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La crise sanitaire a dopé la vente des vélos



Depuis leur réouverture le 11 mai, les magasins de vélos sont débordés. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Depuis leur réouverture le 11 mai, les magasins de vélos sont débordés. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Les ventes se poursuivent à toute vitesse dans les magasins de vélos. Un effet du confinement et de la nouvelle prime du gouvernement. Revers de la médaille, l’approvisionnement devient de plus en plus difficile, et la commande est désormais la norme.

Une flopée de clients a investi le magasin Cycles Arnold Kontz, à deux pas de la gare de Luxembourg-ville, lundi après-midi. Une maman compare les modèles Frog pour sa fille. Un couple de retraités rêve à une future escapade devant le rayon des vélos électriques. Ils attendent les conseils d’un vendeur, tous déjà bien occupés.

«Je suis venu m’acheter un nouveau vélo. Le mien a huit ans», témoigne Olivier Cosmo, qui fait la queue en caisse. Il passe d’un modèle de course en aluminium à un modèle en carbone. «Ils n’ont plus la taille que je veux en stock, on va le commander.» Le fait que le gouvernement ait doublé la prime pour l’achat d’un vélo a joué sur sa décision. «Cela fait quelques années que je fais de plus en plus de vélo», ajoute-t-il.

Plus loin dans la boutique, Alexandre patiente avec sa fille. Il vient récupérer sa commande, passée il y a dix jours: trois vélos, pour lui et ses deux enfants. Son épouse viendra choisir le sien plus tard. Est-ce parce que la prime du gouvernement a doublé? «Quelle prime?» s’interroge-t-il. Il n’était pas au courant du nouveau plafond. «Si j’avais su, j’aurais pris un vélo avec un moteur», plaisante-t-il. Il a opté pour des modèles aux alentours de 600 euros, pour «se balader le long de la Moselle».

Quatre mois de ventes en un

Plus que la prime, c’est  le confinement qui a boosté les ventes de vélos selon Benji Kontz , administrateur délégué du groupe Arnold Kontz. «En mai de cette année, nous avons vendu plus que l’année dernière entre janvier et mai», calcule-t-il. «Les gens ont ressorti leurs vieux vélos pendant le confinement, se sont rappelé ce que c’était et ont décidé de s’acheter quelque chose de plus actuel. D’autres se déplacent à vélo parce qu’ils ne veulent plus prendre les transports en commun», analyse-t-il.

Pour faire face à cette demande, deux vendeurs de voitures du groupe, actif dans l’automobile, ont rejoint l’équipe Cycles, qui compte maintenant 12 personnes. «Je pense que la redécouverte du vélo qui s’opère n’aura pas que des effets à court terme.»

Le magasin, auparavant route de Thionville, a déménagé rue de Strasbourg le 27 février , juste avant la crise du Covid-19. Le virus n’a pas empêché un redémarrage sur les chapeaux de roues… Les livraisons se sont multipliées, même pendant le confinement. «Nous avions commandé beaucoup de stock pour l’ouverture, nous avons de la chance. Nous ne connaissons pas de ruptures complètes», se réjouit Benji Kontz. Il passe quand même cinq fois plus souvent commande que d’habitude à ses fournisseurs, situés dans des pays limitrophes, en Angleterre et en Italie.

Beaucoup de clients viennent pour des vélos électriques. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Benji Kontz pense tripler son chiffre d’affaires en 2020 grâce à son déménagement et l’explosion des ventes due au Covid-19. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Cycles Arnold Kontz peut compter sur sa quantité de stock prévue pour le déménagement. L’approvisionnement reste compliqué pour beaucoup de boutiques en ce moment. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Chez Cycles Arnold Kontz, les modèles électriques de la marque hollandaise Gazelle ont beaucoup de succès. Le prix varie autour de 3.000 euros. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

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Les vélos électriques Gazelle ou les Frog pour enfants ont le plus de succès. Pour un budget moyen d’environ 2.000 euros. Benji Kontz pense ainsi tripler son chiffre d’affaires, non communiqué, cette année.

Ruptures de stock

Ça roule autant pour Andy Schleck Cycles à Itzig. «Nous avions déjà une forte demande depuis la réouverture le 11 mai, qui continue», raconte Benoît Theisen, son shop manager. Vélos de route, électriques… Elle a plus que doublé. «Il est difficile de savoir si c’est à cause de la prime ou pas, mais avec toute cette publicité, la demande risque d’augmenter encore.» Conséquence: tout au long de la journée, des files de clients qui attendent «parfois une heure devant le magasin avant d’être servis». La boutique ne fait rentrer qu’un groupe de personnes par conseiller. Ils sont quatre au total.

Les stocks se font rares. Les clients les plus patients peuvent commander, les autres n’ont droit qu’à une offre limitée en magasin. Pour les vélos enfants, «tout est épuisé». Les fournisseurs d’Andy Schleck Cycles se situent aux Pays-Bas et en Allemagne. À l’arrêt pendant la crise, ils ont repris la production, mais doivent répondre à une énorme demande. «Les délais se retrouvent rallongés. D’habitude, on pouvait recevoir un vélo entre quatre et dix jours. Maintenant, il faut compter au minimum une semaine, voire plusieurs mois.»

Le magasin passe de nouvelles commandes chaque semaine. «Normalement, nous en faisions une grosse en août et nous adaptions au cours de l’année», explique Benoît Theisen. Comme les vélos, les accessoires manquent: casques, antivols, sièges pour enfant… Il essaie de se préparer au mieux à un nouveau pic avec le doublement de la prime, mais «c’est difficile d’avoir des vélos, il y a beaucoup d’attente jusqu’en août».

En 2019, lorsqu’avait été lancée la prime de 300 euros, Benoît Theisen n’avait «pas constaté de vague particulière». Il remarque aujourd’hui «beaucoup de nouveaux clients. Normal, puisque chacun n’a droit qu’à une prime dans un délai de cinq ans.» Il ne donne pas d’informations sur son chiffre d’affaires, qui devrait se retrouver lui aussi gonflé par toutes ces ventes.

Chiffre d’affaires doublé

«La demande est très forte depuis le confinement. Elle a explosé le 11 mai. La prime va encore l’augmenter, c’est sûr», prévoit également Philippe Hutmacher, gérant de De Vëlosatelier à Steinfort. «Les gens qui ne partent pas en vacances pourront rouler à vélo, tout cela va se poursuivre en juillet.» Il devient difficile d’y répondre: «J’ai beaucoup de problèmes au niveau des livraisons, le délai est passé de cinq jours ouvrables à trois ou quatre semaines», se plaint-il. Les plus demandés: les vélos électriques et de course, pour un budget de 500 à 1.500 euros. «Nous avons encore un petit stock, mais il diminue tous les jours.»

Le gérant estime que son chiffre d’affaires, qui s’élevait à 500.000 euros en 2019, pourrait, comme la demande, doubler cette année. Pour cela, il espère recevoir rapidement de nouvelles commandes.

La fameuse prime concerne tous les achats effectués du 11 mai 2020 jusqu’à la fin du premier trimestre 2021. L’État rembourse 50% du prix d’achat du vélo avec un plafond fixé à 600 euros. Interrogé à ce sujet, le ministère de l’Environnement confirme que seuls les résidents pourront en bénéficier. Pour la demander, il faudra remplir un formulaire en ligne sur le site du gouvernement, une fois que le règlement grand-ducal aura été publié au Journal officiel. Soit «dans les 14 jours». En attendant, le ministère affirme qu’on peut toujours utiliser l’ancien formulaire .