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Santé et sécurité au travail: un système défaillant



La Chambre des salariés lance une campagne de sensibilisation avec plusieurs vidéos sur le thème de la santé et de la sécurité au travail. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

La Chambre des salariés lance une campagne de sensibilisation avec plusieurs vidéos sur le thème de la santé et de la sécurité au travail. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

La Chambre des salariés pointe du doigt une reconnaissance incomplète des maladies professionnelles et un manque de moyens financiers et humains pour assurer santé et sécurité au travail pour tous.

À moins de 48 heures de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail 2021, organisée par l’Organisation internationale du travail (OIT), la Chambre des salariés (CSL) livre son analyse de la situation au Luxembourg. Conclusion: il reste beaucoup de progrès à faire.

Notamment au niveau de la reconnaissance elle-même. «Malgré le nombre de demandes introduites par les salariés, en augmentation depuis quelques années, le taux de reconnaissance est très bas. Sur base des statistiques de 1960 à 2010, il s’élève en moyenne à 26%», calcule la Chambre des salariés.

Reconnaître les TMS…

Beaucoup de demandes concernent les troubles musculosquelettiques ou TMS. Alors qu’ils ne figurent pas au tableau des maladies professionnelles . «Ce qui implique que le salarié doit introduire sa demande en système ouvert, où il lui incombe d’établir le lien de causalité avec ses conditions de travail».

Il s’agit principalement d’affections de l’appareil locomoteur au cou, aux épaules, aux poignets, au dos… En France, ils représentent la première cause d’indemnisation pour maladie professionnelle.

Au Luxembourg, 35% des travailleurs se plaignaient de douleurs régulières au dos et/ou de problèmes d’articulations en 2020, selon l’enquête Quality of Work Index . En cause, «l’intensification du travail, l’inadéquation de l’organisation du travail et l’usure». Un phénomène qui pourrait s’amplifier avec le télétravail et le manque d’activité physique.

… et les risques psychosociaux

La reconnaissance des risques psychosociaux fait elle aussi défaut. Dans son enquête sur la qualité de travail, la CSL notait un score de 37,1% de risques de burn-out en 2020. «De manière générale, on observe que la charge mentale, les exigences émotionnelles et les conflits entre vies professionnelle et privée augmentent pour les travailleurs, alors que, dans le même temps, la participation aux processus décisionnels, l’autonomie au travail, la coopération entre collègues et la possibilité de formation continue diminuent».

Là non plus, la crise du Covid-19 et la généralisation du télétravail n’aident pas. «Il y a des risques plus importants pour ce groupe de travailleurs au niveau des conflits entre vies privée et professionnelle, de la charge mentale et de l’isolation», souligne David Büchel, conseiller de direction de la CSL. «Il est important pour l’employeur de donner le message qu’il y a un droit à la déconnexion.»

En tout cas, en cas de blessure en home office, «en principe, cela compte comme accident du travail».

Prévenir plutôt que guérir

Même pour les maladies inscrites au tableau des maladies professionnelles, «parfois, l’indemnisation des suites des maladies y figurant est subordonnée à des conditions supplémentaires, par exemple l’abandon de l’activité professionnelle à l’origine de la maladie».

La Chambre des salariés demande donc d’«adapter le tableau des maladies professionnelles» et d’y inclure TMS et pathologies psychiques engendrées par le travail. Pour ces derniers, «il faut une réglementation afin de clarifier l’obligation des employeurs de prévenir et de traiter ces risques».

Autre mesure de prévention proposée: adapter l’âge de départ à la retraite dans les secteurs les plus concernés, comme le nettoyage ou la logistique.

Mieux identifier les cancers professionnels

La CSL constate également une sous-déclaration des cancers aux causes professionnelles, les patients ne faisant pas toujours le lien. Plus de communication entre la médecine du travail et les spécialistes ou généralistes pourrait aider. Une réglementation existe déjà pour protéger les travailleurs exposés à des agents chimiques dangereux. Elle mériterait, selon la CSL, d’être revue en intégrant les substances reprotoxiques (pouvant altérer la fertilité), le rayonnement solaire, le travail de nuit, la pollution de l’air, le travail avec des agents cytostatiques (risques liés à la manipulation de médicaments utilisés dans le traitement des cancers), avec des valeurs d’exposition clairement définies.

Vers un système unique…

Il y aura alors tout un système à revoir pour mieux protéger la santé physique et mentale des salariés. La loi laisse le choix aux entreprises entre l’organisation d’un service interne (obligatoire pour celles de plus de 5.000 salariés ou plus de 3.000 avec au moins 100 postes à risque), l’association avec d’autres employeurs pour un service interentreprises ou l’affiliation au Service de santé au travail multisectoriel (STM).

Aujourd’hui, le Luxembourg compte quatre services d’entreprise, trois services interentreprises et un service de santé au travail multisectoriel, précise la CSL. Qui préconise à la place un service unique pour «un traitement uniforme et cohérent des salariés dans tous les domaines liés à la santé au travail».

… et plus de moyens?

La cotisation moyenne actuelle, de 0,10% de la masse salariale, paraît quant à elle insuffisante. Si elle ne donne pas de montant idéal, la Chambre émet l’idée d’un financement de la médecine du travail par la Caisse nationale de santé (CNS). Ou encore de revoir à la baisse la part de 80% de prise en charge par la Mutualité des employeurs des coûts de maladie pour inciter les entreprises à investir dans la prévention.

De même pour la main-d’œuvre, avec un médecin du travail pour 6.500 à 7.000 salariés en moyenne au lieu du seuil de 5.000 prévu par le Luxembourg. Revalorisation du métier et embauche d’infirmiers font partie des solutions imaginées.

La fréquence et la qualité des contrôles sont jugées insuffisantes. Sur l’année  2019 , l’Inspection du travail et des mines (ITM) en a effectué 5.682, toutes causes confondues. Un rapprochement avec la Division de la santé au travail et de l’environnement est alors proposé par la CSL.

Le chantier demeure donc vaste pour une thématique qui, espère la CSL, sera prise en compte dans le cadre des analyses du futur Observatoire national de santé.