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Budget de l’État 2022

La CSL déplore le manque d’ambition du budget de l’État



Nora Back, présidente de la Chambre des salariés, souhaite un budget de l’État œuvrant davantage à la lutte contre les inégalités dans la société.  (Photo: Matic Zorman)

Nora Back, présidente de la Chambre des salariés, souhaite un budget de l’État œuvrant davantage à la lutte contre les inégalités dans la société.  (Photo: Matic Zorman)

Pour la Chambre des salariés, le gouvernement devrait allouer à ses priorités les montants budgétaires nécessaires. Ce qui sera loin d’être le cas en 2022, alors que la situation économique et les projections le permettent.

«Il ne manquerait plus que ça!», s’exclame Nora Back lorsque l’on fait remarquer que le budget de l’État 2022 ne fait pas preuve d’austérité. La présidente de la Chambre des salariés a, pour sa part, trouvé le budget en question «à court d’ambition et de transparence».

Dans un avis de 113 pages, la Chambre des salariés met en avant la situation économique favorable du Luxembourg afin de démontrer l’existence d’une marge de manœuvre pour contrer les inégalités sociales qui se sont creusées davantage sous les effets de la crise sanitaire.

«Si la lutte contre les inégalités, les défis de la numérisation, la crise du logement et la transition écologique sont des priorités affichées par le gouvernement dans ce budget, il parait évident que des moyens budgétaires doivent y être alloué mais ce n’est pas que l’on peut voir dans ce budget 2022, ou au pire, cela manque de transparence», assure Nora Back.

Des finances saines pour agir

Plus précisément, la CSL a expliqué que le Luxembourg a eu une des meilleures croissances européennes en 2020 et affiche des prévisions de la croissance du PIB proche des 4% en 2022. Même tendance sur le front de l’emploi où le Luxembourg, en comparaison de ses voisins, a réussi à garder un certain dynamisme malgré la pandémie.  Tout comme les finances publiques, qui selon la CSL, «sont structurellement saines même si elles ont été fortement impactées par la crise. Il reste que le déficit budgétaire en 2021 et en 2022 sera moins élevé que prévu, ceci en raison d’une sous-estimation des recettes fiscales et de la non-réalisation de certaines dépenses d’investissement» explique Sylvain Hoffmann , directeur de la CSL.

Au rayon des investissements, là encore si la CSL soutient le gouvernement dans sa politique ambitieuse, elle s’interroge sur la pertinence de certains investissements. Ainsi l’exemple de l’augmentation du budget du Fonds d’équipement militaire connaît une croissance de 97% en passant de 129 millions d’euros à 245 millions d’euros en 2025. La CSL dénonce également un manque de transparence en ce qui concerne les dépenses et les investissements publics en matière de transition écologique. «La CSL appelle le gouvernement à ne pas se contenter d’annoncer des sommes globales, aussi faramineuses soient-elles, mais à détailler les projets financés par leur biais ainsi que leurs impacts escomptés», peut-on lire au début de l’avis de la CSL.

Si les recettes de l’État ne se dégradent pas vraiment, c’est grâce aux ménages qui paient des impôts. On peut dire que c’est les ménages qui paient le coût de la crise.
Sylvain Hoffmann

Sylvain Hoffmann,  Directeur,  Chambre des salariés 

Une situation sociale qui inquiète

Mais d’un autre côté, «la situation sociale du Luxembourg est toujours à la traîne» martèle Nora Back. Cette dernière s’inquiète des risques et des incertitudes du moment et dont rien dans le budget ne permet de déduire une action à venir de la part du gouvernement. «La crise sanitaire n’est pas encore surmontée et on peut constater des problèmes d’approvisionnement et des tensions inflationnistes en lien avec la pandémie, un retour des niveaux de chômage pré-covid mais loin du niveau pré-crise financière et une installation d’un chômage longue durée sans parler de l’explosion des prix énergétiques qui pèsent sur la relance et sur de nombreux ménages et salariés», ajoute Sylvain Hoffmann, directeur de la CSL.

D’ailleurs, concernant la hausse des prix de l’énergie, la CSL ne goûte guère au silence du gouvernement sur le sujet même si Xavier Bettel a annoncé lors du discours de l’État de la nation la gratuité des cantines scolaires et des maisons-relais à partir de l’année prochaine en plus d’une augmentation de 200 euros de l’allocation vie chère. «On salue évidemment ces mesures, mais di on regarde les inégalités sociales présentent avant la crise sanitaire, on aurait déjà dû voir un effort politique supplémentaire sur la question sociale. Il y avait beaucoup de chose à faire comme sur la perte des prestations familiales que subissent les familles depuis 2006 par exemple est tellement grande qu’elle ne peut pas être compenser par la gratuité des cantines et des maisons-relais. Des mesures dont les salariés frontaliers ne peuvent pas bénéficier», explique Nora Back.  «Les ménages sans enfants doivent aussi se chauffer. Il ne faut pas oublier qu’il y a une pression fiscale sur les ménages. Si les recettes de l’État ne se dégradent pas vraiment, c’est grâce aux ménages qui paient des impôts. On peut dire que c’est les ménages qui paient le coût de la crise», ajoute Sylvain Hoffmann.  

Toujours sur la flambée des prix de l’énergie et de la taxe CO2, qui est de plus en plus critiqué e, la CSL demande à nouveau de la transparence sur les recettes générées par cette taxe ainsi que l’efficacité des mesures compensatoires annoncées lors de sa présentation. 

Enfin, la CSL demande une adaptation du barème d’imposition à l’inflation et une adaptation des crédits d’impôt et des mesures de tempérament fiscal qui n’ont plus été adaptées depuis «une éternité».  Tout comme une imposition sur le capital plus forte et au moins égale à celle des salaires.