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Près de 450 personnes réunies

Les habitants de la Gare font une overdose... de dealers



Les trafics de drogue sont connus, selon les autorités. Reste à déployer les moyens conséquents. (Illustration: Shutterstock)

Les trafics de drogue sont connus, selon les autorités. Reste à déployer les moyens conséquents. (Illustration: Shutterstock)

Près de 450 habitants du quartier Gare ou de Bonnevoie sont venus dire leur exaspération à deux ministres, à la bourgmestre de la capitale et au directeur général de la police, mercredi soir, au centre sportif et culturel de la rue de Strasbourg: les dealers leur font vivre un enfer quotidien.

En 2012, alors bourgmestre de la capitale, Xavier Bettel organisait déjà des réunions publiques, où le jeune politicien promettait d’éradiquer le problème de la drogue dans le quartier de la gare. Sept ans plus tard, le bourgmestre est devenu Premier ministre. Le commerce de la drogue n’a jamais été aussi prospère.

Ce sont les chiffres de la police, présentés sur grand écran, mercredi soir, qui le disent: sur sept mois, les affaires de drogue ont augmenté de 62,28% dans la capitale, principalement à la Gare et à Bonnevoie, alors qu’elles ne progressent «que» de 13,51% au niveau national.

150 des 600 personnes détenues dans les deux centres de détention le sont pour des affaires de drogue. Et le ministre de la Sécurité intérieure, François Bausch , évoque «la mafia nigériane» sous un premier tonnerre d’applaudissements.

Les habitants, eux, sont toujours là. À gérer comme ils peuvent une situation qui n’a fait qu’empirer. Près de 450 d’entre eux sont venus, une nouvelle fois, dire leur colère, mercredi soir, sur le terrain de basket transformé en salle de réunion publique, dans la rue de Strasbourg.

«Des habitants commencent à jeter des tomates!»

Au milieu des deux rangées de 10 chaises se forme une longue file de citoyens ordinaires, de mères, de commerçants, de petites gens et d’avocats, de Luxembourgeois et d’étrangers. Face à une tablée composée du nouveau vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure François Bausch, de la ministre de la Justice Sam Tanson , de la bourgmestre de la capitale Lydie Polfer , du premier échevin de la Ville Serge Wilmes , du directeur général de la police Philippe Schrantz et de son directeur régional Patrick Even, du procureur d’État adjoint Georges Oswald et de la substitut principale Martine Wodelet, 20 habitants du quartier racontent.

Un représentant de l’Union commerciale et hôtelier du quartier détaille ce qu’il doit dépenser pour assurer la sécurité de son établissement et de ses clients.

Une avocate qui a emménagé dans le quartier en mars décrit comment elle trouve une femme qui semble faire des passes dans le local à poubelles, alors que la porte d’accès est cassée.

Un jeune homme avoue connaître tous les dealers à force de les voir tous les soirs. «Il y a des habitants qui commencent à leur jeter des tomates. Il ne faudrait pas que ça passe à autre chose, parce que là, ça va être terrible. Il y a beaucoup d’électricité dans l’air!»

Plus besoin de traverser l’Atlantique pour aller à Chicago

Une mère de deux adolescents, la voix tremblante, explique pourquoi elle interdit à ses enfants de traîner en rentrant à la maison, avant qu’une étudiante de 20 ans ne dise qu’elle ne peut pas revenir chez elle sans être harcelée «d’hommes qui veulent entrer en contact avec moi, mais qui ne disent pas des choses gentilles...».

Un vieux monsieur persifle. «Pour aller à Chicago, ce n’est plus la peine de travers l’Atlantique!», dit-il en provoquant autant de rires que cet homme, noir, qui avoue avoir toutes les peines du monde à se débarrasser de dealers qui le «considèrent comme leur frère. Parfois, je marche au milieu de la route pour ne pas qu’ils puissent m’intercepter.»

Pendant plus d’une heure, les autorités vont sagement écouter ces histoires de drogue, de violences, de dégâts, d’usure personnelle. La file continue à s’allonger, que Mme Polfer interrompt après l’enfer décrit par les voisins de la Fixerstuff.

Plus de policiers, plus de budget pour la police

François Bausch se lève. Légèrement malmené, le ministre ramène la salle au silence. Insiste, comme au début, sur les problèmes surtout posés par cette mafia de Nigérians. «Il faut appeler un chat un chat!» 

Le ministre promet que la plupart des 75 nouveaux policiers qu’il a assermentés vendredi seront affectés à ce quartier pendant «quelques mois à un an», que le budget de la police a été augmenté sérieusement pour permettre aux policiers de répondre, que les chantiers qui se termineront fin 2020 déboucheront sur un nouvel espace urbain et qu’il discutera avec ses collègues européens pour limiter l’autorisation de circuler de Nigérians qui ont un document espagnol et, avec son homologue français, pour lutter contre la criminalité transfrontalière.

Il y a 489 millions d’euros de réserves dans les caisses de la Commune. Il ne vous faudrait que six mois pour changer les choses, si vous le vouliez!

Un habitant du quartier

Après une sortie courageuse sur l’idée que, sans clients, il n’y aurait pas de dealers, la bourgmestre promet que dès que les chantiers seront terminés, elle organisera une réunion publique pour un projet d’aménagement de la rue de Strasbourg.

«Il y a 489 millions d’euros de réserves dans les caisses de la Commune. Il ne vous faudrait que six mois pour changer les choses, si vous le vouliez!», avait lancé un habitant. Un de ceux qui n’ont plus confiance dans les hommes politiques. Dans ces hommes politiques qui passent.

À la sortie, forte présence policière oblige, tout le monde a pu regagner son chez-soi à peu près tranquillement.