POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Flambée des prix

Turmes opposé à une réforme du marché de l’énergie



Pour le ministre de l’Énergie, remettre totalement en cause un marché intérieur du gaz et de l’électricité va à l’encontre d’une plus forte indépendance énergétique et serait contre-productif. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne/archives)

Pour le ministre de l’Énergie, remettre totalement en cause un marché intérieur du gaz et de l’électricité va à l’encontre d’une plus forte indépendance énergétique et serait contre-productif. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne/archives)

Réunis à Luxembourg pour discuter de la flambée exceptionnelle des prix de l’énergie, les ministres européens de l’Énergie n’ont pas trouvé de terrain d’entente.

La stratégie à adopter face à la flambée des prix de l’énergie était à l’ordre du jour du Conseil des ministres de l’Énergie de l’Union européenne de ce mardi à Luxembourg.

Si les États membres ont approuvé les récentes mesures proposées par la Commission européenne (réduction des taxes, autorisations de subventions et d’aides directes…), les positions sont divergentes sur la stratégie à long terme .

D’un côté, plusieurs pays, dont la France et l’Espagne, plaident pour une réforme du marché intérieur de l’énergie. La France ne souhaite plus voir le prix de l’électricité couplé mécaniquement sur le prix du gaz sur le marché de gros européen. Un découplage du prix de l’électricité et du gaz permettrait, selon la France, de profiter des coûts bas du nucléaire. Une position soutenue notamment par la Grèce et l’Espagne, qui souhaitent également le plafonnement des cours de gaz.

Mais en face, 11 pays européens (Allemagne, Autriche, Luxembourg, Danemark, Estonie, Finlande, Irlande, Lettonie, Pays-Bas, Belgique, Suède) sont opposés à l’idée d’une réforme du marché de l’énergie. Ils jugent le système européen fiable et sécurisé. «Remettre totalement en cause un marché intérieur du gaz et de l’électricité va à l’encontre d’une plus forte indépendance énergétique et serait contre-productif», a souligné Claude Turmes  (déi Gréng), ministre de l’Énergie.

Les solutions, on les connaît depuis longtemps: développement massif des énergies renouvelables, aide à l’efficacité énergétique et augmentation des interconnexions entre les marchés énergétiques.
Claude Turmes

Claude Turmes,  ministre de l’Énergie,  Luxembourg

Pour le ministre luxembourgeois, le système européen n’est pas à remettre en cause. Par contre, il plaide pour une évaluation du fonctionnement du système de stockage de gaz et de la stratégie d’achat de gaz à long terme des fournisseurs sur le marché européen, mais aussi pour une évaluation de la position dominante de quelques acteurs du marché du gaz. Entre les lignes, il faut comprendre l’inquiétude de voir une entreprise comme Gazprom avoir la mainmise sur plusieurs sites de stockage du gaz en Europe, et plus généralement sur l’approvisionnement en gaz de l’UE.  

Afin de réduire de façon considérable la dépendance européenne des énergies fossiles, le ministre plaide encore pour une accélération de la mise en œuvre du paquet «Fit for 55», qui vise la réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Il rappelle: «Les solutions, on les connaît depuis longtemps: développement massif des énergies renouvelables, aide à l’efficacité énergétique et augmentation des interconnexions entre les marchés énergétiques. L’énergie nucléaire ne fait pas partie des solutions à la situation actuelle», a-t-il souligné, après le Conseil des ministres de l’Énergie de l’Union européenne.

Pour rappel, le Luxembourg a décidé d’augmenter l’allocation de vie chère à 200 euros par ménage à partir du 1er janvier 2022 afin de soulager les ménages à revenu modeste qui sont le plus touchés par les hausses actuelles des prix. Le ministre a également indiqué être en discussion avec les fournisseurs d’énergie afin de faire le point sur la situation.