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Entre hommes et femmes, une égalité encore imparfaite



Sur l’ensemble des salariés du pays, les femmes représentent 38% de la force de travail. (Photo: Shutterstock)

Sur l’ensemble des salariés du pays, les femmes représentent 38% de la force de travail. (Photo: Shutterstock)

Si le Luxembourg peut se targuer d’être un bon élève en matière d’égalité entre les hommes et les femmes, des inégalités persistent. Pour la ministre Taina Bofferding, il faut «surmonter les stéréotypes qui freinent le développement personnel et empêchent les femmes et les hommes de montrer leur potentiel».

Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, le Statec a présenté, en présence de  Taina Bofferding  (LSAP), ministre de l’Intérieur, mais également ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, une série de chiffres sur l’égalité entre les deux sexes sur le marché de l’emploi.

Le Luxembourg n’a pas à rougir en ce qui concerne les salaires: avec un écart de seulement 1,4% quant au salaire horaire et de 7,1% par rapport au salaire annuel, l’écart entre les sexes est le deuxième plus petit en Europe. Seule la Roumanie fait mieux.

Pour autant, des inégalités persistent, notamment dans l’orientation professionnelle. On parle alors de «ségrégation professionnelle». Le Statec détaille que 75% des salariés dans le secteur de la santé et de l’action sociale sont des femmes. Elles occupent également 66% des postes dans l’enseignement. À noter que, sur le marché de l’emploi, 38% des salariées sont des femmes.

A contrario, seulement 8% des salariées féminines travaillent dans le secteur de la construction, 15% dans le transport, et 17% dans l’industrie.

Dans d’autres secteurs, les femmes sont tout de même plus présentes que la moyenne, comme dans le secteur financier (46% des salariés), l’horeca (51%), le commerce (42%), les services de soutien (41%) et les activités spécialisées, scientifiques et techniques (42%). Des chiffres qui restent stables depuis les années 2000.

Les femmes plus diplômées que les hommes

Entre 2010 et 2018, la catégorie professionnelle qui a connu la plus forte progression de femmes est celle des directeurs et des cadres de direction. Le pourcentage de femmes y a augmenté de 18% à 26%. Pour autant, sur l’ensemble des salariés du pays, 6% de femmes ont des postes de directeur et de cadre de direction, contre le double du côté des hommes.

Pourtant, contrairement aux hommes, les dames sont davantage concentrées sur les professions à dominantes intellectuelles: 88% occupent en effet des postes de «cols blancs». Chez les hommes, 56% occupent des postes de ce type, et 44% sont des travailleurs à dominante manuelle.

Au niveau des diplômes, les femmes sont généralement plus diplômées que les hommes. En 2018, 44% des femmes salariées étaient titulaires d’un diplôme d’enseignement supérieur, contre 35% seulement des hommes. En 2010, cet écart était seulement de 34% pour les femmes et 28% chez les hommes.

Infographie résumant les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché de l’emploi. (Illustration: Statec)

Infographie résumant les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché de l’emploi. (Illustration: Statec)

Le Statec met par ailleurs en corrélation les niveaux d’études avec le temps de travail. En effet, plus une femme est diplômée, moins elle est susceptible de travailler à temps partiel. Entre 30 et 39 ans, c’est une femme sur trois qui travaille à temps partiel. Après 40 ans, c’est presque une femme sur deux.

Enfin au niveau du salaire, il est intéressant de s’attarder sur le salaire médian, qui va exclure les extrêmes, et non le salaire moyen. Car au Luxembourg, la place financière, notamment, fait très vitre grimper le salaire moyen du pays.

En s’attardant sur ce salaire médian, on peut constater que, depuis 2010, le salaire des femmes est supérieur à celui des hommes. L’écart est même de 8,3%. Dès lors, l’inégalité se trouve-t-elle en défaveur des hommes? Pas vraiment. En regardant la distribution des salaires au Luxembourg, on s’aperçoit que les femmes sont proportionnellement beaucoup plus nombreuses à gagner des salaires très faibles (moins de 30.000 euros par an). Le taux d’employés à bas salaires est même deux fois plus élevé chez les femmes.

En résumé, si les chiffres de la parité homme-femme sont assez bons au Luxembourg en comparaison européenne (et mondiale), il reste encore pas mal de disparités, notamment dans les secteurs d’activité du pays encore trop genrés. «Le problème est que certains métiers dits féminins sont moins reconnus et valorisés alors qu’ils sont essentiels, comme l’a montré la crise sanitaire. Donc, on remarque une absence de mixité et de diversité, alors que nous avons besoin de tous les profils différents dans les entreprises pour stimuler l’innovation. Favoriser l’avancement professionnel des femmes et encourager la mixité à tous les niveaux des entreprises est finalement bénéfique pour la société», a souligné Taina Bofferding, avant d’ajouter: «Les chiffres du Statec reflètent une réalité sociétale où la femme n’est pas encore l’égale de l’homme sur le marché du travail. Ce que nous voulons, c’est surmonter les stéréotypes qui freinent le développement personnel et qui empêchent les femmes et les hommes de montrer pleinement leur potentiel. Le leadership n’est pas une question de sexe.»