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Sidérurgie

Liberty Steel: une action de protestation vendredi



Sanjeev Gupta, le patron de Liberty Steel et de sa maison mère GFG Alliance, connaît de graves problèmes financiers depuis quelques mois. (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

Sanjeev Gupta, le patron de Liberty Steel et de sa maison mère GFG Alliance, connaît de graves problèmes financiers depuis quelques mois. (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

OGBL et LCGB organiseront, vendredi 4 juin, un piquet de protestation devant l’usine de Liberty Steel à Dudelange. L’avenir du site semble de plus en plus incertain. L’État a des craintes de voir des aides éventuelles partir ailleurs que vers Dudelange, et ArcelorMIttal ne peut légalement reprendre le site.

«Il y a un ras-le-bol, les gens commencent à en avoir marre», peste Stefano Araujo, secrétaire central du Syndicat Sidérurgie et Mines de l’OGBL. «L’inquiétude est là, on voit ce qui se passe en France où Liberty Steel et sa maison mère sont en train de vendre des sites de production», ajoute Robert Fornieri, secrétaire général adjoint de la coordination Fédération Industrie-Sidérurgie au LCGB.

Les 220 salariés à plein temps de Liberty Steel au Luxembourg sont en effet dans l’incertitude la plus totale depuis le mois de mars et les problèmes financiers du groupe GFG Alliance de Sanjeev Gupta. Pour rappel, le sidérurgiste a vu son principal créancier faire faillite , plongeant GFG Alliance dans une situation financière intenable. «L’usine à Dudelange ne tourne pas à plein régime alors que la demande est là», explique Stefano Araujo.

Son homologue du LCGB ajoute qu’il s’agit d’«un problème de liquidité». En en étant privée, Liberty Steel n’arrive pas à s’approvisionner suffisamment en matière première pour faire fonctionner les lignes de production à une cadence à même de rendre le site rentable. Résultat,  près de la moitié des effectifs est en chômage partiel . «Sur le court terme, le chômage partiel permet aux salariés d’avoir un salaire. Mais ce n’est pas une solution sur le long terme», lance le secrétaire central de l’OGBL. 

L’État reste prudent

Si l’État luxembourgeois suit le dossier de très près par l’intermédiaire du ministre de l’Économie Franz Fayot (LSAP), les solutions semblent complexes. «Je pense que l’État est prêt à jouer son rôle et à aider au soutien de l’activité de l’usine. Mais la crainte se porte quant à la destination des fonds. Si l’État met de l’argent sur la table pour Dudelange, le risque est de voir partir cet argent ailleurs dans le groupe GFG Alliance», souligne Stefano Araujo. 

«Nous n’avons plus confiance dans le groupe Liberty Steel et GFG Alliance. On pense que la solution devra passer par un partenariat avec l’État. Il y a des pistes de travail, mais c’est en effet complexe», termine Robert Fornieri.

ArcelorMittal ne peut reprendre l’usine

La question d’un repreneur est sur toutes les lèvres, et les regards se tournent presque naturellement vers ArcelorMittal, l’ancien propriétaire des lieux. «C’est la solution de facilité. Mais dans le cadre de la vente du site de Dudelange à Liberty Steel, la Commission européenne a imposé une clause excluant le rachat du site par ArcelorMittal dans un souci de libre concurrence», termine Stefano Araujo.

Au niveau européen, les syndicats ont également interpellé le Commissaire européen en charge de la politique industrielle, Thierry Breton, sur la situation des sites de Liberty Steel en Europe. Le Français a indiqué suivre le dossier de près.

Enfin, le ministre de l’Économie, Franz Fayot (LSAP) a échangé avec ce même Thierry Breton en fin de semaine dernière sur le sujet lors d’une réunion bilatérale. «L’exemple de Liberty Steel a encore une fois révélé un décalage entre l’ambition affichée de préserver une forte capacité de production en Europe et la réalité du cadre réglementaire. Celui-ci devrait davantage encourager l’investissement tout en accompagnant la transition verte et numérique des industries intensives en consommation d’énergie, comme l’acier. Lors de notre entrevue, le commissaire Breton s’est montré déterminé à améliorer l’environnement européen en faveur du secteur», a indiqué le ministre luxembourgeois, après cette réunion.