PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Politique monétaire

À quoi servent les 128 milliards injectés par la Fed



267742.jpg

Mardi 17 septembre, la Fed a injecté 53 milliards de dollars sur les marchés monétaires, puis 75 milliards de dollars, mercredi 18 septembre. (Photo: Réserve fédérale américaine)

La Réserve fédérale américaine a injecté 128 milliards de dollars de liquidités sur les marchés, alors qu’elle n’était pas intervenue depuis septembre 2008. Dans le même temps, la Fed a annoncé une nouvelle baisse de son taux directeur, mercredi 18 au soir.

Cela faisait un peu plus de 10 ans que la Réserve fédérale américaine (Fed) n’était pas intervenue sur les marchés monétaires. Et  10 ans aussi qu’elle n’avait pas diminué ses taux  directeurs, lorsqu’elle a annoncé une première baisse fin juillet.

Mardi 17 septembre, elle a injecté 53 milliards de dollars, avant de remettre 75 milliards de dollars au pot mercredi 18 septembre. Ce pour pallier un déséquilibre entre une demande de cash élevée et une offre insuffisante, qui a secoué le marché du «repo» («sale and repurchase agreement»).

Baisse de pression

Explication: «Le marché du repo est un marché monétaire d’emprunt à court terme dans lequel les banques et les fonds d’investissement empruntent des liquidités au jour le jour, notamment auprès des banques centrales», détaille Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg.

Les opérations de «repo» se financent à des taux censés évoluer au même niveau que ceux de la Fed, donc dans une fourchette comprise entre 2% et 2,25%. Sauf que le taux de repo atteignait 10% mardi matin, du fait de l’asymétrie entre l’offre et la demande.

«Cela a forcé la Fed à injecter de l’argent pour rétablir le niveau de liquidités disponibles et faire baisser le taux de repo. C’est un peu comme l’ouverture d’une valve qui ferait baisser la pression sur le marché du repo», remarque Alexandre Gauthy.

Facteurs multiples

Faut-il alors s’inquiéter de cette intervention? Le même phénomène s’était en effet produit en 2008, suite à la faillite de Lehman Brothers. «Il s’agissait à l’époque d’une crise de confiance: le manque de liquidités était ainsi dû au fait que les banques ne se prêtaient plus entre elles. Aujourd’hui, il s’agit plutôt d’un problème technique», précise Alexandre Gauthy.

Deux événements temporaires peuvent expliquer ce manque de liquidités. D’abord, le fait que les entreprises ont effectué d’importants retraits de fonds pour s’acquitter de leurs taxes trimestrielles le 15 septembre.

«Le Trésor américain a aussi émis, la semaine dernière, 78 milliards de dollars d’adjudications, auxquelles les banques ont souscrit, ce qui a retiré de la liquidité aux marchés», ajoute Alexandre Gauthy.

S’ajoute à cela un autre facteur plus structurel, à savoir la réduction de la taille du bilan de la Fed, enclenchée depuis fin 2017: «entre 2014 et aujourd’hui, ses réserves ont diminué de moitié. Le problème réside dans le fait qu’elle ne connaît pas le montant minimum de réserves excédentaires nécessaire pour que le système fonctionne de manière optimale», constate Alexandre Gauthy.

Si le problème persiste, cela signifiera alors que le mécanisme de transmission de la politique monétaire est grippé.
Alexandre Gauthy

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Si les marchés sont nerveux, l’économiste estime qu’il n’y a pas de quoi s’affoler, dans le cas où le problème reste temporaire. «S’il persiste, cela signifiera alors que le mécanisme de transmission de la politique monétaire est grippé», affirme Alexandre Gauthy.

Fléchissement des taux

Le président de la Fed, Jerome Powell, a également souhaité rassurer sur cette intervention, lors de la conférence de presse qu’il a donnée mercredi 18 septembre: «Bien que ces problèmes soient importants pour le fonctionnement du marché et ses participants, ils n’ont aucune implication pour l’économie ou la politique monétaire», a-t-il déclaré.

Coïncidence: cette opération de la Fed s’est produite le même jour que l’annonce d’une  nouvelle baisse de ses taux directeurs de 25 points de base , qui sont désormais compris entre 1,75% et 2%. Celle-ci survient après une première baisse du même ordre, le 31 juillet.

«De 2015 à 2018, les taux ont augmenté à neuf reprises. Là, il s’agit d’un revirement assez violent du cycle des taux. La Fed a commencé à baisser ses taux du fait du faible niveau de l’inflation et parce qu’elle anticipe un ralentissement de l’économie», décrypte Alexandre Gauthy.

À l’issue de deux jours de réunion du comité de politique monétaire, Jerome Powell a justifié cette nouvelle baisse par la faiblesse de l’investissement et des exportations.

Une décision qui n’a pas satisfait le président américain, Donald Trump, qui s’est encore fendu d’un tweet rageur à l’encontre du président de la Fed.