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Reboot (7/10)

Mathilde Lambin: «Proposer plus d’entretiens à distance»



Mathilde Lambin, à la tête du groupe Manpower au Luxembourg depuis novembre 2019, souhaite faire passer plus d’entretiens d’embauche à distance, tout en gardant le contact humain, valeur importante de l’entreprise.  (Photo: DR)

Mathilde Lambin, à la tête du groupe Manpower au Luxembourg depuis novembre 2019, souhaite faire passer plus d’entretiens d’embauche à distance, tout en gardant le contact humain, valeur importante de l’entreprise.  (Photo: DR)

Le Covid-19 fait vivre aux CEO un été pas comme les autres. Chaque semaine, nous les interrogeons sur leur stratégie pour la reprise. Celle du groupe Manpower, dirigé par Mathilde Lambin, sera axée sur la digitalisation et la formation des candidats, pour offrir plus de flexibilité aux clients.

Le siège de l’agence de recrutement Manpower Luxembourg, situé rue de Strasbourg, est bien vide en ce mois d’août. Mathilde Lambin, à la tête du groupe au Luxembourg depuis novembre dernier, ne perd pas pour autant son sourire. La jeune dirigeante de 35 ans nous raconte avec optimisme comment son entreprise d’une cinquantaine de salariés compte se relever, elle l’espère, dès septembre.

Comment se porte le secteur du recrutement depuis l’arrivée du Covid-19?

Mathilde Lambin. – «Mal. La partie intérim est la plus touchée. Dès qu’il y a une période de crise, c’est là-dessus que les employeurs peuvent jouer. Notre agence horeca a subi la plus grosse chute, on n’a pu maintenir que 30% d’activité.

Heureusement, certains secteurs sont restés dynamiques, comme la logistique ou l’industrie, où nous avons pu continuer à placer du personnel. Pour notre marque Experis, spécialisée dans la chasse de tête et la consultance IT, il y a eu un vrai boom, les entreprises avaient besoin de solutions rapidement.

Avec notre marque Manpower Permanent Placement, pour les embauches en CDD et CDI, tout s’est arrêté en mars et avril, mais 80% de l’activité a repris à partir de mai.

Normalement, nous faisons aussi travailler les étudiants pendant l’été, mais il y a eu moins de contrats proposés, en baisse de 30% par rapport à l’année dernière.

Quel est l’impact sur votre chiffre d’affaires, de 25 millions d’euros en 2019?

«Il est énorme. Nous ne pouvons pas donner de chiffres précis.

Nous attendons vraiment septembre avec impatience. Avec la peur de la deuxième vague, tous les projets et investissements en ressources humaines des sociétés semblent être en stand-by, malgré les besoins en main-d’œuvre.

Quelle stratégie adoptez-vous pour sortir de cette crise?

«Nous allons devoir trouver des solutions de plus en plus digitales, proposer plus d’entretiens à distance tout en essayant de conserver l’humain, qui reste au cœur de notre activité.

Nous nous sommes rendu compte qu’un candidat qui fait l’effort de se déplacer en agence va se souvenir de la personne avec qui il a parlé, alors que, par téléphone ou en visio, s’il en fait trois dans la journée, il est possible que nous ne nous démarquions pas. Par contre, les retours candidats sont très bons, cela leur évite de perdre du temps dans les transports. Je pense que nous allons garder 60% des entretiens à distance et 40% en présentiel. Avant, on ne faisait que 10% d’entretiens par visioconférence.

Tout dépendra des profils. Par exemple, dans l’hôtellerie-restauration, on a besoin de vérifier l’apparence générale et le comportement. Alors qu’en IT, je pense que nous resterons sur du 100% digital, c’est leur truc.

Avec le Covid-19, certains métiers sont en forte diminution, notamment dans l’horeca. Nous allons continuer d’accompagner nos candidats sur le développement de leurs compétences en leur proposant un maximum de formations.

Nous allons aussi proposer à nos clients de plus en plus de flexibilité, avec, par exemple, la possibilité d’embaucher pour des plus petits contrats.

Vous êtes en plein déménagement. La crise n’a-t-elle pas arrêté vos projets d’avant-crise?

«Le Covid-19 a décalé nos projets, mais ne les a pas stoppés. Nous faisons partie d’un groupe international qui n’a pas de problèmes de trésorerie, c’est pour cela que nous avons pu continuer nos investissements.

Nous avons un gros déménagement prévu, et allons rassembler le head office, l’agence horeca, l’agence office people et Experis le 1er octobre dans le bâtiment H2O, où nous avons pris une location de 850m2. Nous investissons près de 400.000 euros pour les travaux, mais à terme, le but est de diminuer les coûts.»