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LES GRANDS CHANTIERS DE LA MOBILITÉ (6/6)

La mobilité du futur



Les bus restent l’un des moyens de transport les plus intéressants, il sera donc important de leur offrir des voies prioritaires afin que les usagers obtiennent un gain de temps réel. (Photo: Shutterstock)

Les bus restent l’un des moyens de transport les plus intéressants, il sera donc important de leur offrir des voies prioritaires afin que les usagers obtiennent un gain de temps réel. (Photo: Shutterstock)

La gratuité des transports publics a été un buzz mondial. Au point de faire un peu d’ombre à tous les autres projets qui ont également pour but de faire du Luxembourg un pays où circuler serait un plaisir. Entre évolution et révolution, zoom sur le futur pour la fin de cette série sur les grands chantiers de la mobilité.

Cet article est paru dans l’édition d’avril 2019 de  Paperjam .

Une appli révolutionnaire lancée en septembre

La mobilité du futur n’échappera pas à la digitalisation. Le ministère travaille ainsi à une nouvelle appli révolutionnaire. C’est la firme allemande Hacon qui a été chargée de son développement. La phase de test est en cours auprès d’utilisateurs volontaires.

Son lancement est prévu pour le mois de septembre. Il faudra d’ici là lui trouver un nom. Concrètement, cette appli va, explique le ministre François Bausch , «calculer pour vous en temps réel les modes de transport les plus efficaces en fonction de vos besoins et de vos destinations. Elle mélangera tous les types de transport, donnera les disponibilités des vélos aux bornes et des voitures partagées, vous dira quelle station de tram emprunter ou à quel arrêt de bus descendre... en tenant compte du trajet ou des trajets que vous allez effectuer. L’appli va aussi calculer le prix que cela vous coûtera en fonction des modes de transport et même l’empreinte écologique que vous allez laisser. C’est une manière de sensibiliser à la multimodalité en titillant la fibre écologique et le portefeuille de chacun.»

Acheter de la mobilité plutôt qu’une voiture

La voiture partagée, c’est un concept qui monte petit à petit en puissance en tant que moyen complémentaire de déplacement. Peut-être moins vite que ce que laissaient augurer les études de marché, mais tout de même de manière tangible.

À Luxembourg, le service Carloh compte 670 clients inscrits, dont 450 sont réguliers. La Ville, qui y croit beaucoup, procédera à l’été à une augmentation de capital de 2,8 millions d’euros. Flex, service lancé par les CFL, propose 30 stations adossées à des gares, 80 véhicules disponibles et 1.100 clients inscrits, «même si certains n’ont jamais utilisé une voiture».

Les jeunes générations, surtout, ne sont plus intéressées par l’achat d’une voiture, mais par l’achat de mobilité.

Un expert du secteur automobile

Mais d’autres pratiques vont sans doute apparaître. «Les jeunes générations, surtout, ne sont plus intéressées par l’achat d’une voiture, mais par l’achat de mobilité, soutient un expert du secteur. Des opérateurs vont proposer sous peu des forfaits qui vous permettront d’utiliser la voiture qui convient le mieux à votre usage du moment. Lundi, j’ai juste besoin d’une petite citadine? Je vais là où elle se trouve et je l’emprunte. Le samedi, il me faut un véhicule plus familial? Pas de problème, je peux en emprunter un. De grandes marques ont déjà commencé à étudier ce service.»

Une station à hydrogène sur l’aire de Berchem

Plusieurs experts pensent que l’avenir de la voiture passera par un mix moteur électrique-moteur à hydrogène. La plupart annoncent l’émergence de cette technologie dans les 6 ou 7 années à venir. Évidemment, pour que ces hybrides se développent et trouvent leur public, il faut offrir aux utilisateurs des infrastructures où remplir leur réservoir.

Le ministère de la Mobilité et celui de l’Énergie de Claude Turmes (Déi Gréng) travaillent sur le projet d’installation d’une station de recharge d’hydrogène sur l’aire de Berchem. L’hydrogène sera produit sur place via électrolyse, une méthode peu coûteuse et surtout peu impactante pour l’environnement. Aucune date n’est encore donnée, mais, assure le cabinet ministériel, «le projet est dans le tube et se concrétisera au cours de cette législature».

L’électromobilité pour aider à décarboniser

Signataire de l’Accord de Paris et de son objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, le gouvernement luxembourgeois a aussi inscrit sa volonté de le respecter dans son acte de coalition. Le gouvernement ambitionne par ailleurs de faire baisser de 40% les émissions de carbone entre 2005 et 2030.

L’année charnière sera 2020, car de très nombreux constructeurs vont sortir de nouveaux modèles électriques.

François Bausch,  Ministre de la Mobilité et des Travaux publics

Sachant que 64% des émissions de CO2 viennent du secteur des transports, la mobilité en véhicules à moteur électrique prend toute son importance. «L’année charnière sera 2020, car de très nombreux constructeurs vont sortir de nouveaux modèles électriques», commente le ministre François Bausch.

D’ores et déjà, le Luxem­bourg est le second pays européen le mieux équipé en bornes de recharge. En 2020, il sera même le n° 1 du nombre de bornes installées par rapport au nombre d’habitants, puisqu’à ce moment, le pays disposera de pas moins de 1.600 bornes.

Des voies prioritaires pour les bus

Le bus reste évidemment un moyen de transport intéressant pour déplacer beaucoup de monde en même temps. Ainsi, aux heures de pointe, un bus circule toutes les trois minutes sur la A4 entre Luxembourg et Esch, soit un total d’environ 5.500 passagers transportés.

Mais ces bus peuvent aussi être prisonniers des bouchons. Il faut donc leur offrir des voies prioritaires, histoire de garantir à ceux qui montent dans le bus qu’ils iront plus vite qu’en voiture. Ce sera le cas sur l’A3 qui file vers Dudelange puis la France, où elle se connecte à l’A31, qui sera l’objet d’un chantier pharaonique à partir de 2020 pour l’élargir de deux à trois bandes.

«Mais cette bande de plus risque d’attirer plus de voitures. Or c’est l’inverse que l’on souhaite», fait valoir François Bausch. La bande d’arrêt d’urgence sera donc, à certains moments, dévolue aux bus et au covoiturage. Le tout sous le contrôle de caméras. Dans le même ordre d’idées, le projet d’un tram express entre Luxem­bourg et Esch, le long de l’A4, reste d’actualité avec, comme objectif, une concrétisation à l’horizon 2035.