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Les grands chantiers de la mobilité (1/6)

La fin de l’hégémonie de la voiture



Pays central en Europe, le Luxembourg connaît des flux entrants et sortants importants sur ses autoroutes. (Photo: Shutterstock)

Pays central en Europe, le Luxembourg connaît des flux entrants et sortants importants sur ses autoroutes. (Photo: Shutterstock)

La gratuité des transports publics a été un buzz mondial. Au point de faire un peu d’ombre à tous les autres projets qui ont également pour but de faire du Luxembourg un pays où circuler serait un plaisir, et non pas une contrainte. Zoom sur la voiture pour débuter cette série sur les grands chantiers de la mobilité.

Cet article est paru dans l’édition d’avril 2019 de  Paperjam .

On le constate tous les jours sur les principaux axes de circulation du pays: la voiture reste un moyen de déplacement très prisé.

Mais qui induit aussi très souvent une énorme perte de temps. Cette impression subjective se confirme dans les chiffres. Une enquête récente de la Fondation Idea a clairement démontré que les temps de parcours domicile-lieu de travail, en voiture, ne cessaient de s’allonger.

En moyenne, en 2019, un résident luxembourgeois effectue 13 km en 34 minutes, soit une moyenne d’à peine 23 km/h. C’est un peu mieux en ce qui concerne les frontaliers. Les Français et les Allemands se déplacent en moyenne à 49 km/h, mais les Belges – les moins bien lotis – à 38 km/h.

615.000 habitants et 415.000 voitures

Pays central en Europe, le Luxembourg connaît des flux entrants et sortants importants sur ses autoroutes. Là aussi les chiffres valent tous les discours.

Sur la A3 qui rejoint la France, à la Croix de Bettembourg, on compte en moyenne 64.790 véhicules par jour, avec des pointes jusqu’à 90.000 en certaines périodes. On est proche des 50.000 véhicules qui passent quotidiennement la frontière à Sterpenich de et vers la Belgique, et des 30.000 véhicules sur la A1 et l’Allemagne.

Le parc automobile national témoigne de cet attachement aux voitures. Si le pays comptait un peu plus de 615.000 habitants en ce début 2019, le Statec enregistrait quelque 415.000 voitures immatriculées (particulières, à usage mixte et utilitaires). On peut y ajouter 35.000 camionnettes, 5.500 camions...

On a fait l’erreur durant de trop longues années de ne penser ‘que’ voiture, et donc de tout investir pour elle.
François Bausch

François Bausch,  Ministre de la Mobilité et des Travaux publics

Le coût de la voiture pour la collectivité n’est pas négligeable non plus: 3,44 cents par kilomètre parcouru selon l’enquête Luxmobil de 2017 . Montant qui doit être assumé par tous les contribuables, qu’ils conduisent ou pas. Et nos chères automobiles impactent aussi lourdement notre environnement, puisqu’au Luxembourg, 64% des émissions de CO2 sont liées au secteur des transports.

«On a fait l’erreur durant de trop longues années de ne penser ‘que’ voiture, et donc de tout investir pour elle», déplore François Bausch , ministre de la Mobilité et des Travaux publics qui a pour objectif de faire chuter de 61 à 46% la part de la voiture dans les déplacements. Tout en augmentant de manière significative le nombre de passagers par voiture. Car le bât blesse aussi lourdement au niveau du covoiturage.

Ainsi, chaque matin, 420.000 personnes travaillent au Luxembourg et dans le même temps, 250.000 sièges vides de voiture entrent dans la capitale. En moyenne, la voiture d’un travailleur frontalier n’est occupée que par 1,2 personne, celle d’un résident par 1,1 personne.

1.600 bornes de recharge en 2020

Évidemment, il est inimaginable de voir la voiture chuter de son trône d’un seul coup au cours des prochaines années. Mais son hégémonie semble inéluctablement condamnée à moyen terme.

François Bausch en est convaincu: «Je pense en tout cas que le moteur thermique est voué à disparaître, c’est une certitude. D’ici 6 à 8 ans, nous allons voir l’arrivée sur les routes du Luxembourg de voitures hybrides hydrogène-électricité. L’hydrogène ne servira pas à propulser la voiture, mais bien à produire de l’électricité qui entraînera le moteur.

C’est une technologie que nous suivons de près. Nous avons donc le projet, avec mon collègue Claude Turmes (ministre de l'Energie), de soutenir la création d’une station-service à hydrogène sur l’aire de Berchem. L’installation des bornes de recharge électrique va aussi se poursuivre. Nous sommes déjà le second pays européen le mieux équipé, mais on va devenir le n° 1 en nombre de bornes par nombre d’habitants. En 2020, le Luxembourg aura 1.600 points de charge , ce qui est énorme.»

Vers 2030-2035, on aura des voitures sans chauffeur, mais sans doute toujours avec un volant.
François Bausch

François Bausch,  Ministre de la Mobilité et des Travaux publics

Penser multimodal

Le véhicule autonome fera aussi son apparition à terme au Luxembourg, «vers 2030-2035, on aura des voitures sans chauffeur, mais sans doute toujours avec un volant, qui disparaîtra ensuite. Mais plus que tout, c’est la multimodalité, la chaîne réfléchie des transports, qui incarnera le 21e siècle, analyse François Bausch. Je ne tire pas sur la voiture à boulets rouges. Mais il faut éviter de commettre cette erreur historique faite au 20e siècle de croire en un seul mode de transport. Grâce à cela, sa victoire a été totale, son développement énorme. Ce que je pense, c’est qu’il faut remplacer la voiture par cette volonté de déplacement multimodal. L’objectif étant d’être plus efficace.»