ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Laurent Decker (associé-gérant du Baucenter Decker-Ries)

«Nos efforts dans le digital ont été confirmés»



Laurent Decker: «Mon père m’a raconté que l’entreprise avait été fermée à deux reprises dans son histoire de 121 ans: deux fois durant les guerres mondiales. À chaque fois, la reprise s’est faite avec la motivation de mon arrière-grand-père et de mon grand-père, mais aussi avec la motivation du personnel.» (Photo: Baucenter Decker-Ries)

Laurent Decker: «Mon père m’a raconté que l’entreprise avait été fermée à deux reprises dans son histoire de 121 ans: deux fois durant les guerres mondiales. À chaque fois, la reprise s’est faite avec la motivation de mon arrière-grand-père et de mon grand-père, mais aussi avec la motivation du personnel.» (Photo: Baucenter Decker-Ries)

Pendant que les showrooms gardaient portes closes et que les camions restaient au garage, les cadres du Baucenter Decker-Ries pensaient déjà à «l’après» et renforçaient la présence en ligne de l’entreprise familiale.

La créativité et la motivation des jeunes entrepreneurs n’ont pas été bridées durant le confinement. «Dans une entreprise d’une taille comme la nôtre, on est souvent la tête dans le guidon. Nous avons donc profité du temps du confinement pour redéfinir ou renforcer notre développement stratégique», explique Laurent Decker , associé-gérant représentant de la 5e génération de l’entreprise familiale basée à Esch-sur-Alzette. «C’est aussi dans les moments de crise que l’on est le plus inspiré et créatif pour le futur.»

Faut-il rénover des salles d’exposition? Les activités actuelles seront-elles celles de demain? Les questions concernaient un spectre large pour une structure déjà diversifiée. «De négoce de matériaux, nous sommes devenus commerçants et artisans avec une équipe de carreleurs et des menuisiers par exemple. Cette diversification nous a aidés durant la crise, car nos activités étaient impactées différemment.»

L’accélération de la digitalisation durant le confinement a pu être observée au sein de nombreuses structures. Chez Decker-Ries, ce chantier était en cours depuis une bonne année. «Nous avions mis en place des simulateurs en trois dimensions qui permettent aux clients de créer leur cuisine et leur salle de bains, faire des choix, visiter notre showroom de façon digitale. Nous avons remarqué que ces outils ont aussi été utilisés pendant le confinement», ajoute Laurent Decker.

Idem pour les achats en ligne: «Nous avions déjà une présence sur Letzshop que nous avons multipliée dès le début du confinement pour proposer quelque 80 produits. Nous avons constaté une explosion des ventes sur ce canal.» Les produits pour le jardin, ­l’entretien de l’extérieur ou des petits aménagements vendus en ligne ne compensent pas l’ensemble du chiffre d’affaires perdu, mais le digital permet de toucher un autre public ou de garder le contact avec les clients.

Un précieux lien avec les employés

Le lien a aussi été maintenu avec les employés durant le confinement, et il s’est trouvé renforcé au moment de la reprise. «Je n’ai jamais fait autant d’e-mails par semaine pour tenir tout le monde au courant. C’est une période durant laquelle on apprend aussi à mieux se connaître. Nous découvrons des employés très motivés et qui sont prêts à dépasser leur mission, qui s’engagent comme si c’était leur propre entreprise, notamment parmi ceux qui sont là depuis longtemps ou dont le père travaillait déjà chez nous.»

L’entreprise familiale fondée en 1899 par l’aïeul François Decker a déjà vécu d’autres moments difficiles comme les guerres. «Mon père m’a raconté que l’entreprise avait été fermée à deux reprises dans son histoire de 121 ans: deux fois durant les guerres mondiales. À chaque fois, la reprise s’est faite avec la motivation de mon arrière-grand-père et de mon grand-père, mais aussi avec la motivation du personnel. Entendre cela nous a rassurés.» Le trio familial à la tête de l’entreprise (le frère de Laurent a aussi rejoint l’aventure) s’est aussi renforcé avec cette crise.

Nous avons voulu payer dans les délais nos fournisseurs et les charges dues à l’État. C’est un choix que nous avons fait dès le départ.
Laurent Decker

Laurent Decker,  Associé-gérant,  Baucenter Decker-Ries

La gestion «en bon père de famille» et sur le long terme des entreprises familiales s’avère précieuse. Hormis le recours au chômage partiel pour les salariés, le Baucenter Decker-Ries n’a pas souhaité invoquer d’autres aides d’État qui étaient majoritairement remboursables, et donc synonymes de paiements ultérieurs.

«Nous avons voulu payer dans les délais nos fournisseurs et les charges dues à l’État. C’est un choix que nous avons fait dès le départ», précise Laurent Decker, volontiers défenseur de l’économie locale. Et d’une approche constructive avant de critiquer à tout va: «Je suis très fier d’être Luxembourgeois, de vivre et de travailler dans un pays comme le nôtre qui prend des décisions rapides, efficaces et intelligentes. Le gouvernement gère très bien cette crise sanitaire. Maintenant, il faut surtout qu’il se penche sur les effets post-crise qui vont nécessiter des mesures importantes.»

Le gouvernement était donc atten­du sur une deuxième vague de mesures, annoncées entre-temps, pour éviter l’effet boule de neige tant redouté. Après la crise, l’Exécutif devra aussi être un peu plus agressif et radical pour protéger le futur de la société «car la crise environnementale nous met tout aussi en péril que le coronavirus, même si on n’en sent pas encore les effets qui sont pourtant là», prévient Laurent Decker.