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quality of work index de la csl

Cette crise qui impacte si fort le monde du travail



Sans surprise, le niveau de bien-être au travail a continué de baisser. (Photo: Shutterstock)

Sans surprise, le niveau de bien-être au travail a continué de baisser. (Photo: Shutterstock)

Chaque année depuis 2013, la Chambre des salariés réalise l’enquête Quality of Work Index, en collaboration avec l’Uni et l’institut Infas, pour mieux comprendre les mutations du monde du travail. En 2020, l’indice a connu son score le plus bas.

Ce n’est pas une surprise, mais ce n’est pas non plus une bonne nouvelle. Jamais le score global du Quality of Work Index n’avait été aussi bas depuis 2013 et le lancement de cette étude par la Chambre des salariés, l’Uni et l’institut de recherche sociale Infas. Il est le résultat d’une enquête menée entre juin et septembre 2020 auprès de 2.364 personnes âgées entre 16 et 64 ans, résidents et frontaliers, qui ont un travail de plus de 10 heures par semaine. 

Cet indice évalue la «qualité du travail», en réalité, l’appréciation globale que les travailleurs ont par rapport à leur travail. Encore de 55,4 points en 2019, il s’est effondré à 53,5 points un an plus tard. Et c’est surtout chez les jeunes de 16 à 24 ans que la baisse est la plus marquée, tout comme chez les conducteurs d’installations et de machines, les monteurs et les travailleurs à temps partiel.

La responsable de cette dégradation n’est pas à chercher bien loin: c’est la crise sanitaire. Son influence négative s’est manifestée «non seulement en raison des risques sur la santé, mais aussi et surtout, en raison du stress émotionnel que cette situation entraîne».

Ce que démontre l’analyse fine des résultats. Mis à part le mobbing qui reste stable, toutes les autres dimensions négatives évaluées sont en augmentation, mais restent néanmoins dans la marge d’erreur prévue par l’enquête. Fait exception cependant la dimension des «exigences émotionnelles», qui passe de 53,1 points en 2019 à 56,2 en 2020. Sa progression est de 7,5 points de pourcentage depuis 2016! Les charges émotionnelles désignent «la nécessité de maîtriser ses propres émotions sur le lieu de travail, afin de répondre aux attentes de l’organisation».

Ce seul sujet avait fait l’objet d’une newsletter spécifique de la CSL en décembre dernier.

Par ailleurs, l’année 2020 «a vu une rupture dans la tendance de ces dernières années à réduire les exigences physiques et les risques pour la santé au travail».

Des inquiétudes pour la sécurité de son emploi

Les dimensions positives montrent, pour leur part, une évolution «significative vers le bas». L’enquête met en lumière que «l’autonomie au travail et la participation à la prise de décision ont particulièrement souffert de la situation de la crise sanitaire de 2020». Télétravail et port du masque ont rendu la communication «interhumaine plus difficile, la collaboration entre collègues et le sentiment d’obtenir un retour sur le travail effectué ont été moins bien notés».

Le chômage partiel et les diminutions sur les fiches de paie ont aussi fait baisser la satisfaction à l’égard du salaire. 

Dès lors, le sentiment de sécurité de l’emploi a aussi baissé après six années d’évolution positive.

La motivation au travail, tout comme la satisfaction restent stables, même si en légère baisse. Par contre, le niveau de bien-être, pour sa part, poursuit sa chute: -8% depuis 2016.

Sans surprise, l’indicateur de l’épuisement professionnel augmente encore nettement aussi. 

Un impact négatif sur la vie professionnelle et la vie privée

Dans les conclusions exposées par David Büchel, conseiller de direction de la CSL, il est indiqué que «l’impact de la crise sanitaire est très clair et montre que les mesures de santé non seulement accompagnent notre vie quotidienne, mais interfèrent aussi massivement dans la vie des salariés que nous sommes et ont un impact négatif considérable sur notre vision de la vie professionnelle, ainsi que sur notre bien-être».

Plusieurs feux sont en tout cas à l’orange, car «il est clair que non seulement l’isolement social, mais aussi la peur du coronavirus ont et auront un coût psychologique en termes d’impact négatif sur la santé mentale. La fatigue face aux restrictions permanentes, la peur de la situation et de l’avenir incertain, l’agitation et la colère créent un environnement qui alimente la peur du complot, suscite la paranoïa et favorise l’aggravation des addictions de toutes sortes.»

Les défis de demain seront donc encore titanesques.