ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Conversation avec Michèle Detaille

«Une entreprise qui ne gagne pas d’argent n’est pas durable»



Michèle Detaille: «J’ai un peu de mal quand on fait trop la distinction entre les frontaliers et les résidents. Sans les frontaliers, le pays ne vit pas. Sans le pays, les frontaliers vivraient sûrement moins bien.» (Photo: Andres Lejona / Maison Moderne)

Michèle Detaille: «J’ai un peu de mal quand on fait trop la distinction entre les frontaliers et les résidents. Sans les frontaliers, le pays ne vit pas. Sans le pays, les frontaliers vivraient sûrement moins bien.» (Photo: Andres Lejona / Maison Moderne)

Des leçons de l’échec Fage à la stratégie industrielle du Luxembourg, la présidente de la Fedil, Michèle Detaille, se penche sur l’attractivité d’un secteur pris en tenaille entre intérêts économiques et enjeux climatiques.

Ces dernières semaines ont été marquées par l’abandon de l’industriel grec Fage d’installer une usine de yaourt à Bettembourg. Une décision prise sur fond de lenteur administrative du dossier et qui ravive le souvenir du départ du projet Knauf vers la France. Le Luxembourg risquerait-il de ne plus être attractif pour les entreprises industrielles?

Michèle Detaille . – «En soi, le Luxembourg n’est pas extrêmement attractif. C’est un petit pays, donc un petit marché, un pays où il n’y a pas de ressources naturelles – à part l’eau –, c’est un pays qui tente de se positionner entre de grands voisins, qui est situé en Europe où la croissance n’est pas vraiment au rendez-vous. Le fait que des entreprises viennent ici, c’est parce qu’il y a des démarches de prospection: c’est un vrai job qui est difficile, qui prend du temps. Je n’ai pas dit que le Luxembourg n’a pas d’atouts, mais il faut les mettre en valeur.

Quels sont ces atouts?

«Pour les entreprises industrielles, les atouts sont d’abord la sécurité juridique, et pour certains marchés, la position centrale en ­Europe et le fait qu’il y ait un vrai écosystème. ­L’industrie a besoin de personnel qualifié, mais aussi de centres de recherche, de circuits courts ­(l’accès rapide à la bonne ­information et aux décisionnaires), c’est aussi ça, la stabilité ­politique. Même si le Luxembourg n’est pas, sur un certain laps de temps, plus compétitif en matière d’aides à la R&D par exemple, sur le long terme, on sait qu’ici, normalement, un nouveau gouvernement qui arrive n’a pas pour première mission de défaire ce que le précédent a fait, ce qui arrive trop souvent dans certains pays voisins.

Qu’est-ce que les voisins du Luxembourg ont et qui manque ici pour développer le tissu industriel?

«D’abord, la taille. Ici, la plupart des industries exportent forcément puisque le marché est très petit. Il y a aussi les outils puissants dont disposent nos voisins: ce sont de grands pays avec de grandes administrations et des moyens pour prospecter, pour faire venir les gens. De plus, il y a l’accès à la mer, les grands ­espaces. Si une entreprise ne peut pas s’installer à un certain endroit mais qu’elle doit se décaler de 30 km, trois fois sur quatre, elle sera en dehors du pays. Alors que si vous êtes en France, vous restez toujours dans votre pays.

En matière d’outils de prospection, comment faire de la prospection et de la promotion par les temps qui courent?

«L’outil de prospection est bien adapté, le travail se fait avec des gens qui sont compétents et agiles. Dans les grands pays, il y a une force de frappe importante, mais il manque souvent l’agilité et la rapidité des décisions. Il n’y a pas grand-chose à faire de mieux, compte tenu aussi de la taille du pays. Imaginez que demain, il y ait tous les jours 120 entreprises qui frappent à la porte, on ne voit pas comment on ferait. L’outil est bon. C’est juste que tout le monde ne rêve pas de venir s’installer au Luxembourg pour les raisons qu’on a dites.

Vous avez dénoncé dernièrement «l’abus de pouvoir» de la part de la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg (Déi Gréng) et de l’Administration de l’environnement autour du projet Fage. Estimez-vous que des organisations comme la Fedil n’ont pas suffisamment leur mot à dire?

«Non. Je voudrais clarifier deux choses. En parlant d’abus de pouvoir, ce que j’ai surtout voulu dire, c’est que la ministre a instrumentalisé les lois pour arriver à ses fins. Elle avait déclaré qu’elle ne voulait pas de ce projet à titre personnel et elle a utilisé des moyens légaux qui étaient à disposition pour aboutir à sa ­volonté personnelle. Voilà ce que j’ai dit. Peut-être qu’abus de pouvoir n’était pas le bon mot, d’un point de vue juridique. Ensuite, la Fedil n’a pas vocation à s’occuper des cas ­individuels. Mais nous sommes écoutés et avons des contacts avec beaucoup d’administrations. Bien entendu, toutes ne suivent pas l’ensemble de nos recommandations, c’est normal. Il y a certes deux projets qui ont beaucoup fait parler d’eux, mais il ne faut pas oublier que de nouvelles entreprises dont l’arrivée n’est pas aussi médiatisée s’installent et que des industries en place s’agrandissent ou se transforment.

La polémique étant retombée, quelles leçons tirez-vous de l’abandon du projet Fage?

«C’est sûr que, pour nous, c’est un échec , c’est un très mauvais signal à la fois pour les investisseurs étrangers et pour les entreprises industrielles qui sont dans le pays. Nous pouvons en tirer plusieurs leçons. Tout d’abord, nous devrions parler des dossiers en cours dans les enceintes concernées, mais pas sur la place publique. Deuxièmement, donnons des autorisations dans des délais courts. Le fait d’aller vite ne veut pas dire de mal faire les choses. On l’a vu pendant la crise du Covid, l’administration et la politique ont été extrêmement réactives. Et les mesures qui ont été mises en place ont été bonnes. Donc on peut très bien, dans des délais raisonnables, ­donner des autorisations qui ne sont pas bradées.

Ce que les industriels peuvent apprendre aux politiques, c’est de dire ‘marché connu, marché foutu’.
Michèle Detaille

Michèle Detaille,  Présidente,  Fedil

En appelant à ne pas parler des dossiers en cours en public, cela fait penser à Google pour lequel, dès 2016, celui qui est désormais ancien ministre de l’Économie, Étienne Schneider (LSAP), avait déjà annoncé dans un tweet un grand projet de data center à Bissen. En Belgique, les autorités locales ont tu son identité jusqu’à l’inauguration officielle. Une erreur stratégique, selon vous?

«Je pense qu’en tout cas, il y a eu une maladresse . Il faut, ceci dit, remettre l’histoire dans son contexte. Vous savez qu’en période électorale, les hommes politiques sont fébriles, et à juste titre puisqu’ils jouent leur avenir. Ce que les industriels peuvent apprendre aux politiques, c’est de dire ‘marché connu, marché foutu’.

Vous espérez, comme Franz Fayot (LSAP), que le projet se réalisera?

«Bien entendu. Et bien entendu que la Fedil est favorable à l’installation d’une industrie aussi emblématique et aussi importante, parce qu’on a beaucoup parlé de la transformation énergétique, mais on doit aussi parler de la digitalisation de l’entreprise qui est justement l’un des facteurs qui vont permettre d’avoir une industrie plus verte.

Créer de l’emploi n’est pas le but en soi d’une entreprise.
Michèle Detaille

Michèle Detaille,  Présidente,  Fedil

Pour revenir à Fage, le vice-Premier ministre François Bausch (Déi Gréng) a déclaré que le but ne devait pas être uniquement de créer des emplois qui échoiraient aux frontaliers. Êtes-vous d’accord avec cela?

«J’ai un peu de mal quand on fait trop la distinction entre les frontaliers et les résidents. Sans les frontaliers, le pays ne vit pas. Sans le pays, les frontaliers vivraient sûrement moins bien. Je suis aussi bien placée pour le savoir puisque la commune où j’habitais en province de Luxembourg est une commune qui bénéficie beaucoup du ruissellement de la richesse du Grand-Duché. Même si c’est important pour le pays, créer de l’emploi n’est pas le but en soi d’une entreprise. Une entreprise est là pour créer de la valeur et elle a besoin de salariés pour réaliser son objectif.

Avez-vous écho d’autres industriels qui se retrouvent, eux aussi, rebutés ou découragés dans leur implantation ou leur extension?

«Je peux vous raconter une expérience personnelle: on est installé à Wiltz, dans une zone industrielle, et ce n’est pas l’endroit le mieux situé pour les transports en commun. Donc la plupart des gens viennent travailler en voiture. Toutes les entreprises grandissent et ont besoin de plus d’espace. On a eu l’idée de créer un parking commun en ligne avec des principes d’économie circulaire et d’infrastructures partagées. En bon accord avec la commune, on a trouvé, juste à côté de la zone, un endroit qui s’y prêtait. La commune a dit ok, le ministère de l’Économie a vu ça d’un bon œil et puis, une fois, quelqu’un a dit: ‘Juste à côté de la zone, il y a un biotop, c’est sûr que ça ne va pas marcher ou que ça va prendre des années’. Voilà un exemple frappant des effets pervers que produit la gestion de certains dossiers quand on devient trop orthodoxe.

Ces derniers mois, nombreuses sont les entreprises industrielles à annoncer des plans visant à atteindre la neutralité carbone dans 10, 20 ou parfois 30 ans. Ces programmes sont-ils réalistes?

«Ils sont réalistes quand ils sont annoncés par les industries. Pourquoi? Parce que c’est un travail qui est en cours depuis longtemps déjà. Et les industries annoncent des nouveautés quand elles savent que ça va vraiment venir. C’est sûr que c’est une volonté d’abord poussée par l’Europe, mais finalement, il arrive qu’économie et écologie dans l’entreprise se rejoignent. À condition que la technique soit aboutie.

Pour parvenir à ces objectifs, le recours à l’achat d’électricité verte semble privilégié par beaucoup d’acteurs, avec des programmes de compensation comprenant des projets durables menés à l’autre bout du globe, voire l’usage de quotas d’émissions polluantes. Est-ce selon vous la recette vers ce que certains appellent la croissance durable?

«Il faut utiliser les moyens qui sont à disposition et l’achat de quotas en fait sûrement partie. La croissance durable, il y a deux mots là-dedans: croissance, clairement on sait ce que c’est. Et puis il y a durable. Et comme je le dis toujours, la première durabilité d’une entreprise, c’est de créer de la valeur. Une entreprise qui ne gagne pas d’argent, par définition, n’est pas durable et on oublie tout le reste. Elle est morte avant de commencer.

La croissance durable sera faite de ­plusieurs éléments: des moyens de production qui ­seront plus propres et des produits qui ­seront eux-mêmes plus respectueux de l’environnement. Quand on parle de l’industrie verte, c’est presque un concept qui n’existe pas. À part quelques sociétés qui fabriquent des produits typiques de l’énergie renouvelable. Mais ­l’industrie verte, c’est un petit peu comme l’industrie digitale: ce sont des processus transversaux que l’on retrouve dans toutes les industries.

Quelle est votre définition d’une industrie durable?

«C’est d’abord une industrie bénéficiaire, une industrie qui non seulement respecte ses collaborateurs, mais les aide aussi à grandir et les accompagne dans leur développement. Et j’ajouterais une industrie respectueuse de l’environnement, avec les meilleures techniques disponibles et sans être fétichiste. Donc je pense que c’est vraiment cela les trois piliers de l’entreprise durable.

 Est-il néanmoins possible d’avoir une croissance verte au Luxembourg?

«C’est déjà le cas. Si par «verte» on entend «respectueuse de l’environnement», utilisant le moins de ressources naturelles non renouvelables possible, c’est sûrement faisable. Et pour le Luxembourg, c’est d’autant plus une option que si on veut vraiment se développer, il faut aller vers des industries de niche en raison de la taille du pays et des ressources en personnel.

Est-ce qu’il y a des technologies réalistes pour parvenir à cette industrie verte?

«Oui. Ce que je sais de Fage, c’est qu’ils étaient arrivés à avoir un traitement de l’eau d’une grande qualité et qui était vraiment le top dans ce qui existe au niveau de la techno­logie disponible et fiable. Tout cela est d’abord une affaire de science, de technique et puis d’industrie.

Attendez-vous des incentives du gouvernement dans cette approche de développement durable de l’industrie?

«Si on nous encourage avec de la monnaie sonnante et trébuchante, pourquoi pas. C’est un peu une boutade, mais il y a un moment où on a vraiment besoin d’être aidé: c’est au moment où on n’est pas encore sûr que ça va marcher. Une fois que le processus est bien établi, ça devient payable pour tout le monde.

Aujourd’hui il y a plein d’industries qui n’ont plus de cheminée.
Michèle Detaille

Michèle Detaille,  Présidente,  Fedil

La réelle plus-value d’une industrie, elle se trouve à quel niveau? Celui de l’emploi ou des retombées économiques?

«Je pense que l’industrie génère beaucoup d’activité, pas seulement de service, mais elle crée des emplois dans l’artisanat et dans les services, ce qu’on appelle les sous-traitants. Je pense aussi que l’industrie ne doit pas être concentrée nécessairement au même endroit. Surtout qu’aujourd’hui il y a plein d’industries qui n’ont plus de cheminée, on n’est plus dans l’industrie telle qu’on la connaissait on début du 20e siècle. Les industries sont propres, il y a des productions qui se font en chambre blanche, et il y a des tas d’industries qui n’ont aucun aspect dérangeant pour le voisinage, et au contraire, ça permet une mixité de la population.

Le président du Conseil supérieur pour un développement durable (CSDD), Romain Poulles , l’assure: «Il existe énormément d’industries qu’on peut attirer au Luxembourg et qui sont compatibles avec l’économie verte.» Vous semblez y croire finalement?

«Oui, tout à fait. Mais il y a une chose que je voudrais dire: j’entends dire ‘il faut développer l’industrie du repair’. Le repair n’a pas de valeur ajoutée économique. C’est sympathique, mais ce n’est pas une industrie à haute valeur ajoutée. Or, ici, on va y revenir, comme on n’a pas beaucoup de terrains, pas beaucoup de personnes, il faut qu’on ait une industrie qui n’est pas intensive en main-d’œuvre, mais qui dégage des résultats financiers importants, donc la réparation n’est sûrement pas l’activité qui répond le plus à ce critère.

Le Luxembourg produit à peine 16% de l’électricité qu’il consomme. Le pays a-t-il selon vous les ressources de ses ambitions?

«On vit en Europe, on a des voisins: je ne suis pas sûre qu’il faille une production nationale ni pour l’eau, ni pour l’électricité, ni pour le gaz. Nous sommes dans une zone géographique et on dépend de nos voisins, c’est sûr, et on en dépendra toujours.

Google a admis en novembre 2019 que l’infrastructure électrique du Luxembourg est suffisante pour la première phase du data center projeté à Bissen, mais pas pour la deuxième. À côté des défis en matière d’aména­gement du territoire se pose donc clairement le défi des ressources. Quel regard porte la Fedil sur ce cas Google?

«De nouveau, on ne parle pas de cas particuliers. On est content quand le Luxembourg est sur la carte internationale, et c’est évidemment le cas quand des grands acteurs s’intéressent à notre pays. Pour le reste, c’est à la politique de décider quels moyens on met en place pour arriver à avoir les ressources dont on a besoin, parce que je dis aussi souvent aux hommes politiques: il ne suffit pas de dire ‘on a des problèmes d’eau, d’électricité’.

Les ministres, ils sont là pour quoi? Ils sont là pour gérer, donc gérer, cela veut dire aussi assurer un approvisionnement. Imaginez si pendant la crise du Covid-19, la ministre de la Santé ( Paulette Lenert , LSAP, ndlr) avait dit: ‘On n’a pas de masques, quel dommage.’ Ce n’est pas ce qui a été fait. Elle s’est débrouillée pour avoir des masques et des respirateurs. Donc c’est la gestion et c’est aussi de prévoir de dire que ‘dans 15 ans, j’en serai où avec mes ressources, mon approvisionnement en électricité?’. C’est l’une des fonctions essentielles des représentants ­politiques qui sont au pouvoir.

Quelles sont les contraintes les plus fréquentes auxquelles les industriels font face au Grand-Duché?

«Chaque industrie a ses propres contraintes et ses propres difficultés. De manière globale, il y a pour le moment une grande méfiance chez les industriels par rapport à l’acceptation de l’industrie par le ministère de l’Environnement et notamment par l’Administration de la nature et des forêts. Je vais vous donner un exemple: il y a des zones industrielles reconnues. Et quand quelqu’un va s’y installer, on lui dit: «Tu dois compenser.» Mais si c’est une zone industrielle, on ne doit pas compenser. Quand on implante une activité hors de ces zones, qu’il y ait une compensation, d’accord. Mais pas quand on implante sur une zone industrielle. Elle a vocation à être industrielle, respectons cette destination.

Que préconisez-vous pour lever ces contraintes?

«Pour ces contraintes-là, c’est simple: donnons un sens aux plans sectoriels! De façon générale, ce que la Fedil fait, c’est qu’elle s’emploie à mettre son expertise au service de ceux qui le veulent: on organise des visites d’entreprises, on explique pour que le monde politique comprenne, qui sont les parties prenantes à des décisions. On croit aussi beaucoup à un projet qu’on aimerait voir se développer rapidement, c’est le parc technologique en liaison avec l’université, où on veut montrer qu’on peut attirer au Luxembourg des entreprises qui ont besoin tous les jours des ressources intellectuelles et scientifiques de l’université, des centres de recherche. On a vraiment envie d’avoir un parc technologique comme il en existe dans pas mal d’autres pays avec des industries à la pointe. Nous voulons des entreprises qui veulent tirer parti de la matière grise de l’université. Cette idée commence à faire son chemin, la plupart des ministres concernés nous on dit qu’ils étaient intéressés. On a dit «action!» et on essaie de concrétiser cette idée en disant que ça va être une belle image pour l’industrie dans le pays.

L’accord de coalition revient sur la stra­tégie de troisième révolution industrielle préconisée par Jeremy Rifkin en 2016 avec le développement de secteurs prioritaires. Le premier cité est l’industrie, devant les écotechnologies et les techno­logies de la santé et de l’espace. Deux ans après la parution de l’accord, estimez-vous que l’industrie est toujours en tête des priorités du gouvernement?

«Je pense que oui. On a eu un très mauvais ­signal avec Fage, mais par ailleurs, l’industrie avance. On ne voit pas toujours ce qu’il se passe dans l’industrie parce que les entreprises qui ne sont pas dans le B2C n’ont pas non plus vocation à montrer toujours tout ce qu’elles font. L’industrie reste une priorité parce que la plupart des responsables politiques ont compris qu’on ne peut pas se développer sur un seul pilier, aussi solide soit-il.

Faut-il un nouveau plan Rifkin ou autre?

«Les grandes messes, ce n’est pas trop mon truc, à titre personnel et à la Fedil. On est plutôt dans le faire. Cela ne veut pas dire qu’on ne réfléchit pas et qu’on n’a pas de stratégie. Mais je pense que Rifkin est assez récent. Il faut arrêter de toujours vouloir parler et à un moment donné, il faut y aller.

Comment comptez-vous faire entendre la voix de l’industrie luxembourgeoise ces prochains mois?

«Nous voulons faire entendre notre spécificité, montrer les contraintes qui sont les nôtres et faire connaître nos souhaits aux décideurs politiques, mais aussi aux gens de l’administration. C’est sûr que si on était aux manettes, on réagirait sans doute différemment, mais globalement, nous sommes assez contents de ce qui s’est fait durant cette crise, qui était vraiment une crise existentielle.

Bien entendu, de temps en temps, on peut se fâcher, mais globalement, le gouvernement a bien entendu les souhaits et les demandes de l’industrie luxembourgeoise pour passer cette crise et pour se relancer rapidement.

On est dans l’après-Covid. Qu’attendez-vous comme plan de relance à plus long terme de la part du gouvernement?

«Je ne pense pas que ce soit le gouvernement qui puisse, sur le long terme, relancer l’économie. Elle va reprendre, mais ne me demandez pas quand, et à ce moment-là ce sera le fait des acteurs économiques. Et donc le gouvernement doit faire en sorte que les conditions normales par rapport aux pays voisins, par rapport à la politique européenne, soient en place. Accélérer les projets d’investissements privés sur les chantiers d’avenir que sont le logement, l’industrie, la télécommunication ou la digitalisation constituerait déjà une ­mesure de relance facile sans frais pour l’État.

Vous êtes présidente de la Fedil (depuis 2019 suite à la fin du mandat de Nicolas Buck, ndlr), est-ce un mandat difficile, ingrat?

«Il n’est pas ingrat, il est très valorisant parce que j’ai vraiment l’impression de me battre pour quelque chose d’important auquel je crois, qui est la présence profitable de l’industrie au Luxembourg. Il est difficile, surtout avec ce qu’on a vécu avec cette crise: l’aspect économique, le fait de devoir expliquer les difficultés que rencontre l’entreprise, il est aussi difficile par rapport à l’un des aspects de la Fedil: c’est une communauté, on a besoin de se rencontrer. Et là, depuis des mois, on ne se voit plus que par écrans interposés.

Sinon c’est passionnant, parce qu’on apprend énormément de choses, à la fois des membres, de l’environnement politique et de l’environnement européen. C’est une tâche qui est très prenante, et c’est une tâche bénévole qu’on fait à côté de son entreprise.

Au départ, j’avais dit que ça allait me prendre un jour par semaine maximum. Ça m’en a pris beaucoup plus. Quand j’ai accepté d’être présidente, je savais aussi ce que je faisais. Mais c’est un mandat qu’on ne peut pas faire, me semble-t-il, pendant des décennies.»

Cet article a été rédigé pour l’édition magazine de  Paperjam datée de novembre  qui est parue le 28 octobre 2020.

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