ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Budget de l’État 2022

L’artisanat demande moins de frilosité



Le directeur de la Chambre des métiers a rendu un avis plutôt mitigé sur le budget 2022 de l’État et a appelé le gouvernement à faire mieux dans les prochaines années.  (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Le directeur de la Chambre des métiers a rendu un avis plutôt mitigé sur le budget 2022 de l’État et a appelé le gouvernement à faire mieux dans les prochaines années. (Photo: Romain Gamba/Maison Moderne)

Pour la Chambre des métiers, le budget 2022 de l’État est «trop frileux» et n’apporte pas assez de soutien aux PME artisanales.

La Chambre des métiers, qui représente le secteur de l’artisanat, a rendu un avis plutôt mitigé sur le budget 2022 de l’État et a appelé le gouvernement à faire mieux dans les prochaines années.

L’avis de la Chambre des métiers est cependant nuancé. D’un côté, elle se félicite du travail du gouvernement pour avoir utilisé la dette publique afin de ne pas étouffer l’économie et favoriser la relance, le tout en maintenant les investissements à des niveaux élevés et sans recourir à l’impôt.

Mais, par ailleurs, la Chambre des métiers reste sur sa faim, car le secteur de l’artisanat souffre toujours de plusieurs maux que ce budget n’aidera pas à résoudre.

La simplification administrative n’est pas une priorité de ce gouvernement. Sur l’accord de coalition, le sujet fait une demi-page.
Tom Wirion

Tom Wirion,  directeur général,  Chambre des métiers

«Ce budget 2022 n’apporte aucune véritable nouveauté par rapport à la copie remise en 2021», déplore  Tom Wirion , directeur général de la Chambre des métiers. Si la priorité du budget de l’État s’oriente en faveur du climat et de l’énergie, ainsi que du logement et du social, la Chambre des métiers y voit des disparités fortes en termes de moyens alloués. «Le logement reste le parent pauvre» des priorités en matière de moyens. D’un autre côté, le plan national intégré en matière d’énergie et de climat (PNEC) a besoin de plus de transparence, à savoir une ventilation des dépenses globales en fonction des différents domaines couverts en plus d’une évaluation de l’efficience des investissements réalisés», a souligné Tom Wirion en prenant pour exemple les 225 millions de dépenses prévues pour le fonds spécial afin d’aider à résoudre la crise du logement contre les 610 millions d’euros de dépenses que vont générer le fonds du rail et le projet d’extension du tram.

Outre la répartition des dépenses à venir, la Chambre des métiers a également pointé la hausse des frais de fonctionnement de l’État. Elle plaide pour une digitalisation accrue dans les services étatiques afin d’accroître leur efficience et diminuer les besoins en personnel. Toujours au niveau des dépenses, la Chambre des métiers souhaite également étudier l’efficacité des transferts sociaux par rapport à leur capacité à réduire le risque de pauvreté.

Des économies qui pourraient alors servir aux PME artisanales qui demandent de longue date un environnement plus propice à leur développement.

Les cinq priorités des artisans

La Chambre des métiers en a profité pour rappeler ses cinq priorités. La première est une valorisation du statut de l’indépendant afin de réduire la précarité des entrepreneurs. L’idée étant d’aligner ce statut sur celui du salarié au niveau de la sécurité sociale et du droit du travail.

Seconde priorité, l’amélioration des mécanismes d’aides étatiques afin de rendre ces dernières plus visibles et ciblées. Cela vient compléter le désir des artisans de réduire les charges administratives et une simplification des procédures afin d’accélérer les procédures d’autorisation. «La simplification administrative n’est pas une priorité de ce gouvernement. Sur l’accord de coalition, le sujet fait une demi-page. Le sujet sera, je pense, la priorité d’un futur gouvernement et, dès l’année prochaine, nous allons faire des propositions pour lancer une véritable offensive au niveau de la simplification administrative. Nos micro-entreprises qui comptent jusqu’à neuf personnes, soit plus de 70% de membres, ne peuvent pas mettre toujours plus de ressources pour se conformer à des règles diverses et des procédures administratives», a expliqué Tom Wirion.

Parfois, au Luxembourg, on se demande si l’on veut encore des artisans et si l’artisanat est encore le bienvenu.
Tom Wirion

Tom Wirion,  directeur général,  Chambre des métiers

Autre inquiétude de la Chambre des métiers, celle du besoin de place des PME artisanales. Elles souffrent d’une pénurie de place et demandent des solutions pour élargir les zones d’activités économiques. «Toutes régions confondues, les PME artisanales sont à la recherche de terrains abordables. Dans certaines ZAE, on pourrait construire plus haut, comme nous l’avons fait récemment ici à la Chambre des métiers , mais des règlements l’interdisent ou bien il y a des contraintes réglementaires comme pour les concessionnaires qui ne peuvent pas avoir une surface de vente de plus de 2.000m2. D’un côté, il y a un manque d’espace et de l’autre des contraintes réglementaires. Pour bouger les lignes, il faut une volonté politique appropriée. Parfois, au Luxembourg, on se demande si l’on veut encore des artisans et si l’artisanat est encore le bienvenu», peste Tom Wirion, qui place le dossier parmi les priorités de la Chambre des métiers. 

Enfin, le problème de la main-d’œuvre reste récurrent et tout aussi prioritaire. Avant la crise sanitaire, la Chambre des métiers avait estimé un besoin de 9.400 personnes en plus pour assurer le dynamisme du secteur. Actuellement, la pénurie s’aggrave et l’artisanat n’est pas toujours aidé par l’État. « La ministre de l’Intérieur a eu la bonne idée de lancer une vaste campagne de recrutement d’artisans pour les communes. Le problème de la main-d’œuvre est généralisé et il n’est pas nouveau. Cela peut paraître frustrant, mais les chefs d’entreprise restent combatifs. Cependant, il est préoccupant de voir que, désormais, les entreprises débauchent à l’intérieur du secteur alors qu’auparavant, ils allaient chercher la main-d’œuvre plus loin. Ce qui n’est jamais une bonne chose», termine Tom Wirion.