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Journée internationale des droits des femmes

Réduire les inégalités passe aussi par le patrimoine



Les différences de richesse entre les hommes et les femmes s’expliquent par le salaire, mais pas uniquement. (Photo: Shutterstock)

Les différences de richesse entre les hommes et les femmes s’expliquent par le salaire, mais pas uniquement. (Photo: Shutterstock)

Pour atteindre une égalité de richesse entre les hommes et les femmes, on travaille sur les écarts de salaire. Mais il ne faut pas oublier les différences d’accès au patrimoine qu’a étudiées Dr Eva Sierminska, chercheuse au Liser.

Il n’y a pas que le salaire qui fait la richesse, et une problématique reste dans l’ombre: celle de l’accès au patrimoine.

«À première vue, l’inégalité salariale est un processus moins compliqué à analyser que l’inégalité de richesse», justifie Dr Eva Sierminska, chercheuse au Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (Liser) et auteure d’une étude sur le sujet. Le second ne comprend «pas seulement le solde de notre compte courant et d’épargne, mais il fait également référence à nos investissements tels que les actions, les fonds de placement, l’immobilier, l’épargne-retraite, etc. Il peut même inclure des objets de collection comme l’art, les voitures.»

D’où des données «plus difficiles à collecter». D’autant qu’elles sont «souvent calculées au niveau des ménages», admet la chercheuse. Ce qui cache des disparités: «Dans mon travail, en utilisant des données au niveau individuel, je constate que les femmes sont dans une situation plus précaire».

Des placements moins risqués pour les femmes

Dans son rapport publié en mars 2017 avec Fabienne Weber «Un premier aperçu de l’écart de richesse entre les sexes au Luxembourg: rapport sur la situation patrimoniale des femmes et des hommes» , elle analyse les différences de choix d’investissements. On y lit un ratio de 0,57 quand on compare la participation financière des femmes à des actions risquées, à celle des hommes. Il descend à 0,46 si l’on regarde uniquement les personnes célibataires.

«Les écarts les plus importants concernent les actifs commerciaux et les actifs risqués», précise Dr Eva Sierminska. Des femmes qui paraissent donc «moins susceptibles d’investir en bourse et d’être des entrepreneures» que les hommes. On peut se demander s’il s’agit là d’un goût du risque plus prononcé chez les hommes ou de revenus plus faibles pour les femmes, la «participation à des actifs financiers risqués augmentant avec le revenu», détaille le rapport. Dans le premier cas, cela s’explique à la fois par des différences «culturelles» et d’«accès à l’investissement, via les réseaux», ajoute la chercheuse.

À l’inverse, dans l’immobilier, le ratio est de 1,04 pour l’échantillon global, et de 1,11 pour les célibataires. «Une plus grande proportion de femmes possèdent des biens immobiliers», se réjouit la chercheuse. «Bien que la valeur des biens détenus par des femmes soit légèrement inférieure, d’environ 10%.»

Dr Eva Sierminska, chercheuse au Liser, a publié un rapport sur les différences de patrimoine entre les genres. (Photo: Eva Sierminska)

Dr Eva Sierminska, chercheuse au Liser, a publié un rapport sur les différences de patrimoine entre les genres. (Photo: Eva Sierminska)

Manque d’accès aux fonctions managériales

La situation pourrait tourner à leur avantage, prédit la chercheuse avec prudence, puisque depuis la publication du rapport, «la valeur de l’immobilier a augmenté, tandis que le marché boursier a été plus bouleversé. Cependant, nous ne devons pas sous-estimer l’impact du Covid-19.»

Si le Luxembourg peut se targuer du second plus petit écart de salaire entre hommes et femmes d’Europe – à 1,4% en salaire horaire et 7,1% en annuel,  selon le Statec  –, des efforts restent à faire pour «l’égalité de rémunération et de traitement en matière de promotions», estime Dr Eva Sierminska. Sans oublier d’autres éléments importants pour une richesse mieux partagée, comme «l’amélioration des connaissances financières et l’encouragement des femmes à devenir entrepreneures». Selon les chiffres du troisième trimestre 2020 publiés par Eurostat , seulement 28% des femmes occupent des positions managériales au Grand-Duché. Contre une moyenne de 34% pour l’ensemble de l’Union européenne.