POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Claude Turmes (ministre de l’Énergie)

«Il faut de la transparence!»



Claude Turmes poursuit le combat d’une vie pour l’écologie, mais avec d’autres moyens que ceux d’un eurodéputé. (Capture d’écran: Maison Moderne)

Claude Turmes poursuit le combat d’une vie pour l’écologie, mais avec d’autres moyens que ceux d’un eurodéputé. (Capture d’écran: Maison Moderne)

Invité ce lundi d’un Live Chat organisé par le Paperjam Club, le ministre de l’Énergie a rappelé son combat contre le nucléaire et ses ambitions en matière d’énergies renouvelables.

Le changement climatique est une lutte sur tous les fronts, a rappelé Claude Turmes , le quatrième ministre Déi Gréng du gouvernement, en réponse aux questions de la journaliste et directrice des développements éditoriaux de Maison Moderne, Nathalie Reuter .

«Notre objectif n’est plus 11% d’énergies renouvelables, mais presque 30%, dont 20% sur le plan national», souligne l’ex-eurodéputé devenu ministre en 2018. Un objectif à atteindre en combinant des investissements dans les énergies solaire et éolienne au Grand-Duché, mais aussi à l’étranger, en prenant des participations dans des projets d’infrastructures en échange d’énergie verte. Un modèle dont les Pays-Bas, champions dans l’installation de champs d’éoliennes, sont friands.

Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que Cattenom soit éteinte.
Claude Turmes

Claude Turmes,  ministre de l’Énergie

Le ministre Déi Gréng en est certain: le nucléaire doit disparaître du mix énergétique du pays – et de son horizon. «Cette nation vit avec une énorme épée de Damoclès: [la centrale nucléaire française de] Cattenom. Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que Cattenom soit éteinte.»

À commencer par convaincre les clients luxembourgeois de Cattenom – principalement des industriels – de s’en détourner, puisque 10% de l’énergie consommée au Grand-Duché vient de l’atome. «J’ai encore parlé avec Franz Fayot (LSAP, ministre de l’Économie, ndlr) afin de voir comment nous pouvons exercer une pression sur les industriels pour qu’ils achètent de l’énergie renouvelable.» Le gouvernement peut garantir à ces industriels de leur réserver une partie de l’énergie recueillie depuis les plateformes éoliennes offshore.

Quant à l’énergie à base d’hydrogène, dans laquelle l’Allemagne a investi près de 9 milliards d’euros, le Luxembourg compte bien se positionner. «Nous n’allons pas devenir de grands producteurs, mais j’aimerais que nous soyons un acteur important», confie M. Turmes. Le «plus grand investisseur en volume» est déjà localisé à Luxembourg: il s’agit de la Banque européenne d’investissement. Et plusieurs industriels luxembourgeois sont intéressés par cette énergie, comme Paul Wurth et Rotarex. Et ce, alors que la Commission européenne doit présenter la semaine prochaine sa stratégie concernant l’hydrogène.

«Neistart Lëtzebuerg», un «bon début», pour M. Turmes

Rompu à la politique européenne pour avoir siégé à Strasbourg durant 19 ans, le ministre est aussi connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. Il a ainsi jeté un pavé dans la mare le mois dernier en dénonçant, dans un tweet, le veto tchèque contre le caractère public des réunions des ministres de l’Énergie de l’UE. «Il faut de la transparence!», répète-t-il, soulignant l’importance de ne pas prendre des «décisions qui ont un impact sur la vie des gens» à huis clos. « François Bausch était tout aussi fâché», assure-t-il.

Occupé à la transposition du plan énergie de la Commission – dont il avait été le rapporteur en tant qu’eurodéputé – au Luxembourg (Plan national intégré en matière d’énergie et de climat – PNEC), M. Turmes a également été interrogé sur celle d’une directive prévoyant que les consommateurs puissent avoir accès à des informations sur leur consommation d’eau chaude. «Il faudra trouver un bon équilibre entre l’information utile et son coût», précise-t-il.

M. Turmes souligne encore les signaux positifs envoyés par le plan de relance Neistart Lëtzebuerg, «un bon début», insistant sur les primes promises aux entreprises qui entameront dès cette année un virage énergétique et saluant l’idée de start-up nation en matière d’économie circulaire.

«Il est important de veiller à sa santé», indique pour finir le ministre, alors que deux ministres Déi Gréng ont été victimes d’une attaque cardiaque en deux ans. «Je fais ma salutation au soleil le matin, je pratique le jogging et j’espère que les piscines vont bientôt rouvrir pour reprendre mon entraînement aquatique.» Histoire de compenser une vie trépidante et le fait que «la politique, c’est stressant par moment».