POLITIQUE & INSTITUTIONS — Education

enquête scolaire ÉpStan 2020

«La crise sanitaire n’a pas provoqué de crise éducative»



«L’enquête montre toutefois qu’il y a des points qui peuvent être améliorés, notamment pour les élèves issus de contextes socio-économiquement défavorisés», a précisé Claude Meisch (DP), ministre de l’Éducation nationale, lors de la présentation de l’enquête ÉpStan 2020, ce jeudi 22 avril. (Photo: Sip/Julien Warnand/archives)

«L’enquête montre toutefois qu’il y a des points qui peuvent être améliorés, notamment pour les élèves issus de contextes socio-économiquement défavorisés», a précisé Claude Meisch (DP), ministre de l’Éducation nationale, lors de la présentation de l’enquête ÉpStan 2020, ce jeudi 22 avril. (Photo: Sip/Julien Warnand/archives)

Selon des épreuves standardisées réalisées auprès des élèves du fondamental et du secondaire, le niveau des élèves a été peu impacté par la pandémie, mais les inégalités déjà existantes dans le système scolaire luxembourgeois ont en partie été intensifiées par la crise.

Depuis le début de la crise sanitaire il y a plus d’un an, les écoles du pays ont dû s’adapter pour que les élèves du fondamental et du secondaire puissent poursuivre leur scolarité. L’enseignement à domicile a notamment été plusieurs fois d’application, et l’enquête scolaire ÉpStan, coordonnée par le Luxembourg Centre for Educational Testing (Lucet) de l’Université, et réalisée tous les ans au mois de novembre depuis 2014, permet de se rendre compte des effets globaux de la pandémie sur les parents et les élèves.

Elle fournit un ensemble de données provenant de 25.000 élèves de l’enseignement fondamental et secondaire, de 15.000 parents d’élèves en fondamental et des données comparatives pour 160.000 élèves en fondamental et secondaire. Les premiers résultats de l’enquête 2020 ont été présentés ce jeudi 22 avril par le professeur Antoine Fischbach, directeur du Lucet, Claude Meisch  (DP), ministre de l’Éducation, de l’Enfance et de la Jeunesse, et Stéphane Pallage , recteur de l’Université.

Les compétences en allemand se sont détériorées

Les résultats des tests standardisés se sont révélés stables dans les cycles 2.1 et 4.1. «L’évolution au cycle 3.1, et plus particulièrement en compréhension de l’oral et de l’écrit en allemand, nous a particulièrement interpellés», explique Antoine Fischbach. Indépendamment du contexte socio-économique de l’élève et/ou de la (des) langue(s) parlée(s) à la maison, «les compétences des élèves du cycle 3.1 en compréhension de l’oral en allemand se sont en effet considérablement détériorées».

En outre, les élèves issus de ménages socio-économiquement défavorisés et/ou ne parlant pas le luxembourgeois/l’allemand à la maison ont obtenu de moins bons résultats en compréhension de l’écrit en allemand que leurs camarades issus de ménages socio-économiquement favorisés et/ou parlant le luxembourgeois/l’allemand à la maison.

«L’enquête montre bien entendu qu’il y a des points qui peuvent être améliorés, mais nous observons que la crise sanitaire n’a pas provoqué de crise éducative, ce dont nous nous félicitons», nuance Claude Meisch. «Les résultats sont plutôt formidables», complète Stéphane Pallage. «On voit une stabilité des performances, et cela montre la résilience du système éducatif du pays, les élèves ont su s’adapter à l’école à distance, et les parents et les enseignants aussi.»

L’enseignement à domicile bien géré

«Dans l’ensemble, les élèves et les parents gèrent plutôt bien l’enseignement à domicile, sans toutefois l’apprécier particulièrement», ajoute Antoine Fischbach. Les élèves qui ont fait face à la crise en bénéficiant de circonstances favorables (comme un contexte socio-économiquement favorisé, un type d’enseignement plus exigeant ou le fait de parler une langue d’enseignement à la maison) ont réussi à mieux faire face à la pandémie. À l’inverse, les inégalités déjà existantes dans le système scolaire luxembourgeois ont en partie été intensifiées par la crise.

«Le virus attaque les vulnérabilités et les points faibles, en général et dans le système scolaire. Notre système éducatif lutte depuis des décennies pour gérer adéquatement des populations étudiantes de plus en plus diversifiées. La pandémie de Covid-19 a intensifié cette situation, car les étudiants qui sont déjà statistiquement à risque ont été le plus durement touchés», ajoute Antoine Fischbach.

Un soutien plus différencié pour les élèves défavorisés

En ce qui concerne l’équipement technique et matériel (par exemple, l’accès à internet, aux ordinateurs portables, tablettes et aux fournitures de bureau), les parents ont généralement déclaré être plutôt bien équipés, la situation étant légèrement plus avantageuse dans les ménages socio-économiquement favorisés. Sur le point de la motivation, les perceptions des parents sont mitigées, et seule la moitié ont considéré que leurs enfants ont perçu que l’enseignement à domicile leur a fait plaisir.

Les recommandations du Lucet pour les mois à venir sont donc de promouvoir la compréhension de l’oral en allemand et les compétences orales dans l’enseignement fondamental. «Les élèves issus de contextes socio-économiquement défavorisés, les élèves qui ne parlent pas au moins une langue d’enseignement à la maison et les élèves affectés à des types d’enseignement moins exigeants de l’enseignement secondaire devraient recevoir un soutien plus différencié», insiste Antoine Fischbach. «Certains enfants n’ont pas parlé allemand ou luxembourgeois pendant six mois, c’est normal que leur niveau ait baissé.»