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marché de l’Emploi 

Le lent réveil du recrutement



Passé au second plan pendant le confinement, le recrutement reprend progressivement dans les entreprises. (Photo: Shutterstock)

Passé au second plan pendant le confinement, le recrutement reprend progressivement dans les entreprises. (Photo: Shutterstock)

Entre Moovijob et l’Adem, deux salles, deux ambiances. Sur la plateforme privée, le recrutement a repris, et même accéléré, depuis la fin du confinement. Pour l’agence nationale de l’emploi, qui dispose de données plus complètes, on reste à des niveaux largement inférieurs à ceux de 2019.

L’été 2020 n’était pas le meilleur moment pour trouver du boulot… L’Agence pour le développement de l’emploi (Adem) a constaté -26% de nouveaux postes déclarés par les employeurs en juillet 2020 par rapport à l’année précédente. Le nombre de postes vacants en fin de mois atteint ainsi 7.311 au total, en baisse de 8%.

Pierre Gramme, qui travaille au service Études et statistiques de l’Adem, ne dispose pas de données officielles plus récentes, mais estime qu’août «suit la même tendance». Soit une baisse annuelle, logique avec la crise sanitaire, mais qui s’amenuise progressivement. Le pire mois a été avril, où seulement 1.895 offres ont été mises en ligne, contre 3.336 un an plus tôt. On est ensuite passé à -33% en mai, et -17% en juin.

En parallèle, le nombre de demandeurs d’emploi pour juillet a augmenté de 26,1% en un an.

Chute dans le commerce

Le secteur qui recrute le plus reste le même: le support à l’entreprise, malgré une diminution de 23% cet été. Le deuxième, celui de la construction, des bâtiments et des travaux publics, est aussi celui qui souffre le moins de la crise, avec une baisse de seulement 5% de postes créés.

D’autres domaines ont quasiment diminué de moitié leurs offres d’emploi, comme le commerce (161 nouvelles annonces, au lieu de 289) ou les transports et la logistique (157, contre 309 en juillet dernier). Pour l’hôtellerie/restauration, on est à -33%. En tout cas, aucun n’a recruté plus cet été que le précédent…

7% d’offres d’emploi en plus sur Moovijob…

Une reprise progressive observée pour septembre à l’Adem et déjà bien entamée chez Moovijob. «Nous avons eu un énorme creux entre mi-mars et mi-avril, où le nombre d’offres a été divisé par deux», rappelle Yannick Frank , directeur de la plateforme privée de recherche d’emploi. «Mais ensuite, ça a tout de suite repris. » Juillet et août 2020 ont été aussi bons que l’année dernière, et septembre suit le même chemin. Le lundi 7 septembre, le site comptait 2.363 offres en ligne, contre 2.202 à la même date en 2019.

«Il y a des entreprises qui ne recrutent plus du tout, mais d’autres qui recrutent plus qu’avant», justifie Yannick Frank. Les TIC (technologies de l’information et de la communication) et la santé font partie des domaines concernés. «La crise a accéléré le processus de digitalisation dans les entreprises, qui ont donc beaucoup plus de besoins, que ce soit au niveau de l’infrastructure, de la communication…» De même, «il y a une demande énorme dans les centres hospitaliers, les maisons de soins ou les laboratoires», illustre-t-il.

En moyenne, les autres secteurs restent stables, avec plus de recrutements dans des entreprises en bonne santé, et moins dans d’autres. Moovijob note cependant une chute énorme dans l’hôtellerie/restauration: «Aujourd’hui, nous avons 35 offres dans le domaine au Luxembourg, contre 200 à 300 l’an dernier.»

… mais +20% de candidats

Le fossé entre les données de l’Adem et celles beaucoup plus encourageantes de Moovijob peut s’expliquer par le fait que le second est un site privé, âgé de 10 ans, qui ne comptabilise pas toutes les offres d’emploi du pays et qui gagne en notoriété chaque année.

D’ailleurs, la demande augmente aussi, et plus rapidement que l’offre. Moovijob a enregistré +20% de trafic sur le site et de candidatures en un an. En cause, un taux de chômage plus élevé (faillites, plans de licenciement) et des salariés qui se posent de plus en plus de questions sur le sens de leur travail . La plateforme compte désormais 130.000 candidats inscrits (non obligatoire pour postuler), 20.000 de plus qu’en septembre dernier.

Son directeur reste toutefois prudent et craint une baisse des recrutements dans les prochains mois, avec le possible manque de liquidités d’entreprises touchées par la crise.

Il mise sur le Moovijob Tour du 25 septembre prochain pour accélérer la cadence. 1.144 postes seront à pourvoir auprès de 170 entreprises participantes, une dizaine de plus que l’an dernier. Le format digital lève même certaines barrières, et 6.000 candidats se sont déjà inscrits, plus qu’en 2019 au même moment. Le salon avait vu passer 12.000 visiteurs pour 8.000 inscrits.