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LES GRANDS CHANTIERS DE LA MOBILITÉ (5/6)

Infrastructures, près de 12% du budget de l’État



circulation à la frontière avec la belgique (Photo: Anthony Dehez / Archives)

circulation à la frontière avec la belgique (Photo: Anthony Dehez / Archives)

La gratuité des transports publics a été un buzz mondial. Au point de faire un peu d’ombre à tous les autres projets qui ont également pour but de faire du Luxembourg un pays où circuler serait un plaisir. Zoom sur les infrastructures pour la suite de cette série sur les grands chantiers de la mobilité.

Cet article est paru dans l’édition d’avril 2019 de  Paperjam .

Cela n’a pas fait l’objet d’un marchandage, mais bien d’un compromis. Quand l’accord de coalition a été négocié, Déi Gréng a donné son aval à la gratuité des transports publics. À la condition que «les investissements dans les infrastructures restent à un haut niveau». Le budget 2019 le confirme, puisque les dépenses prévues en ce qui concerne le ministère de la Mobilité et des Transports publics représentent 11,73% du total.

Le 12 février, la Chambre a par ailleurs adopté à l’unanimité (si ce ne sont les abstentions de l’ADR et des Pirates) les 33 grands projets prévus au cours de la législature et dont le coût estimé est supérieur à 10 millions d’euros. La mobilité occupe une place centrale puisque 22 de ces projets concernent des travaux routiers.

Désormais, concède Carlo Back (Déi Gréng), rapporteur de la commission de la mobilité et des travaux publics, plus aucun grand chantier n’est pensé sans tenir compte des différents moyens de transport: «Chacun doit y avoir sa place. Quand on planifie les infrastructures, on doit tenir compte de tous les modes de transport, mais aussi des piétons.» Quelques grands chantiers en cours ou à venir le démontrent à suffisance:

- La nouvelle N3. Avec ceux en cours à la gare centrale, ces travaux sont vus comme les plus importants pour la mobilité au Luxembourg. L’objectif est de relier Bonnevoie à la rue des Scillas à Howald , cette dernière étant transformée en route nationale, et au Ban de Gasperich. C’est dans ce cadre que les travaux ont débuté en janvier sur le pont Büchler, élargi pour laisser de la place au tram et à la mobilité douce (deux larges trottoirs et une piste cyclable), sans oublier une voie de bus et des voies de circulation pour les voitures. La fin des travaux sur le pont est prévue pour le début de l’année 2021.

- L’autoroute A3. Ils sont attendus depuis longtemps, mais confirmation a été donnée que les travaux de l’autoroute A3 débuteront bien en 2020. Ils coûteront 350 millions d’euros et s’étaleront sur cinq ans. Cette autoroute est la principale voie d’accès vers et depuis la France. L’ambition est de l’élargir de 2 à 3 voies. «La nouvelle bande servira aux bus et au covoiturage, la surveillance étant effectuée par des caméras», assure encore Carlo Back.

- L’autoroute A4. C’est la voie qui relie Luxembourg à Esch, les deux poumons économiques du pays. Plus que de débuter des travaux longs, compliqués et coûteux, la piste privilégiée est «d’aménager la section de l’autoroute de sorte à disposer d’une voie pour autobus et covoiturage, à côté de deux voies de circulation». C’est en réalité la bande d’arrêt d’urgence à certains moments et à certaines conditions qui deviendrait une 3e voie. Pour 2035, l’ambition est aussi d’intégrer une ligne de tram rapide entre les deux villes, et une voie cyclable sécurisée, longeant l’autoroute. La coordination sera une des clés du succès, «raison pour laquelle nous intégrons ce projet dans toutes les planifications. C’est pour cela que l’aménagement entre Foetz et Leudelange a par exemple été revu», justifie le ministère.

On doit penser la mobilité à l’intérieur du pays, mais aussi au niveau de la Grande Région.

François Bausch,  Ministre de la Mobilité

Connecter ville et campagne

Mais deux autres ambitions guideront les actions des années à venir.

Tout d’abord, la nécessité de ne pas oublier les campagnes, où les besoins ne sont pas les mêmes qu’en ville. «Il faut en tenir compte. Les zones rurales, par exemple, on doit y établir plus de services au niveau des bus à la demande. Il faut surtout connecter la campagne avec les centres urbains. Même si on sait qu’il y a un effet de densification de l’habitat dans les villes, car l’urbanisme et la qualité de vie y sont meilleurs. C’est ce que démontrent les études les plus récentes, notamment menées par l’ONU», confirme le ministre François Bausch .

Investir hors Luxembourg

Ensuite, augmenter la collaboration transfrontalière. Pour éviter des situations comme celle vécue avec le chantier de la E411 qui se connecte à la A6: la Belgique terminera dans les prochaines semaines des travaux sur le tronçon, avec notamment l’installation d’une voie de covoiturage. Mais celle-ci s’arrêtera net au post-frontière de Sterpenich, le Luxem­bourg n’ayant pas été consulté et n’ayant donc pu envisager des travaux identiques sur son sol. Une fois n’est pas coutume, car habituellement, ce sont plutôt les pays voisins qui ont du mal à suivre les chantiers luxembourgeois. «On doit penser la mobilité à l’intérieur du pays, mais aussi au niveau de la Grande Région», commente François Bausch.

Qui sait aussi que les moyens en Belgique, en France et même en Allemagne ne sont pas ceux du Luxembourg. «Je suis absolument partant pour financer les concepts de mobilité qui vont au-delà de nos frontières. On va d’ailleurs investir 110 millions dans la ligne de chemin de fer qui va jusqu’à Thionville et 10 millions dans un P+R. Toujours vers la France, notre volonté est aussi de multiplier par 2,5 le nombre de places assises dans les trains, jusqu’en 2028. On a des projets avec l’Allemagne et la Belgique. Ce qui me dérange beaucoup, c’est que dans les pays voisins, malgré les efforts que nous sommes prêts à faire, cela ne bouge pas assez vite. Or, les travailleurs frontaliers ont besoin de solutions, et je les comprends.» Un enjeu vital pour le Luxem­bourg, qui a besoin de ses travailleurs frontaliers et a intérêt à ne pas les oublier.