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ressources humaines

Du recrutement à l’intégration, tout en virtuel



Le recrutement passe en mode digital avec le Covid-19. (Photo: Shutterstock)

Le recrutement passe en mode digital avec le Covid-19. (Photo: Shutterstock)

Du recrutement à l’onboarding, en passant par les salons… avec le Covid-19, les ressources humaines se digitalisent, pour le meilleur et pour le pire. Beaucoup ont hâte de revenir aux rencontres physiques.

«Aujourd’hui, au mois d’octobre, la demande est au même niveau qu’en 2019», affirme Pierre Gromada, directeur de l’agence de recrutement Hays Luxembourg, spécialisée dans les fonctions de cadre. Si le secteur a pâti des premiers mois du confinement, il a connu un premier regain en mai et un second en septembre. «Ce qui était pénurique avant le Covid reste pénurique», par exemple, les compétences linguistiques. Mais deux secteurs ont connu une croissance particulière: l’ingénierie/construction/bâtiment et l’informatique, surtout les «métiers opérationnels de développement et programmation».

Les employeurs recherchent de plus en plus de soft skills, comme «l’adaptabilité et l’autonomie», selon lui.

Sur la forme, «85% de nos process de recrutement sont faits à distance», via des outils de vidéoconférence. Une pratique qui pourrait continuer après la crise du Covid-19, puisqu’elle «ajoute de la flexibilité et de la réactivité aux entretiens et supprime les contraintes logistiques», même si l’embauche se conclut en général par un contact physique.

Sessions de jeu et speed dating en ligne

Chez Deloitte Luxembourg (2.200 salariés), on est passé au tout digital. Le cabinet d’audit et d’expertise comptable accueillait la semaine dernière ses 190 «new joiners», 120 jeunes diplômés arrivés en septembre et octobre et 70 autres qui sont là depuis le printemps 2020. Sans compter les 45 profils expérimentés qui ont rejoint le groupe ces derniers mois. Ils ont pu découvrir leurs futurs bureaux le matin, avant de retourner… chez eux pour un welcome day et une semaine d’intégration virtuels. «Le contexte actuel nous guide vers cela», justifie Stephan Tilquin , talent leader. Alors que d’habitude, cette semaine a lieu dans un cadre exotique, de la Turquie à la Sardaigne.

Avant l’arrivée du Covid-19, «on avait déjà une réflexion sur le fait de savoir si on était dans le bon trend à emmener nos ‘new joiners’ sur les plages méditerranéennes pour se retrouver la plupart du temps dans une salle de formation. On mettait 250 personnes dans un avion, était-ce vraiment nécessaire?», souligne-t-il. L’entreprise pensait à rester au Luxembourg, mais pas forcément à la maison.

Il faut donc faire de son mieux pour créer du lien malgré la distance, en proposant par exemple des sessions de jeu virtuelles en équipe ou encore des speed datings avec différents dirigeants. Lors des réunions, «on insiste pour allumer les caméras, ce n’est pas naturel pour tout le monde», explique encore le talent leader. De petits détails qui font la différence.

Pas d’effet Covid sur le recrutement

«On n’a pas gelé le recrutement», ajoute-t-il. Les 225 nouveaux font partie de l’année financière 2021, qui démarre en juin 2020. Entre juin 2019 et mai 2020, l’entreprise a accueilli plus ou moins 770 nouvelles personnes, contre 800 l’année précédente, pour un turnover moyen de 20%. «Pour être ‘successful’ quand on va redémarrer, il faut avoir les bonnes personnes.»

Comme pour l’onboarding, le recrutement se fait uniquement en ligne depuis mi-mars, par Skype. «Certes, on n’est pas dans la même salle, le contact n’est pas le même», avoue Stephan Tilquin. Mais le digital offre de nouvelles opportunités pour recruter des talents lointains. Pour la suite, il s’agira donc de «trouver la bonne balance entre le présentiel et le virtuel», devine-t-il. «Je pense qu’on ne va pas tout passer en virtuel. Il faudra être agile» et n’éviter les déplacements que quand ils sont inutiles. Au niveau des compétences recherchées, «la digitalisation s’est accélérée». Tandis que «les millennials sont demandeurs de flexibilité». Le télétravail devenant donc un avantage concurrentiel lors du recrutement.

Salons en ligne

Le recrutement en ligne a donc le vent en poupe, dans les cabinets, dans les entreprises… et sur les salons. Si bien que le Moovijob Tour 2020 virtuel a été victime de son succès , avec 38.000 visiteurs, contre environ 10.000 l’année précédente en physique, et 20.000 espérés dans ses meilleurs scénarios. Les serveurs n’ont pas suivi et une visioconférence sur trois a pu se lancer en moyenne.

Son directeur, Yannick Frank , assure avoir appris de cet événement. «On a triplé la puissance de chaque serveur», et il y en a toujours une soixantaine environ. Cela passe par «l’achat d’hébergements, de machines, et par l’architecture de l’infrastructure», détaille-t-il. Il ne devrait donc plus y avoir de problèmes informatiques lors du prochain gros événement avec l’Université du Luxembourg, le salon Unicareers.lu, qui aura lieu le 6 novembre prochain. En plus, les profils seront présélectionnés, il n’y aura donc pas de surprise sur le nombre de connexions le matin même.

Il ne sait pas encore sous quel format se tiendra le prochain Moovijob Tour, prévu en mars 2021. Yannick Frank trouve que physique et digital ont «des avantages et des inconvénients tous les deux». «Le virtuel facilite grandement la participation et multiplie les chances de recrutement pour les sociétés. Beaucoup d’employés sont déjà en poste et ont moins peur d’être vus par leur employeur de cette manière», analyse-t-il. Pourtant, «dès qu’on pourra revenir au physique, on le fera», assure-t-il. «Il y a ce côté relationnel, ce feeling, qu’on ne ressent pas par caméras interposées». Sur le salon aussi, la tendance se confirme: «Les entreprises recherchent de plus en plus de soft skills, des capacités à s’adapter à différentes situations».