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Recrutement

Le Moovijob Tour virtuel victime de son succès



Avec trois fois plus de candidats que prévu, le site du Moovijob Tour virtuel a surchauffé ce vendredi 25 septembre. (Photo: Maison Moderne)

Avec trois fois plus de candidats que prévu, le site du Moovijob Tour virtuel a surchauffé ce vendredi 25 septembre. (Photo: Maison Moderne)

Les plus de 30.000 candidats connectés au Moovijob Tour ont fait exploser le système informatique. Deux tiers des 155 entreprises participantes n’ont pas pu mener leurs entretiens comme prévu. Elles et les candidats s’adaptent et se contactent via d’autres canaux.

La version numérique du salon de l’emploi luxembourgeois a démarré sur les chapeaux de roue… Un peu trop, même. Durant la première partie de la journée, contacter une entreprise sur le Moovijob Tour relevait du parcours du combattant.

En étant connectés et inscrits à de nombreuses files d’attente virtuelles, nous n’avons pu parler qu’avec une entreprise entre 9h30 et 14h30. Certains stands annonçaient plus d’une demi-heure d’attente et une quarantaine de candidats dans la queue; d’autres, que deux minutes et une personne, mais restaient bloqués pendant une heure. D’autres fois, un entretien vidéo s’est lancé, mais personne de l’autre côté de l’écran… Jusqu’à ce qu’il soit carrément impossible de s’inscrire dans de nouvelles files.

10.500 inscrits, trois fois plus le lendemain

Yannick Frank , directeur de Moovijob, s’explique: «Malgré toute la préparation au niveau des serveurs, nous ne nous attendions pas à autant de monde, même dans les scénarios les plus importants. L’infrastructure n’a pas suivi.»

10.500 candidats étaient inscrits la veille, même si ce n’était pas obligatoire. «Ce matin, ils étaient trois fois plus à se connecter», révèle-t-il. Internet a levé les barrières géographiques, et en plus des Luxembourgeois et frontaliers, le site a accueilli des Indiens, Américains…

Conséquence: «Cela fonctionne une fois sur trois», révélait Yannick Frank en début d’après-midi. Les retours des 155 sociétés, qui paient au minimum 4.000 euros l’entrée (en plus d’une large publicité), sont donc mitigés. Les moins populaires enchaînent les entretiens tandis que les plus demandées se retrouvent bloquées par la forte affluence. «Nous sommes les premiers déçus, nous avons mis des back-up informatiques et espérons améliorer la situation dans les heures qui restent», dit Yannick Frank.

En attendant, tout le monde s’adapte. Les entreprises peuvent profiter de la CVthèque (bibliothèque des CV des participants) pour contacter les candidats qui les intéressent. Eux sont nombreux, selon Yannick Frank, à consulter les offres d’emploi sur le site du Moovijob Tour et à approcher ensuite les entreprises directement sur leur site ou via les réseaux sociaux.

Des entretiens plus ciblés

C’est d’ailleurs de cette manière que nous avons pu contacter Manpower, avec qui nous n’arrivions pas à échanger sur le salon. Nicolas Hirtz, operations manager à l’agence d’Esch-sur-Alzette, semble séduit par le format en ligne, malgré les soucis techniques. «Cela permet de mieux cibler les profils», estime-t-il.

Car dans la version virtuelle, le Moovijob Tour se transforme presque en Tinder de l’emploi. L’entreprise a accès au profil du candidat avant de décider si elle accepte ou non un entretien. Un avantage pour les employeurs, moins pour les demandeurs d’emploi. «Nous gardons quand même leur CV», relativise Nicolas Hirtz.

Les quatre personnes qu’il a rencontrées ce matin, avant d’être bloqué par l’affluence, correspondaient aux critères, et il prévoit de les recontacter dans les prochains jours.

CDI et travail intérimaire confondus, 65 postes sont ouverts chez Manpower. «Le secteur de la construction recherche beaucoup de travailleurs qualifiés: ingénieurs, dessinateurs béton. Dans l’intérimaire, on demande beaucoup dans la logistique, la comptabilité», détaille-t-il.

À quelques mètres virtuels se trouve le stand de Luxlait, le seul où nous avons pu entrer. «Au départ, l’installation informatique était compliquée», admet Valérie Rabes, responsable des ressources humaines, par écran interposé. La situation s’est arrangée, et elle peut désormais contacter les candidats qu’elle souhaite. Problème: elle ne trouve pas chaussure à son pied. «Nous avons décliné plusieurs entretiens, mais conservons les candidatures», raconte-t-elle. Six postes sont à pourvoir dans l’association agricole, du fromager au chauffeur poids lourds. «Les profils de conducteurs et d’agents d’entretien sont difficiles à trouver», note la RH, qui se réjouit de pouvoir exploiter la CVthèque du salon.

Aucun regret pour les organisateurs

Cette édition spéciale du Moovijob Tour devait s’achever à 17h mais a décidé de jouer les prolongations pour les volontaires. «Ce soir, nous allons analyser tout cela», ajoute Yannick Frank. Il n’exclut pas une deuxième version du salon, si nécessaire.

«Nous n’avons aucun regret», assure-t-il cependant. «Le salon physique aurait été un flop, plus de la moitié des entreprises n’auraient pas pris ce risque. Il y a un sentiment d’échec, forcément. Mais quand je vais regarder dans le rétroviseur, je me dirai qu’on a fait le maximum en un temps record.»