PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Nicolas Mackel

L’industrie financière est raisonnablement optimiste



Nicolas Mackel (Luxembourg for Finance): «Je vois se profiler une plus grande flexibilité horaire, avec la possibilité de commuter du bureau à la maison en dehors des heures de fort trafic.» (Photo: Olivier Minaire)

Nicolas Mackel (Luxembourg for Finance): «Je vois se profiler une plus grande flexibilité horaire, avec la possibilité de commuter du bureau à la maison en dehors des heures de fort trafic.» (Photo: Olivier Minaire)

Le mercredi 15 décembre, de 10h30 à 12h, Nicolas Mackel, CEO de l’agence de développement Luxembourg for Finance, recevra un panel d’experts venus parler des tendances 2022 lors d’une table ronde virtuelle nommée «Focus on 2022».

À qui s’adresse la table ronde virtuelle que vous organisez?

Nicolas Mackel – «Principalement aux professionnels du secteur financier, pas seulement au Luxembourg, mais aussi à l’étranger.

Comment avez-vous sélectionné les speakers?

«L’an dernier, nous avions invité Xavier Bettel comme premier speaker. Nous avons de nouveau cherché quelqu’un qui aurait une vision plus large qu’un expert. Yves Mersch s’est rapidement rendu disponible. Pour les autres, on a essayé de donner la parole à ceux qui ont l’expertise sur les sujets que l’on veut traiter et aussi d’éviter les ‘doublons’ avec les précédentes réunions que nous avons organisées.

Quels sujets allez-vous aborder?

«Nous allons parler d’économie, de technologie, de finance durable, de réglementation… Ce n’est pas un expert par domaine qu’il nous faut, mais des gens qui ont une vision large et multisectorielle.

Si on dresse le bilan de 2021, et compte tenu du contexte, dans quel état d’esprit les professionnels du secteur financier sont-ils?

«C’est intéressant, car nous avons mené un sondage auprès de l’industrie financière en octobre dernier et les réponses étaient largement optimistes. On voyait la lumière au bout du tunnel. Je pense que si on devait le refaire aujourd’hui, l’optimisme serait tempéré, tout en reconnaissant que nous n’en sommes pas au même point qu’il y a un an. La crise reste gérable, avec les vaccins et les rappels, les professionnels ont compris qu’ils pouvaient continuer à travailler et les investissements reprennent.

Aujourd’hui, les jeunes ne sont pas attirés par le seul salaire, mais par une quête de sens dans leur travail.
Nicolas Mackel

Nicolas Mackel,  CEO,  Luxembourg for Finance

Yves Mersch doit notamment évoquer la reprise de l’économie post-pandémie. N’est-ce pas un peu tôt pour laisser cela en arrière? À quelles conséquences financières immédiates la quatrième vague expose-t-elle le Luxembourg?

«On peut faire confiance à quelqu’un comme Yves Mersch, ex-dirigeant d’une banque centrale, qui va s’exprimer de manière prudente et sans aucune affirmation péremptoire. Toutes les prévisions économiques des grands groupes sont plutôt optimistes sur la reprise de l’activité. Évidemment, on ne sait pas encore si la quatrième vague va tempérer cela ou pas, mais elle ne va pas nous remettre dans un cycle économique négatif, elle va tout au plus infléchir la courbe de croissance. Contrairement au début de la crise, les banques ont été prudentes en provisionnant des montants importants qu’elles sont en mesure de libérer aujourd’hui pour relancer l’activité économique. L’inflation devrait aussi décroître en 2022 si l’on en croit Christine Lagarde . Nous sommes donc raisonnablement optimistes.

Quels sont les secteurs qui ont émergé en 2021?

«Celui qui a le plus émergé en termes de vitesse, car ce n’était pas nouveau, c’est vraiment celui de la finance durable. C’était une tendance montante, cela a été une vraie direction en 2021. Lorsqu’on regarde le marché des emprunts obligataires durables émis mondialement, les chiffres commencent à croître exponentiellement, idem pour les fonds d’investissement durables. Les banques et les assureurs s’y mettent aussi. La digitalisation aussi avec une première sous-tendance sur les monnaies digitales, et le travail mené par les banques centrales. La seconde sous-tendance est celle des investissements et paiements digitaux.

LFF a également publié un rapport sur les enjeux financiers du futur au Luxembourg avec Deloitte lors de la conférence Horizon. Il y était notamment question de mieux répondre aux besoins des «talents» dans le secteur financier… C’est-à-dire?

«L’attractivité des talents est l’une des tendances auxquelles tout le secteur financier – pas qu’au Luxembourg – doit être attentif en 2022. La finance a beaucoup changé ces dernières années, et se pose la question des profils dont on a besoin. Elle a subi la concurrence d’autres secteurs aussi: aujourd’hui, les jeunes ne sont pas attirés par les seuls salaires, mais aussi par une quête de sens dans leur travail et ils l’ont trouvé davantage ailleurs (start-up, fintechs…). Maintenant, avec la finance durable, je pense que l’industrie financière a de meilleures chances de les retenir.

La digitalisation a créé de nouvelles habitudes de travail, en bousculant certains clichés sur le secteur: les employés du secteur financier peuvent télétravailler comme les autres… Lorsque la crise sanitaire sera finie, comment ne pas revenir au schéma précédent?

«Si on parle ici de l’avenir du télétravail, je pense qu’on ne va pas opter pour l’un ou l’autre, exclusivement. Demandez à n’importe quel travailleur frontalier s’il voit des avantages à ne pas passer une heure ou plus dans les transports quotidiennement, il sera sûrement conquis et de fait, il améliore sa qualité de vie. Le système a ses avantages et ses limites. Il me paraît essentiel de conserver des interactions avec les collègues, car une équipe est plus forte ensemble que dans la somme de ses individualités. J’espère que l’héritage d’après-crise sera un bon mix des deux. Je vois aussi se profiler une plus grande flexibilité horaire, avec la possibilité de commuter du bureau à la maison en dehors des heures de fort trafic.

On sait qu’au Luxembourg, la finance contribue largement au PIB du pays (30% de sa croissance en 2021). À l’inverse, comment l’économie peut-elle aider la finance?

«C’est une question philosophique…! L’un ne peut pas exister sans l’autre. Il n’y aurait pas d’activité économique sans finance, car cette dernière la soutient pleinement. Les 5,6 trilliards présents dans les fonds luxembourgeois sont investis selon une stratégie spécifique dans des sociétés ou des États qui vont financer des hôpitaux, des écoles, l’autoroute… Un entrepreneur demande un prêt bancaire pour entamer son activité. C’est un peu comme si l’on demandait si un patient peut aider le médecin… Alors oui, l’économie peut aider la finance à s’améliorer, dans le sens d’innover, trouver de nouveaux canaux de développement.

Selon vous, à l’échelle d’un pays comme le Luxembourg, un ministre des Finances doit-il se montrer proactif ou accompagner intelligemment les réformes imposées par les instances internationales?

«Ce n’est pas alternatif: il doit être proactif en accompagnant intelligemment la réglementation internationale. Je crois que ce qui a toujours distingué les ministres au Luxembourg, c’est qu’ils ont en permanence réfléchi à la question de l’amélioration et à l’adaptation du marché aux nouvelles tendances. L’industrie financière n’est pas immuable et le Luxembourg le sait.»

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