délais passant de «deux à trois semaines» à «deux à trois mois». L’entreprise s’adapte aux couches de carton qu’elle reçoit pour ensuite le découper et le coller afin qu’il prenne la forme d’un emballage, destiné aussi bien aux commerces ou vignerons qu’à l’industrie au Luxembourg et en Grande Région. Si l’un de ses clients désire un emballage spécifique en grande quantité pour les fêtes de fin d’année, il est déjà trop tard. Il devra se contenter des tailles disponibles. Les prix ont, quant à eux, augmenté de 40% depuis le mois de janvier. Le tout pouvant toucher, à terme, le prix que paie le client final. «Nous avons fait un effort sur les marges au début, mais à un moment, on ne peut plus, on est obligés de répercuter.» Reste à savoir si cela impactera le budget de Noël.