POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Après son exclusion du CNFL

La FNFL choisit le combat judiciaire



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La présidente de la FNFL, Astrid Lulling (au centre), est prête à batailler aux côtés de sa secrétaire Sylvie Mischel et de la trésorière Marie-Josée Bivort. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

La Fédération nationale des femmes luxembourgeoises a décidé, lundi, de contester en justice sa récente exclusion par le Conseil national des femmes.

Astrid Lulling n’en démord pas: la FNFL n’aurait pas dû être radiée du CNFL. «La FNFL est depuis 1962 une organisation réunissant des femmes de tous bords politiques, une organisation neutre», rappelle-t-elle lors d’une conférence de presse au Foyer européen où l’asbl tient ses déjeuners-débats mensuels.

Créée à l’origine pour porter le combat contre une législation désuète réduisant les épouses à l’état de mineures, c’est la FNFL qui a contribué à fonder le CNFL en 1975, organisation faîtière des organisations pour les droits des femmes, «afin de donner plus de poids vis-à-vis des politiques». À une époque où Mme Lulling était entrée à la Chambre des députés après 34 années sans aucune femme.

L’ancienne députée et eurodéputée semble toujours abasourdie par la suite des faits qui ont conduit à l’éviction pure et simple de la vénérable asbl, qui compte encore 200 membres selon elle, du CNFL. Tout serait venu de l’entrevue informelle intervenue entre S.A.R. la Grande-Duchesse Maria Teresa et sept membres du conseil d’administration du CNFL, parmi lesquelles Mme Lulling et Sylvie Mischel, secrétaire de la FNFL depuis le printemps 2019.

Nous avons un merveilleux arsenal de droits notamment européens.

Astrid Lulling,  ancienne députée et eurodéputée, présidente de la FNFL

Une entrevue au cours de laquelle les deux représentantes de la FNFL sont restées «discrètes» jusqu’à ce que la souveraine interroge Mme Lulling sur l’action du Parlement européen en matière de lutte contre les discriminations. Mme Lulling n’a ensuite, selon ses dires, que réagi aux propos de S.A.R. la Grande-Duchesse lorsque celle-ci a affirmé que «la situation des femmes au Luxembourg est catastrophique». «Je n’ai rien dit», assure Mme Lulling, dont le regard appuyé a toutefois amené la souveraine à lui demander si elle n’était pas d’accord. «Nous avons un merveilleux arsenal de droits», a répondu Mme Lulling, rappelant «toutes les années passées à faire en sorte que les femmes soient mieux traitées».

Laquelle s’est également permis de contredire la conseillère en stratégie de S.A.R. la Grande-Duchesse, Chékéba Hachémi, lorsqu’elle a évoqué l’idée de dresser le drapeau lorsque la Grande-Duchesse est au Palais grand-ducal et pas seulement lorsque son époux s’y trouve. Une aberration pour l’ancienne députée qui assure s’être exprimée «avec diplomatie». Tout comme lorsque la souveraine s’est plainte de la discrimination dont font preuve les femmes en monarchie, alors que, a glissé Mme Lulling, «la Grande-Duchesse porte ce titre en épousant le Grand-Duc tandis qu’un homme épousant une reine ne devient que prince et pas roi».

Je n’ai rien dit comme je l’ai promis, et pour protéger la monarchie.

Astrid Lulling,  présidente de la FNFL

Des divergences apparemment insignifiantes, mais qui ont pourtant conduit la souveraine à reprendre l’entrevue après le départ de Mme Lulling, non sans lui avoir fait promettre de ne rien dire à la presse, pour s’épancher – «pleurnicher» d’après les mots de Mme Mischel encore présente – auprès des autres membres du CNFL. «Je n’ai rien dit comme je l’ai promis, et pour protéger la monarchie», affirme Mme Lulling. Qui n’a donc pas compris pourquoi le rapport du CNFL évoquait l’épisode quelques semaines plus tard, et encore moins pourquoi cela a conduit à l’exclusion de la FNFL actée lors d’une séance extraordinaire en son absence le 16 décembre dernier.

«Pourquoi la FNFL est-elle exclue pour une action que j’aurais faite en tant que présidente?», interroge-t-elle. «Pour nous, la FNFL a été exclue sans raison précise», tempête l’octogénaire, insatisfaite par le courrier explicatif reçu en décembre. Et comme les décisions du conseil d’administration du CNFL ne sont pas susceptibles de recours, c’est devant la justice que Mme Lulling compte demander l’annulation de cette exclusion.

Je démens avoir donné des informations à Fernand Kartheiser.

Sylvie Mischel,  secrétaire de la FNFL, présidente des ADR Fraen

Assise aux côtés de Mme Lulling, Mme Mischel a également été interrogée par les journalistes. Notamment à propos des accusations selon lesquelles elle aurait livré des informations sur les décisions du CNFL à son compagnon, Fernand Kartheiser , député ADR de son état. «Je démens avoir donné des informations à Fernand Kartheiser», affirme-t-elle sans se départir de son sourire. Le CNFL la soupçonnait de fuites à l’été dernier alors que M. Kartheiser avait posé une question parlementaire sur le patronage de l’Orange Week que le CNFL comptait demander à S.A.R. la Grande-Duchesse – une information qui n’avait été évoquée qu’en conseil d’administration du CNFL.

Mme Lulling admet que certaines divergences existaient entre la FNFL et le CNFL, notamment sur les quotas au sein des organes de direction des entreprises – la FNFL s’opposant à réclamer une amende à l’encontre des réfractaires – et sur l’admission des ADR Fraen (Femmes ADR) au sein du CNFL. «Nous avons calqué nos statuts sur ceux des CSV Fraen, et pourtant le CNFL nous refuse au motif que nous ne sommes pas une organisation indépendante», déplore Mme Mischel. «Toute organisation politique représentée à la Chambre a le droit de venir au CNFL – et je trouve cela bien que les femmes communistes restent au CNFL même si leur parti n’a plus de député», souligne Mme Lulling.

Décidée à se défendre, Mme Lulling donne donc rendez-vous au CNFL devant la justice. Non sans égratigner une souveraine dont le comportement prête à controverse d’après les informations ayant fuité du rapport Waringo remis vendredi au Premier ministre Xavier Bettel . «Elle fait du mal à la monarchie quand elle dit des choses qui ne sont pas vraies sur le fond», déplore l’ancienne députée.