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Sidérurgie

Liberty Steel: la confiance s’érode



Franz Fayot n’est plus confiant quant aux promesses de Sanjeev Gupta, le mania sidérurgique à la tête de GFG Alliance et de sa filiale Liberty Steel. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Franz Fayot n’est plus confiant quant aux promesses de Sanjeev Gupta, le mania sidérurgique à la tête de GFG Alliance et de sa filiale Liberty Steel. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Le dossier Liberty Steel au Luxembourg est en train de prendre une nouvelle tournure. Alors que les syndicats et le gouvernement ont de moins en moins confiance en Liberty Steel, ce dernier opère une restructuration loin d’être anodine. 

Face à des problèmes financiers depuis la faillite de son principal créancier, Greensill , le groupe GFG Alliance a mis en vente plusieurs des sites sidérurgiques de sa filiale Liberty Steel. C’est le cas de Liberty Aluminium Technologies et Liberty Pressing Solutions, au Royaume-Uni. Idem avec France Rail Industry à Hayange, fournisseur de rails pour la SNCF, ou encore l’aciérie d’Ascoval .

Mais au Luxembourg, Liberty Steel ne semble pas vouloir lâcher prise. «À ce jour, Sanjeev Gupta n’a envoyé aucun signal indiquant qu’il avait l’intention de vendre Dudelange, même pas par l’intermédiaire de sa direction, bien au contraire», a souligné Franz Fayot (LSAP), ministre de l’Économie, devant la Chambre des députés dans le cadre d’une réponse à une question parlementaire de Laurent Mosar (CSV).

Pas de solution miracle

C’est en tout cas ce que laisse à penser la récente manœuvre de Liberty Steel en rapprochant les sites de Liège-Dudelange avec Liberty Galati en Roumanie . «Avec cette réorganisation, Liberty Steel propose un plan industriel dans la mesure où Liberty Galati est un site intégré. Il pourra fournir les sites de Liège et de Dudelange. D’un point de vue purement industriel, cela peut faire sens», analyse Robert Fornieri, secrétaire général adjoint de la coordination Fédération Industrie-Sidérurgie au LCGB.

Le syndicaliste n’a cependant plus confiance en Sanjeev Gupta et son groupe. «On avait eu une discussion autour de cette réorganisation bien avant la faillite de Greensill. Mais nous n’avons jamais vu arriver la moindre bobine de Galati. Il faut donc nous expliquer pourquoi ne pas l’avoir fait avant», interroge Robert Fornieri. «À l’heure actuelle, cette réorganisation ne va pas régler les problèmes de liquidités du groupe. Il ne faut pas croire que c’est la solution miracle. Je reste donc extrêmement méfiant et prudent par rapport à toutes les annonces faites par Liberty», dit-il encore, sans cacher son désir de voir le site luxembourgeois être repris par un industriel en partenariat avec l’État. 

Fayot méfiant envers Sanjeev Gupta

Franz Fayot est tout aussi méfiant. «La confiance envers Sanjeev Gupta et son groupe diminue, car de nouvelles sources de financement sont constamment mises en place, sans qu’aucune mesure se concrétise», n’a pas caché le ministre.

Ce dernier a réaffirmé suivre le dossier avec la plus grande attention et avoir pour seule priorité la «pérennité des activités industrielles à court, moyen et long termes». Faute de liquidités, le site de Dudelange ne peut acheter assez de matière première pour faire fonctionner toutes les lignes de production, alors que la demande est là. Résultat: 85 emplois équivalents temps plein sont encore au chômage partiel.

De son côté, la SNCI poursuit son analyse portant sur les perspectives du site . «Il est encore trop tôt pour détailler les résultats de l’analyse, mais la bonne nouvelle réside dans le fait que l’usine de Dudelange peut fonctionner de manière rentable avec une occupation habituelle dans un environnement normal», a expliqué le ministre.

Franz Fayot a également souligné que «des discussions sont en cours avec des partenaires industriels potentiels de la SNCI, afin de se préparer à toute éventualité, et notamment au fait que nous n’avons plus de perspectives avec Liberty Steel».

Seul problème: le ministre souligne lui-même «ne pas avoir toutes les cartes en main dans ce dossier complexe» sans la volonté de Liberty Steel de vendre.