POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Manifestation contre les restrictions sanitaires

La classe politique dénonce les violences de Luxembourg



«Une frontière a été franchie, que nous ne pouvons tolérer», estime Henri Kox, invité à s’exprimer à la Chambre des députés mardi. (Photo: Capture d’écran)

«Une frontière a été franchie, que nous ne pouvons tolérer», estime Henri Kox, invité à s’exprimer à la Chambre des députés mardi. (Photo: Capture d’écran)

De nombreux élus, tant de la majorité que de l’opposition, ont condamné les violences qui ont eu lieu samedi lors de la manifestation contre les restrictions sanitaires imposées aux non-vaccinés. Une déclaration et un débat sont attendus à la Chambre des députés.

2.000 personnes se sont réunies, samedi 4 décembre à Luxembourg-ville, pour protester contre les restrictions sanitaires visant les non-vaccinés, selon les estimations de la police. Une  manifestation émaillée par plusieurs incidents sérieux: entrée en force sur le marché de Noël place de la Constitution, barrières Nadar renversées et parfois jetées sur les forces de l’ordre, dégradations du domicile du Premier ministre et tentatives d’effraction à la Chambre des députés.

Des faits largement condamnés par les politiques, de la majorité et de l’opposition.

Des mesures difficiles à prendre

En commençant par Xavier Bettel (DP) lui-même, qui a réagi sur Twitter dès dimanche matin: «Le droit de manifester et la liberté d’opinion sont des libertés importantes que je défendrai toujours. Ce qui s’est passé hier dans la ville, je ne peux et je ne veux pas l’accepter. La liberté d’opinion ne signifie pas que l’on peut effrayer les familles avec de jeunes enfants en prenant d’assaut les marchés de Noël. La liberté d’opinion ne signifie pas que l’on devrait être autorisé à minimiser l’Holocauste.» Il s’est aussi justifié auprès des participants aux marches: «Il n’est pas toujours facile de faire de la politique. Surtout en ces temps. En tant que Premier ministre, il est de mon devoir de garantir le bien-être du grand public. En temps de pandémie, cela signifie que nous, en tant que gouvernement, devons également prendre des mesures que tout le monde n’aime pas. Le gouvernement prend ces mesures dans le respect de la démocratie et de l’État de droit. Nos lois Covid sont approuvées par le Conseil d’État et votées par la Chambre.»

La ministre de la Famille et de l’Intégration Corinne Cahen (DP), qui, comme le Premier ministre, habite aussi Bonnevoie, a été priée de quitter son domicile par la police par mesure de sécurité. Des manifestations avaient déjà eu lieu devant chez elle au cours de la semaine.

Sur les radios du pays, la bourgmestre Lydie Polfer (DP) a également indiqué que les choses allaient trop loin.

«Liberté d’opinion et liberté de manifestation oui, mais l’agression, le vandalisme et l’intimidation ne sont pas du tout possibles», écrit le vice-Premier ministre François Bausch (déi Gréng). Il juge les incidents «intolérables».

Au LSAP, Mars Di Bartolomeo  regrette les comparaisons avec les criminels nazis alors que le personnel de santé «repousse ses limites». «C’est une honte», ajoute Yves Cruchten , président du parti.

Un débat demandé à la Chambre

Sven Clement (Piratepartei) tweete que «ceux qui ont manifesté devant des maisons privées ont quitté le niveau du débat démocratique et, en tant que foule, veulent juste intimider.»

Dans un communiqué de presse, déi Lénk «condamne les émeutes en marge de la marche blanche de samedi, venues de provocateurs de droite radicalisés, en partie importés. Il est inacceptable que des personnalités publiques aient été harcelées à domicile ou que des dommages matériels aient été causés dans des lieux publics. C’est grâce à la police, par son approche désamorçante, que personne n’a été blessé.»

Le CSV ajoute: «Nous avons le droit de manifester. Mais ici aussi, les règles doivent être respectées. Toutes ces libertés et ces droits cessent lorsque des particuliers sont pris pour cible dans leur liberté à la maison ou lorsque, par exemple, le marché de Noël est pris d’assaut.»

Le parti demande au ministre de la Sécurité intérieure Henri Kox (déi Gréng) de s’exprimer sur le sujet devant la Chambre des députés, en début de séance mardi 7 décembre. Il avait annoncé, lors d’une conférence de presse exceptionnelle, souhaiter un débat à la Chambre dans les meilleurs délais. «Une frontière a été franchie que nous ne pouvons tolérer», avait-il commenté.

L’ADR, discret

«Nous n’avons toléré aucune action violente lors des précédentes marches et nous tenons à rassurer tout le peuple, pris aujourd’hui en otage, que nous avons pris et saurons prendre les mesures nécessaires afin d’éviter tout débordement lors de nos prochaines marches blanches silencieuses», ont assuré les organisateurs dans un communiqué de presse.

De son côté, l’ADR s’est montré discret pour le moment. Le député Roy Reding avait ironisé sur le variant Omicron sur les réseaux la semaine dernière. «Merci pour votre solidarité et votre engagement envers les professionnels de santé», lui avait répondu le médecin en soins intensifs au Centre hospitalier de Luxembourg (CHL) Jean Reuter.

Il fait d’ailleurs partie des utilisateurs du #etgeetdeckduer («c’en est assez»), qui dénonce les débordements du week-end, largement utilisé ces derniers jours.