311 jours de crise sanitaire, dont 133 jours de fermeture administrative: le compteur continue à tourner pour le secteur de l’horeca, qui peine à voir le bout du tunnel et veut faire entendre sa voix.
«Oui, on a le chômage partiel, l’aide à la relance, mais ce n’est pas suffisant pour couvrir les charges élevées que nous avons», souligne, ce jeudi, Jean-Claude Colbach, président de l’asbl Don’t forget us et patron du groupe de 13 restaurants et bars 1COM.
Conseillé par l’avocat Fränk Rollinger, le groupement de plus de 80 membres veut mettre l’accent sur la distorsion existant entre le cadre européen en matière d’aides Covid et la loi luxembourgeoise. Bruxelles prévoit notamment d’accorder l’aide des coûts non couverts à partir du début de la pandémie, soit mars 2020, tandis que les restaurateurs signalent l’avoir reçue à compter de novembre 2020.
«Pour le premier confinement, les aides ne sont jamais arrivées», déplore Yannis Xydias, directeur associé du groupe Manso, à la tête de 12 restaurants. Il fait face à deux difficultés majeures: primo, la loi luxembourgeoise impose que les sociétés aient généré un chiffre d’affaires de minimum 15.000 euros avant la pandémie pour pouvoir bénéficier d’aides.
«C’est une condition qui n’est pas posée par la Commission européenne», pointe l’entrepreneur, qui a créé un nouvel établissement en 2019, mais dont le début des activités est entré en collision avec la crise sanitaire. «On avait fait des investissements avant la pandémie, et on nous dit qu’il n’y a pas d’aide, mais on a un loyer de 10.000 euros à payer tous les mois, je trouve que ce n’est vraiment pas juste, on tue les entreprises», martèle le restaurateur.
Secundo, il regrette le manque de transparence dans le calcul des aides octroyées. Son sportsbar situé dans l’enceinte d’un cinéma était éligible – selon ses estimations – à 18.000 euros d’aides. Il n’a reçu que 1.800 euros, et cela, sans aucun calcul de la part des autorités, dit-il. «Le montant que l’on reçoit, c’est 6 euros par jour», résume Yannis Xydias.
Pas de plan B pour le monde de la nuit ni les centres de loisir
Et si certains restaurants parviennent à générer un peu de chiffre d’affaires grâce aux ventes à emporter, d’autres acteurs sont au fond du gouffre. «Il n’y a aucun secteur plus affecté que le monde de la nuit : cela fait 10 mois que l’on doit payer toutes nos charges et que l’on ne peut pas ouvrir», pointe Bob Krier, à la tête du Gotham et du M Club.
Quant à Claude Legrand, associé-gérant du centre de loisir couvert Fun-City, à Pétange, il dit avoir perdu 78% de son chiffre d’affaires suite aux mesures sanitaires, qui ont restreint les capacités d’accueil de son établissement entre les deux confinements.
Quelle méthode de calcul pour les aides?
Créée en octobre 2020, Don’t forget us veut faire entendre la voix de l’horeca auprès des autorités et se dit ouverte au dialogue. L’asbl salue l’existence des aides en vigueur, mais veut résolument aller plus loin pour soutenir le secteur.
L’organisation se présente comme «complémentaire à la fédération Horesca, et non pas en concurrence avec la fédération Horesca», dixit son avocat.
Ce dernier a adressé, voici quelques semaines, une lettre au gouvernement pour connaître sa méthode de calcul dans les aides octroyées , sans réponse à ce jour. «S’il n’y a pas d’évolution dans ce dossier, chacun pourra agir individuellement», surenchérit Fränk Rollinger.
Le temps presse: aux dernières nouvelles, la fermeture imposée est prévue jusqu’au 31 janvier, mais «on peut très bien s’imaginer qu’on ne va pas rouvrir le 1er février», admet Jean-Claude Colbach. L’entrepreneur reconnaît que les mesures prises dans les pays limitrophes pèsent dans la balance, car, si seul le Grand-Duché venait à rouvrir ses restaurants et bars, cela créerait assurément des flux conséquents de visiteurs, avec un risque potentiel pour la situation sanitaire. L’horeca reste donc sur sa faim.
Des appels à l’aide qui se multiplient
Les indépendants multiplient pour le moment les appels à l’aide, notamment via une pétition déposée à la Chambre, et qui devrait être validée la semaine prochaine . Alexa Ballmann , présidente de Jonk Handwierk Lëtzebuerg, est aussi intervenue récemment sur le site de l’association. De même de la part de la Fédération des artisans et la Chambre des métiers lors de leurs v œ ux.
Le CSV s’est d’ores et déjà positionné en faveur d’un revenu de remplacement pour les indépendants.