POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

 covid-19

La commission d’éthique planche sur une stratégie de vaccination



Attendus au premier semestre 2021, les vaccins contre le Covid-19 seront prodigués à certains groupes de population en priorité selon des critères à préciser. (Photo: Shutterstock)

Attendus au premier semestre 2021, les vaccins contre le Covid-19 seront prodigués à certains groupes de population en priorité selon des critères à préciser. (Photo: Shutterstock)

Pour la troisième fois en quelques mois, la Commission nationale d’éthique est amenée à se prononcer sur des questions soulevées par la lutte contre la pandémie de Covid-19.

Le Premier ministre,  Xavier Bettel (DP), a annoncé mardi, lors d’une conférence de presse dédiée à l’évolution de la pandémie, que le gouvernement avait saisi la Commission nationale d’éthique concernant la stratégie de vaccination à privilégier lorsqu’arriveront les vaccins anti-Covid. «La ministre de la Santé a élaboré un document sur la stratégie de la vaccination et nous avons saisi la Commission nationale d’éthique, afin de définir des priorités» entre les catégories de population devant bénéficier de la vaccination.

Un avis rendu probablement avant les vacances de Noël

Jointe par Paperjam, la Commission nationale d’éthique (CNE) confirme avoir été saisie et évoque un avis livré «probablement avant les vacances de Noël», histoire d’anticiper l’éventuelle arrivée de doses de vaccin dès janvier au Grand-Duché.

Ce sera la troisième fois qu’elle se penche sur les questions éthiques soulevées par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences sur la société au Luxembourg. Le 31 mars dernier, en pleine première vague, elle avait publié une prise de position – de sa propre initiative – intitulée «Repères éthiques essentiels lors de l’orientation des patients dans un contexte de limitation des ressources thérapeutiques disponibles due à la crise pandémique du Covid-19», destinée à donner des lignes directrices aux soignants et médecins qui seraient éventuellement exposés, comme ce fut le cas à l’époque en Italie, par exemple, à l’impossible choix entre des patients à sauver.

En faveur des applications de traçage

Elle avait repris la plume en juillet dans une autre «Prise de position sur la vulnérabilité de certaines personnes engendrée par la crise du Covid-19», attirant l’attention sur les médecins et soignants en première ligne, mais aussi les travailleurs assignés aux «tâches essentielles», les personnes âgées, les parents et enfants à l’ère de l’enseignement à distance et de la privation de lien social, les personnes en situation de précarité et, plus globalement, les personnes concernées par les conséquences de la crise économique induite par le confinement.

La CNE s’est aussi positionnée dans le débat initié à la Chambre des députés sur les applications de traçage , en publiant en juin le résultat de ses réflexions. «Le traçage informatique doit être considéré comme un élément utile, dont la prise en compte devient dès lors nécessaire», y estime-t-elle. «Cette conclusion positive n’est pas sans conditions. Elle oblige à établir les lignes rouges d’un cadre acceptable d’un point de vue éthique. Les éléments essentiels du cadre sont que, quel que soit le choix technique, le traçage doit être volontaire, transparent, minimaliste et limité dans le temps avec un objectif clairement défini.»

Quinze membres d’horizons divers

Créée en 1988 sous le nom de Commission consultative nationale d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, rebaptisée Commission nationale d’éthique indépendante en 2014, la CNE est composée de 15 membres nommés par le gouvernement pour des mandats renouvelables de cinq ans. Des membres aux profils variés et complémentaires:

- Julie-Suzanne Bausch (présidente), professeur en philosophie, directrice adjointe au Lycée classique de Diekirch;

- Daniel Becker (vice-président), secrétaire général du Conseil économique et social (CES);

- Claudine Als, médecin spécialiste en médecine nucléaire à la Zithaklinik;

- Christel Baltes-Löhr, professeur à la Faculté des lettres, des sciences humaines, des arts et des sciences de l’éducation, Université du Luxembourg;

- Manon Gantenbein, chef d’unité adjoint au Centre d’investigation et d’épidémiologie clinique (CIEC) du Luxembourg Institute of Health (LIH);

- Brigitte Konz, présidente du tribunal d’arrondissement de Diekirch;

- Jean-Paul Lehners, professeur émérite de l’Université du Luxembourg;

- Fabrice Mousel, assistant social, Service national de psychiatrie juvénile, Hôpital Kirchberg;

- Jean-Paul Nilles, pédagogue, diplômé en sciences de la communication;

- Fernand Pauly, médecin-chef de service en évaluation et rééducation fonctionnelle, Centre hospitalier de Luxembourg;

- Jean-Jacques Rommes, Union des entreprises luxembourgeoises;

- Jean-Jacques Schonckert, avocat à la Cour;

- Christophe Trefois, chercheur scientifique, Luxembourg Centre for Systems Biomedicine, Université du Luxembourg;

- Karin Weyer, psychologue, chargée de direction de Respect.lu;

- Pascale Worré, professeur, Centre de ressources pour les services socio-éducatifs et l’offre périscolaire dans les lycées.

Un vaccin pour qui et selon quels critères

Pluridisciplinarité, débat pluraliste, consensualité et débat régulier avec la société civile et les instances politiques fondent la méthode de travail de la CNE. Elle a ainsi dessiné l’encadrement en matière de procréation médicalement assistée et de gestation pour autrui, de clonage humain, d’euthanasie, de recherche sur les embryons humains, thèmes classiques des comités de bioéthique depuis les années 1990, mais aussi plus récemment la diversité des genres ou le droit à l’oubli.

En cette fin d’année, elle devra déterminer quelles catégories de population devraient bénéficier des premiers vaccins disponibles pour le Luxembourg et selon quels critères. Une tâche délicate que lui a confiée le gouvernement, étant entendu que le ministère de la Santé a déjà réfléchi à la question.