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djuna bernard, coprésidente de déi gréng

«La pression sur Déi Gréng est de plus en plus forte»



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Djuna Bernard, coprésident de Déi Gréng, voit la crise actuelle comme une opportunité pour son parti. (Photo: Jan Hanrion / Archives)

Djuna Bernard aime apprendre. Tant mieux, car les turbulences qui secouent Déi Gréng, le parti qu’elle copréside avec Christian Kmiotek, imposent un apprentissage rapide. Mais aussi de ne pas confondre vitesse et précipitation.

C’est ce qu’on appelle dans le jargon politique une «mauvaise séquence». Déi Gréng est actuellement un parti malmené, qui essuie des coups de plusieurs fronts et n’est pas ménagé par les critiques... Pour faire le point, le comité exécutif du parti se réunira ce mardi. Djuna Bernard , coprésidente, sera évidemment partie prenante aux discussions.

François Bausch évoque un parti en crise, Josée Lorsché n’utilise pas ce terme mais ne cache pas que la situation est difficile. Et vous, qu’en dites-vous?

Djuna Bernard. – «Dire crise ou pas crise reste une question d’interprétation... Ce qui est certain, c’est que la situation est très difficile. L’accident de Félix Braz est émotionnellement très dur à vivre pour nous tous. La rentrée a en plus été plus que turbulente avec la démission de Roberto Traversini de la commune de Differdange et toutes les questions qui accompagnent ce dossier. 

C’est difficile de dire qu’il y a bel et bien une crise?

«Non, et on peut en effet selon moi parler de crise... Il faut pouvoir le dire, sereinement. Quel parti pourrait être totalement indemne en perdant deux ministres de qualité en moins de deux ans? Il faut maintenant considérer que cette crise doit être quelque chose qui doit servir à définir des perspectives pour la suite. C’est pour moi le point de vue qu’il faut adopter. La semaine passée a été dure, celle qui vient le sera aussi, sans doute comme le sera la suivante. Dans un tel moment, nous devons rester unis, proches, faire bloc.

Il y a des jeunes qui sont là. Notamment dans les sections locales où ceux qui nous critiquent ne vont pas voir.
Djuna Bernard

Djuna Bernard,  coprésidente de Déi Gréng

C’est la voie pour s’en sortir sans trop de dommages?

«Il faudra continuer à construire et même reconstruire, c’est vrai, notamment dans le Sud (d’où étaient Félix Braz et Roberto Traversini, ndlr). Mais rester ensemble, ce sera aussi proposer de meilleures formations, plus d’encadrement... Maintenant, Déi Gréng, ce n’est pas seulement quelques personnes, il y a aussi un soutien de la société, un programme qui va dans le sens de ce que cette société attend. 

Que répondre à ceux qui disent que la situation actuelle démontre la faiblesse de Déi Gréng au niveau de la relève des cadres du parti?

«Des jeunes sont là, à la Chambre, mais aussi dans les sections locales où ceux qui critiquent ne vont pas souvent voir. Avec un encadrement de qualité, des conseils, une solidarité, de belles histoires comme la mienne seront encore possibles. Et on a aussi des ministres dans la force de l’âge.

Quatre ministres pour cinq ministères

On sent que la question de la succession de Félix Braz est difficile à aborder...

«Je réponds, comme François Bausch , que nous ne sommes pas médecins. On peut croire à un miracle ou pas... Mais cela relève de la vie privée. Mais nous devons aussi prendre des décisions, la pression est d’ailleurs de plus en plus forte sur Déi Gréng pour cela. Néanmoins, nous devons évoquer certaines perspectives, discuter. Ce sera le cas lors du comité exécutif de ce mardi. 

Donc, une réflexion est en cours quant au remplacement de Félix Braz?

«Le gouvernement a besoin de fonctionner, la société civile en a besoin... Pour le moment, nous avons quatre ministres Déi Gréng qui font le boulot de cinq. François Bausch abat un travail énorme, gère la communication, la coordination entre tous, prend des nouvelles de Félix auprès de sa famille... Tout cela alors que c’est très difficile pour lui. Avec Félix, ils prenaient beaucoup de décisions ensemble, se consultaient.

Abandonner le ministère de la Justice dans le cadre d’un vaste remaniement? On n’en a jamais parlé, même pas en interne.
Djuna Bernard

Djuna Bernard,  coprésidente de Déi Gréng

Déi Gréng, avec ses partenaires de coalition, pourrait-il abandonner le ministère de la Justice dans le cadre d’un remaniement plus vaste que le seul remplacement de Félix Braz?

«Nous n’en sommes certainement pas là et on n’en a même jamais parlé, même pas en interne.

Roberto Traversini aurait pu intégrer le gouvernement, dit-on. Ses ennuis récents le mettent hors-jeu?

«Dans le contexte actuel, de fait, on ne peut envisager de le voir intégrer le gouvernement dans les semaines ou les mois à venir.

Mais cela ne veut pas dire non plus que sa carrière politique est finie?

«Non, cela ne veut pas dire cela. Il ne faudrait pas oublier le travail mené par Roberto ces dernières années. Une information judiciaire est en cours, on verra quelles seront les conclusions.

Vous parliez de pression de plus en plus forte. Qui met cette pression?

«Les médias notamment, et ce n’est pas un reproche. Félix Braz est vice-Premier ministre et les médias, comme le grand public, veulent savoir ce qu’il va advenir après quatre semaines. Les questions sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus fréquentes. Au début, tout le monde respectait cette discrétion voulue, mais plus le temps passe et plus on sent une pression afin de savoir comment les choses pourraient évoluer.

Les autres partis de la coalition ne sont-ils pas tentés de rester au balcon et de voir si Déi Gréng s’en sort, sans leur aide?

«Je ne fais pas partie du gouvernement et je ne peux me prononcer. Mais je ne pense pas que cela soit le cas. De tous les partis, on nous demande des nouvelles de Félix et je crois ces démarches sincères.»