COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Management

Annemarie Arens (Independent director)

«Faire du télétravail la nouvelle norme!»



Annemarie Arens: «Je suis d’avis que nous ne devons pas tous retourner au travail comme avant. Une base volontaire de télétravail devra s’imposer.» (Photo: DR)

Annemarie Arens: «Je suis d’avis que nous ne devons pas tous retourner au travail comme avant. Une base volontaire de télétravail devra s’imposer.» (Photo: DR)

Paperjam est parti à la rencontre des femmes figurant dans la liste des «100 femmes pour un conseil d’administration» publiée fin février. Pour comprendre leur vécu de la période que nous traversons. Entretien avec Annemarie Arens, independent director.

Comment avez-vous vécu cette première phase de la crise?

Annemarie Arens. – «Ayant observé le développement de la situation en Chine puis en Italie, on a pu se faire une idée de ce à quoi s’attendre, dans l’éventualité où la crise nous aurait frappés aussi. Malgré cela, elle est tout de même venue comme un coup de foudre inattendu. Le plus flagrant a été de devoir accepter que, du jour au lendemain, on ne pouvait plus sortir à notre aise, en raison d’une force majeure invisible imposant un nouveau style de vie. J’ai été affectée de manière personnelle, surtout quant au fait de devoir se priver de voir ses proches, famille et amis.

Cependant, après le premier choc, j’ai très vite réalisé que, même dans cette situation exceptionnelle, nous étions toujours aptes à vivre de manière relativement normale, contrairement à ce que l’on peut vivre dans des situations de catastrophe (guerres, accidents nucléaires ou similaires). Sortir et profiter de la nature en respectant les conditions de distance. Rencontrer la famille et les amis de façon numérique sans craindre pour notre survie est resté faisable en s’en tenant aux mesures de précaution mises en place.

Les gens ont pris conscience que la vie avant le Covid-19 était sans soucis majeurs et avec toute la liberté imaginable – pour faire court: un luxe. Cela m’a fait réaliser que nous devrions être beaucoup plus reconnaissants des petits plaisirs, même dans ces moments difficiles. Du côté professionnel, la manière de fonctionner des conseils d’administration a beaucoup changé. Personnellement, en tant qu’indépendante, j’ai eu la chance d’avoir un flux d’activité constant, contrairement à beaucoup de mes confrères indépendants qui ont durement été frappés par cette crise sans précédent.

Quel(s) sont les truc(s) et astuce(s) que vous souhaiteriez partager en termes de management d’entreprise ou de tenue d’un board lors de cette période de confinement?

«Grâce à la réaction flexible et rapide du régulateur et de l’État, les conseils d’administration ont tous pu se tenir en version numérique. La fréquence a beaucoup changé – au lieu d’un rendez-vous trimestriel, nous avons eu des réunions quasi hebdomadaires.

C’est surtout les outils de partage de documents et les vidéoconférences sécurisées qui nous ont permis de nous adapter rapidement à la situation. Pour certaines réunions, les technologies étaient déjà en place, tandis que pour d’autres, nous avons su nous adapter très vite. Les signatures électroniques nous ont beaucoup facilité le processus. Le télétravail, dont j’avais déjà l’habitude avant la crise, est devenu la nouvelle norme.

Les sujets à l’ordre du jour étaient bien évidemment très axés sur les effets de la crise, avant d’aborder les points réguliers. En situation de crise, les dirigeants doivent s’adapter de façon immédiate. Nous sommes restés disponibles à tout instant et avons repensé certains processus. Redonner confiance et démontrer que la gestion journalière est assurée, cela est primordial!

Dans le cadre de notre opération «Luxembourg Recovery: 50 idées pour reconstruire», nous proposons à nos lecteurs de partager une idée concrète, une expérience ou une mesure à mettre en œuvre pour faciliter le rebond de l’économie luxembourgeoise. Quelle serait la vôtre?

«Faire du télétravail la nouvelle norme! Suite à la crise, nous avons testé de nouveaux modèles s’avérant très efficaces. Une grande partie des déplacements réguliers se sont montrés quasi inutiles. Les avantages sont multiples: des coûts de déplacement réduits, beaucoup de temps gagné, moins de trafic et donc un soulagement au niveau environnemental et moins d’espaces de bureaux nécessaires.

Je suis d’avis que nous ne devons pas tous retourner au travail comme avant. Une base volontaire de télétravail devra s’imposer. J’espère que le régulateur acceptera aussi dans le futur qu’au moins une partie des conseils d’administration soient tenus de façon numérique.

Cela nous donnera beaucoup plus de flexibilité sans avoir des répercussions sur le respect des réglementations. Nous devons tirer les bonnes conclusions de cette crise et j’espère aussi qu’au niveau sociétal, les actions solidaires remarquables ne resteront pas des cas isolés, mais que l’économie et la société continueront à mettre l’accent sur le local et le régional, revenant à une indépendance renforcée de l’Europe. L’être humain a tendance à oublier rapidement. Espérons que cette fois-ci, ce sera différent.»

Retrouvez ici la liste des 100 femmes pour votre conseil d’administration.